Le nouvel élan de l’investissement durable

Melanie Beyeler, EFG International

2 minutes de lecture

La finance durable change d'ère: au-delà des labels et des mots à la mode, la vraie question est de savoir ce qui garantira la pérennité du progrès humain.

 

Au cours des deux dernières décennies, le discours sur la durabilité s’est largement construit autour de la notion de «moins»: moins d’émissions, moins de déchets, moins de ressources consommées et moins de dommages causés aux écosystèmes dont dépendent nos économies. Ces efforts restent essentiels. Mais à eux seuls, ils ne constituent pas une vision pour l’avenir. La question n’est désormais plus seulement de savoir ce dont l’économie doit se passer, mais aussi de déterminer ce dont le progrès humain aura besoin pour aller plus loin.

Trois grandes évolutions structurelles se distinguent: le changement climatique, l’essor de l’IA et le vieillissement de la population.

Chacune d’entre elles modifie ce dont nos économies ont besoin pour assurer la pérennité du progrès.

Le changement climatique modifie d’ores et déjà les conditions physiques dans lesquelles évoluent les économies, les contraignant à adapter leurs infrastructures, leurs systèmes d’approvisionnement en eau et les réseaux énergétiques. L’électrification accroît par ailleurs le rôle de l’électricité dans les transports, les bâtiments et l’industrie. Selon BloombergNEF, les investissements mondiaux dans les réseaux électriques ont bondi de 17% pour atteindre 483 milliards de dollars en 2025, signe que les capacités du réseau deviennent un enjeu majeur pour le développement des énergies renouvelables, la demande industrielle et les centres de données.

L’IA est également une question d’infrastructures

L’Agence internationale de l’énergie estime que la consommation mondiale d’électricité des centres de données devrait presque doubler, passant de 485 térawattheures en 2025 à environ 950 térawattheures en 2030. La consommation électrique des centres de données dédiés à l’IA devrait progresser encore plus rapidement et quasiment tripler sur la même période. L’IA peut sembler essentiellement numérique, mais son développement à grande échelle repose sur des infrastructures bien physiques: centres de données, approvisionnement électrique fiable, raccordement aux réseaux et systèmes de refroidissement.

La démographie constitue un troisième facteur déterminant. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la part de la population mondiale âgée de 60 ans et plus devrait passer de 12% en 2015 à 22% en 2050. Cette tranche d’âge devrait alors atteindre 2,1 milliards de personnes. Si l’allongement de l’espérance de vie est une avancée majeure, fruit des progrès économiques, scientifiques et médicaux, il transforme aussi les besoins des sociétés: davantage de prévention, des diagnostics plus précoces, des technologies médicales plus performantes et des modèles de soins plus efficaces, permettant à chacun de rester en bonne santé et autonome plus longtemps. L’objectif n’est pas, en soi, de consacrer davantage de ressources aux soins de santé, mais de permettre à chacun de vivre davantage d’années en bonne santé.

Pour les investisseurs, la conclusion est simple: l’investissement durable doit peut-être partir d’un autre point de départ. Plutôt que de partir d’un enjeu de durabilité et de chercher à en réduire l’impact, il faut commencer par identifier les besoins de demain. De quoi une économie davantage électrifiée aura-t-elle besoin? De quoi l’économie de l’IA aura-t-elle besoin pour poursuivre son développement? De quoi les sociétés vieillissantes auront-elles besoin pour permettre à leurs populations de vivre plus longtemps et en meilleure santé? À travers ces différentes questions, les mêmes contraintes apparaissent: l’électricité, l’eau, les matières premières, les capacités d’infrastructure et les capitaux.

Allouer les capitaux là où ils sont le plus utiles

Les besoins en capitaux sont déjà considérables. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les investissements mondiaux dans l’énergie atteindront environ 3’400 milliards de dollars en 2026, dont quelque 2’200 milliards consacrés aux énergies propres, notamment aux énergies renouvelables, au nucléaire, aux réseaux électriques, au stockage, aux carburants bas carbone, à l’efficacité énergétique et à l’électrification. Pour autant, injecter davantage de capitaux ne garantit pas une allocation plus efficace des ressources. Si les capacités du réseau deviennent le principal goulot d’étranglement, investir dans une unité supplémentaire de production renouvelable pourrait avoir moins de valeur pour le système que d’investir dans une capacité supplémentaire de transport ou de stockage. De même, si l’accès à l’électricité freine le développement de l’IA, la valeur pourrait se déplacer vers la production d’électricité, les infrastructures de réseau et les technologies permettant d’accroître les capacités de calcul tout en consommant moins d’énergie.

C’est là que ce changement de paradigme devient une véritable question d’investissement. Après ce changement de cap, l’investissement durable s’apparente moins à un exercice de classification qu’à une démarche d’investissement fondamental dans un monde en pleine transformation structurelle. L’enjeu n’est pas simplement d’investir davantage dans la durabilité. Il s’agit surtout de mieux allouer les capitaux, en les orientant vers les secteurs où chaque investissement supplémentaire peut contribuer le plus efficacement à soutenir le progrès.

A lire aussi...