Deux élections tumultueuses ont fait la une cette semaine. Au Brésil, le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva a battu son adversaire d’extrême droite, Flávio Bolsonaro. En Serbie, l’opposition menée par les étudiants a évincé Aleksandar Vučić après 14 ans au pouvoir. Pour ces nouveaux gouvernements, les difficultés ne font pourtant que commencer. Qu’ils le veuillent ou non, tous deux seront entraînés dans la ruée mondiale vers les minerais et métaux critiques.
Les minerais et métaux critiques sont indispensables pour construire des infrastructures modernes, déployer des technologies de pointe et mener la décarbonation. Ils constituent des intrants essentiels pour les réseaux électriques, les éoliennes, les panneaux solaires, les batteries, les véhicules électriques et le stockage d’énergie. Le Brésil comme la Serbie en disposent: le Brésil détient la deuxième plus grande réserve mondiale de terres rares (après la Chine), estimée à 21 millions de tonnes (Mt), et la Serbie possède d’importants gisements de charbon et de lithium, ainsi que du cuivre, de l’or et d’autres métaux.
En l’état, ni l’offre mondiale de ces matériaux ni les projets miniers qui les concernent ne suffisent à satisfaire une demande en forte croissance. Par exemple, BloombergNEF prévoit un déficit d’approvisionnement en cuivre équivalant à 44% de la demande mondiale projetée d’ici 2050. Cela a encore intensifié la compétition entre la Chine et les États-Unis pour le contrôle de ces ressources.
La Chine est en position de force dans cette course: l’Agence internationale de l’énergie indique qu’elle est désormais le premier raffineur de 19 des 20 minerais stratégiques clés, avec une part de marché moyenne de 70%. Les États-Unis entendent toutefois renforcer leur position. Ayant identifié la dépendance à l’égard de la Chine pour les minerais critiques comme un risque majeur pour la sécurité nationale, le président américain Donald Trump a annoncé des investissements de plusieurs milliards de dollars dans de nouveaux projets miniers et d’extraction, sur le territoire national comme à l’étranger.
La nouvelle géopolitique des mines favorisera les entreprises capables de passer du statut de «tolérées» à celui de «dignes de confiance».
La politique des ressources s’est immiscée dans presque tous les recoins de la politique étrangère américaine, y compris dans les relations avec la République démocratique du Congo, le Danemark et le Groenland, l’Ukraine et le Venezuela. Au Brésil, les États-Unis tentent de contenir les investissements miniers chinois, tout en réaffirmant leur prééminence en Amérique latine. En Serbie, le gouvernement américain affirme depuis des années qu’une présence accrue des entreprises américaines est nécessaire pour «supplanter» la Chine, qui a investi «des milliards de dollars» dans des mines et d’autres projets connexes.
Pour des pays comme le Brésil et la Serbie, l’enjeu consiste à attirer les investissements nécessaires pour valoriser leurs ressources à leur propre avantage, sans perdre l’appui de l’opinion. L’équation est délicate.
Ces deux pays ont connu ces dernières années des accidents miniers meurtriers. En 2019, l’effondrement du barrage de Brumadinho a libéré un flot de boue toxique provenant de la mine de fer de Córrego do Feijão, au Brésil, faisant 270 morts. En 2022, l’effondrement partiel de la mine de charbon de Soko, en Serbie, a provoqué une libération soudaine de méthane, tuant huit mineurs. Si l’un ou l’autre de ces pays veut étendre ses activités minières, le public doit avoir confiance dans la possibilité de le faire en toute sécurité.
La concurrence sino-américaine, conjuguée à l’envolée de la demande mondiale, pourrait toutefois facilement tirer les normes du secteur minier vers le bas. En écartant des entreprises porteuses de meilleurs projets, des accords façonnés par une faible application des règles anticorruption, des conflits d’intérêts ou une hostilité à l’égard des normes environnementales, sociales et de gouvernance – autant de traits aujourd’hui visibles aux États-Unis – pourraient déboucher sur des arrangements moins compétitifs, moins sûrs et plus dommageables sur les plans social et environnemental.
Les États-Unis et la Chine veulent que leurs investissements dans l’extraction et le traitement procurent les rendements les plus élevés et les plus rapides possibles. Les gouvernements de pays riches en ressources comme le Brésil et la Serbie devront composer avec ces pressions extérieures sans entamer leur légitimité sur le plan intérieur. Les entreprises minières doivent toutefois, elles aussi, construire leur légitimité dans les communautés où elles opèrent, faute de quoi les pays hôtes pourraient les sacrifier si l’opinion se retourne.
On l’a vu récemment en Guinée, au Mali et au Niger, où les gouvernements ont révoqué des dizaines de permis miniers. Au Kenya, le gouvernement a récemment ordonné la suspension immédiate des opérations minières de Tata Chemicals Magadi pour «non-conformité réglementaire». Parmi les problèmes relevés figuraient l’absence d’une stratégie claire de valorisation des minerais et de création de valeur ajoutée, des obligations en souffrance de rapprochement et de paiement des redevances, ainsi que des déclarations d’exportation insuffisantes.
Les performances de Tata Chemicals ont également été jugées insuffisantes en matière de mise en œuvre des accords de développement communautaire, de plans d’emploi et de transfert de compétences au bénéfice des Kényans, d’achats locaux et de conformité environnementale. Il ne s’agit pas seulement d’une liste de clauses encadrant la relation de l’entreprise avec l’État. Cette liste reflète les relations plus larges – avec les travailleurs et fournisseurs locaux, avec les communautés environnantes et avec la nation dans son ensemble – dont dépendaient la résilience et la légitimité de l’entreprise.
Un autre cas récent vient renforcer ce constat. La mine Cobre Panamá, exploitée par First Quantum – l’une des plus grandes mines de cuivre au monde, dont le développement a coûté quelque 10 milliards de dollars et qui a représenté environ 5% du PIB panaméen en 2022 –, a été mise à l’arrêt fin 2023, à la suite de manifestations nationales contre les effets de la mine sur l’environnement.
Le contrat initial de l’entreprise canadienne prévoyait une exonération fiscale jusqu’au recouvrement des coûts d’investissement liés à la construction de la mine, ainsi qu’une redevance de seulement 2% du chiffre d’affaires. En mars 2023, le gouvernement a conclu un nouvel accord avec First Quantum, incluant un impôt sur les sociétés de 25%, des redevances de 12 à 16%, et un paiement annuel minimum de 375 millions de dollars, en plus des cotisations de sécurité sociale, des taxes municipales, des redevances foncières, des frais liés à l’eau et des obligations environnementales.
La Cour suprême du Panama a toutefois jugé que la législation sur laquelle reposait cet accord violait 25 articles de la Constitution, portant sur la protection de l’environnement, le bien-être public, la santé et les obligations de l’État envers ses citoyens. Le gouvernement panaméen pourrait encore vouloir rouvrir la mine (ne serait-ce que pour en assurer une fermeture respectueuse de l’environnement), mais toute nouvelle concession devra s’appuyer sur une législation conforme aux principes constitutionnels.
Pour les entreprises minières qui cherchent à opérer au Brésil, en Serbie ou ailleurs, la résilience exige plus que de savoir naviguer dans la politique du pays hôte et d’éviter l’expulsion. La nouvelle géopolitique des mines favorisera les entreprises capables de passer du statut de «tolérées» à celui de «dignes de confiance», en faisant preuve de transparence, de respect et d’écoute face aux préoccupations locales.
Copyright: Project Syndicate, 2026.