Economie et marchés: la résilience à l’épreuve de nouveaux équilibres

Adrien Dumas & Philippe Tranchet, Mandarine Gestion

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Malgré l’accumulation des incertitudes géopolitiques, budgétaires et monétaires, l’économie mondiale continue de faire preuve d’une résistance notable.

©Keystone


La croissance reste présente, les entreprises conservent des fondamentaux solides et l’inflation sous-jacente poursuit globalement sa normalisation. Pour autant, les équilibres évoluent. Les interrogations se déplacent progressivement vers le financement de la croissance, la soutenabilité des dettes publiques et les besoins considérables de capitaux liés aux nouvelles technologies.

Une croissance qui résiste aux incertitudes

Aux Etats-Unis, les perspectives de croissance pour 2026 et 2027 restent proches de 2%, malgré un environnement marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les prix de l’énergie. En Europe, la dynamique est plus modérée, avec une croissance attendue autour de 1%, mais l’économie bénéficie progressivement des effets des mesures de soutien et d’investissement annoncées notamment en Allemagne.

L’inflation reste toutefois au centre des préoccupations. La remontée des prix du pétrole peut rapidement se transmettre aux prix de l’essence et peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Mais la situation diffère de celle observée en 2021-2022: pour l’heure, les tensions énergétiques ne semblent pas se diffuser largement au reste de l’économie et l’inflation sous-jacente reste orientée à la baisse.

Les entreprises restent un point d’appui

Cette résilience économique se retrouve dans les résultats des entreprises. La dernière saison de publications a été particulièrement solide, avec une large majorité de résultats supérieurs aux attentes aux Etats-Unis et une dynamique également favorable en Europe. Au-delà des bénéfices, les chiffres d’affaires, les marges et les flux de trésorerie témoignent de bilans globalement robustes.

Autre évolution importante: la croissance des bénéfices tend à s’élargir. Alors que les grandes entreprises technologiques ont largement porté les marchés ces dernières années, l’amélioration des résultats concerne désormais un éventail plus large de secteurs. Cette diffusion constitue un signal plutôt favorable pour la solidité de la croissance, mais aussi pour la capacité des marchés à moins dépendre d’un nombre limité d’acteurs.

La dette publique revient au premier plan

Si les entreprises affichent des bilans relativement solides, la situation est plus contrastée du côté des Etats. La progression de la dette publique et l’importance des besoins de financement replacent progressivement le risque souverain au cœur des préoccupations.

Aux Etats-Unis, le recours important aux émissions de dette à court terme rend notamment le coût de financement plus sensible à l’évolution des taux directeurs. Une remontée des taux pourrait ainsi rapidement renchérir le service de la dette. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle du niveau des taux, mais aussi de la variable qui absorbera les déséquilibres: les taux d’intérêt, les devises ou une combinaison des deux.

Cette évolution crée un contraste avec la situation des entreprises, dont l’endettement apparaît globalement mieux maîtrisé. Le risque financier ne disparaît donc pas: il change en partie de nature et se déplace vers les bilans publics.

France: une prime de risque politique sous surveillance

Cette problématique est particulièrement visible en France. La remontée du taux à dix ans au-dessus de 4% et l’élargissement de l’écart avec l’Allemagne traduisent une perception plus élevée du risque français par les investisseurs.

Les discussions autour du budget 2027 et les prochaines échéances politiques alimentent cette prudence. Une nouvelle dégradation pourrait entraîner une hausse supplémentaire du coût de financement de l’Etat. La situation actuelle ne correspond toutefois pas à une crise de la dette: elle traduit davantage une tension accrue et une demande de rémunération plus importante face aux incertitudes budgétaires et politiques.

L’intelligence artificielle face au défi du financement

L’intelligence artificielle reste parallèlement l’un des principaux moteurs de l’investissement et de la croissance des bénéfices. Mais son développement entre dans une nouvelle phase. La question n’est plus seulement celle de son potentiel technologique: elle concerne également les infrastructures et les capitaux nécessaires à son déploiement.

Centres de données, capacités électriques et équipements nécessitent des investissements considérables. Une part croissante de ces dépenses est financée par la dette, avec des volumes d’émissions importants. Les investisseurs commencent donc à s’interroger davantage sur le prix auquel cette expansion sera financée, notamment dans un environnement où les taux pourraient rester durablement élevés.

D’autres interrogations apparaissent également: concurrence accrue des acteurs asiatiques, contraintes énergétiques ou encore acceptabilité locale de nouvelles infrastructures. Ces éléments ne remettent pas nécessairement en cause la dynamique de l’intelligence artificielle, mais rappellent qu’une transformation de cette ampleur comporte aussi des contraintes économiques et financières.

Des marchés à la recherche d’un nouvel équilibre

L’environnement actuel apparaît finalement moins fragile qu’il pourrait sembler au regard de l’actualité. La croissance résiste, les entreprises restent solides et le scénario d’une récession mondiale ne constitue pas l’hypothèse centrale des échanges.

Les risques n’ont toutefois pas disparu. Ils se sont déplacés. La dette publique, le niveau des taux longs, les tensions énergétiques, le financement de l’intelligence artificielle ou encore les incertitudes politiques occupent désormais une place plus importante.

La question centrale des prochains mois pourrait donc être moins celle de la poursuite de la croissance que celle de son financement. Dans un monde où les besoins de capitaux augmentent et où l’argent n’est plus aussi abondant ni aussi peu coûteux qu’au cours de la décennie précédente, la solidité des bilans et la capacité à financer durablement l’investissement devraient devenir des critères de plus en plus déterminants.

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