Les élections de mi-mandat constituent l’immanquable rendez-vous pour l’électorat américain qui souhaite exprimer son satisfecit ou son mécontentement quant aux orientations économiques décidées au cours des deux précédentes années. Elles incarnent habituellement un moment d’alternance et de cohabitation politique. Dans l’histoire récente, Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama, Donald Trump et Joe Biden ont vu la Chambre des représentants changer de couleur au cours de leur mandat. Plus rare, le changement de couleur du Sénat au cours d’un mandat est intervenu lors du premier mandat de Bill Clinton et lors des seconds mandats de George W. Bush et de Barack Obama.
La première partie du mandat du président Trump se résume par ce que nous nommerons les «3 i»: incohérence, inflation et incertitude. L’incohérence des mesures mises en place et décisions prises pour lutter contre l’inflation. Ce regain de tensions inflationnistes s’est soldé par une élévation substantielle du coût de la vie et par une volatilité accrue du cycle macroéconomique. La croissance de l’activité constatée sous cette première partie de mandat de Donald Trump est inférieure de 0,2 point de pourcentage en moyenne à celle enregistrée sous l’ère Biden. Par ailleurs, Donald Trump aura plus que jamais multiplié les volte-face qui auront contribué à dégrader la visibilité des investisseurs quant au climat économique et financier. Les électeurs semblent également avoir été empreints d’une certaine lassitude. Ces «3 i» ont donc un prix: les démocrates remportent les deux chambres avec au moins un gain de 45 sièges nets à la Chambre des représentants et 7 sièges au Sénat, faisant de ce revers électoral pour les républicains l’un des plus grands sweeps observés depuis 32 ans, depuis Bill Clinton en 1994.
La vague bleue a surpris par son amplitude, elle demeure avant tout un plébiscite anti-Trump plus qu’un vote affinitaire au Parti démocrate qui devra pousser une législation consensuelle dans la perspective de 2028.
La déferlante démocrate va drastiquement comprimer le champ d’action du président Trump. Ne disposant d’aucune majorité dans les deux chambres, son rôle se cantonne désormais aux questions relatives au commerce et à la politique extérieure. Donald Trump pourra toujours user de son droit de veto pour s’opposer à des propositions de loi qui prendraient le contrepied des mesures initiées jusqu’à présent. Mais un usage extensif de ce droit de veto pourrait s’avérer délétère pour la vie démocratique américaine et pour le Parti républicain à l’horizon 2028. Fort de cette majorité, le camp démocrate tentera de modifier l’orientation des projets de loi de finances en réduisant les baisses de taxes (aucune intervention n’est possible sur les dispositifs déjà votés) à la faveur d’une augmentation des dépenses de transfert. Il n’aura cependant pas de majorité qualifiée (2/3 des voix de la chambre) pour légiférer en passant outre le veto présidentiel. Le gel des débats pourrait cependant servir de levier. Du point de vue des métriques budgétaires, ce scénario n’induirait ni d’aggravation du déficit budgétaire, déjà conséquent, ni de réduction significative de l’impulsion budgétaire. Par ailleurs, démocrates et républicains semblent s’opposer sur les questions qui ont trait aux data centers et à la vampirisation des ressources qu’ils engendrent. Nous estimons, comme pour les tarifs douaniers, que la compétition avec la Chine constitue une raison d’Etat et que le déploiement des centres de données se poursuivra, avec, peut-être, une inertie plus grande.
Les marchés saluent une alternance au Congrès sans heurts, les impacts, s’il devait y en avoir, demeurent à ce stade incertains.
A brève échéance, l’impact macroéconomique du scrutin devrait être quasi nul. Le mandat du Congrès sortant prend fin le 3 janvier 2027. La période entre le vote et la nouvelle mandature est qualifiée de lame duck session ou session du canard boiteux. C’est donc une majorité républicaine qui débattra du budget d’ici le 11 décembre. Dans ce contexte, une obstruction parlementaire est possible de la part des démocrates, rendant possible le scénario d’un shutdown ou d’un financement temporaire (continuing resolution) afin d’ouvrir la voie au nouveau Congrès pour un vote. Le pouvoir de nomination du Sénat viendra par ailleurs rebattre les cartes pour le poste de vice-président de la Réserve fédérale ainsi que pour la réattribution du siège de Jerome Powell au conseil des gouverneurs début 2028. Les difficultés devraient se matérialiser en 2027 et 2028 à l’occasion des discussions autour du plafond de la dette et des projets de loi de finances. 60 voix favorables sont nécessaires pour passer le budget au vote, les démocrates disposent de 54 sièges; la question de l’existence d’un compromis permanent demeure entière.
Plus globalement, les marchés semblent saluer l’alternance à l’œuvre. La prime d’incertitude politique s’érode et laisse la part belle aux secteurs cycliques. Le résultat des élections de mi-mandat n’est pas de nature à freiner l’économie américaine qui combine résilience et reprise manufacturière. A 16 h (heure de Paris), le S&P 500 affichait une performance de 1,24%, porté par la consommation discrétionnaire (+3,62%), les services de communication (+2,68%), les financières (+1,95%) et la technologie (+1,9%). L’hypothèse d’une administration moins véhémente sur le plan commercial et d’un rééquilibrage des forces à Washington est favorablement accueillie par le marché actions européen qui affiche une performance de 1,86% (Stoxx Europe 600), porté également par la composante cyclique. Du côté des émergents, l’Asie et l’Amérique latine ont réagi positivement aux résultats, notamment en Chine et au Mexique.
Les taux 10 ans US cèdent 3 bps et s’établissent à 4,93%, le Bund cède 2 bps et gravite autour de 3,3% tandis que l’OAT cède 10 bps et s’ancre à 4,84%. Dans le même temps, le prix des matières premières énergétiques poursuit sa décrue, le WTI s’établissant à 93,2 USD/baril sur la perspective d’une amélioration de la situation au Moyen-Orient et de la réouverture d’un canal de discussion solide. Le dollar cédait 0,37% face à l’euro.