La Suisse tire parti de son association à Schengen/Dublin

AWP

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Sans les bénéfices économiques et sécuritaires de cette alliance, le PIB helvétique en 2035 pourrait être jusqu’à 3,9% inférieur, soit une perte de revenu de 1300 francs par an par habitant.

La Suisse retire des bénéfices économiques et sécuritaires de son association à Schengen/Dublin, selon un rapport adopté vendredi par le Conseil fédéral. Sans cela, son PIB en 2035 pourrait être jusqu’à 3,9% inférieur, soit une perte de revenu de 1300 francs par an par habitant.

Dans le même temps, le gouvernement a transmis au Parlement son message sur l’initiative populaire de l’UDC «Stop aux abus de l’asile! (initiative pour la protection des frontières)». Il rejette le texte sans lui opposer de contre-projet. L’initiative demande un contrôle systématique aux frontières ainsi que des restrictions dans le domaine de l’asile.

Le texte menace la prospérité, la sécurité et la tradition humanitaire de la Suisse, a estimé le ministre de la justice Beat Jans devant les médias à Berne. Et de mentionner les coûts de mise en œuvre que l’initiative impliquerait, en plus de la difficulté d’application. Chaque jour, environ 2,2 millions de personnes et 1,1 million de véhicules traversent la frontière suisse.

Le Conseil fédéral estime aussi que des contrôles systématiques aux frontières ne permettraient pas d’endiguer efficacement la migration secondaire irrégulière. Il faut plutôt privilégier les contrôles ciblés, réalisés en fonction des risques et des menaces, selon Pascal Lüthi, directeur de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières.

Ces contrôles existent déjà aujourd’hui et leur renforcement est déjà prévu, à la demande du Parlement, a rappelé M. Jans. Il est aussi prévu d’endiguer la migration secondaire au sein de l’espace Schengen dans le cadre du pacte de l’UE sur la migration et l’asile, auquel la Suisse participe.

Frontaliers touchés

Une adoption de l’initiative mettrait en péril la participation de la Suisse à Schengen/Dublin, a encore indiqué le conseiller fédéral. Un rapport élaboré sur demande du Parlement examine justement les conséquences à l’horizon 2035 d’une fin de l’association helvétique à ce système.

Ce scénario entraînerait des coûts de 5,8 à 16,1 milliards de francs par an. La Suisse devrait renforcer fortement ses infrastructures et ses effectifs pour pouvoir effectuer les contrôles aux frontières. Le rapport développe plusieurs conséquences économiques et sécuritaires négatives qui s’ensuivraient.

Les domaines des soins et de la restauration seraient particulièrement touchés, car ils emploient de nombreux frontaliers. Ceux-ci pourraient perdre 422’000 heures par jour dans les embouteillages, entraînant des coûts entre 1,08 et 2,27 milliards de francs.

Il pourrait y avoir jusqu’à 60% de frontaliers en moins qui travaillent en Suisse. Ou alors, jusqu’à 170’000 d’entre eux pourraient décider de s’installer en Suisse.

Le gouvernement précise que l’ampleur des pertes économiques dépendrait du bon vouloir des Etats voisins et de l’UE à coopérer avec la Suisse. Moins ces pays mettraient de personnel à disposition pour les contrôles aux frontières, plus l’attente aux points de passage s’allongerait.

Moins de touristes...

Le secteur du tourisme serait également affecté, avec une perte de recettes estimée entre 320 et 810 millions en 2035. Obtenir un visa distinct pour la Suisse supposerait non seulement un surcoût, mais aussi des démarches administratives en plus pour les visiteurs en Suisse.

En matière d’asile aussi, il y aurait des désavantages. Berne devrait examiner les demandes de requérants qui ont déjà déposé une demande dans un autre Etat Dublin. En outre, les transferts vers d’autres Etats Dublin ne seraient plus possibles. Ainsi, les requérants d’asile resteraient plus longtemps en Suisse, menant à des coûts supplémentaires compris entre 166 et 824 millions.

... et plus de risques sécuritaires

Outre les aspects financiers, la Suisse perdrait au niveau sécuritaire. Elle a actuellement accès aux banques de données de Schengen/Dublin et de la coopération transfrontalière. Ces avantages ne sont pas quantifiables, selon le gouvernement.

Il précise que les consultations effectuées en 2025 par les forces de sécurité dans le système d’information Schengen ont abouti à près de 40’000 réponses pertinentes pour la Suisse, concernant en particulier des personnes dangereuses ou des criminels. Sans ce système, le risque existerait donc qu’une menace ne soit pas détectée ou ne le soit pas à temps.

Berne n’arriverait pas à combler seule les lacunes. Même avec des ressources financières supplémentaires considérables, elle ne pourrait pas garantir pleinement le même niveau de sécurité.

La Suisse en paierait le prix fort sans rien recevoir en retour, a lancé M. Jans. Le secrétaire d’Etat aux migrations Vincenzo Mascioli a donné l’exemple du Royaume-Uni, dont les forces de sécurité ont remarqué une baisse qualitative de leur travail après le Brexit.

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