Les bourses mondiales évoluent dans le rouge jeudi, plombées par la hausse des prix du pétrole et un regain d’inquiétudes au sujet de l’intelligence artificielle (IA), tandis que le rendement de la dette française flambe encore.
En Europe, vers 14H00 GMT, Paris cédait 0,97%, Milan 1,52%, Madrid 1,37% et Francfort 0,34%. Londres restait à l’équilibre (-0,01%). A Zurich, le SMI prenait 0,11%.
«Les actions européennes subissent de nouveau des pressions vendeuses (...), les rendements obligataires français ayant atteint de nouveaux sommets sur 24 ans», résume Neil Wilson, de Saxo UK.
Les marchés doivent faire face à une montée des prix du pétrole. Vers 14H00 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence mondiale, grimpait de 2,66% à 111,71 dollars. Le WTI nord-américain prenait 1,91% à 99,01 dollars.
Les prix progressent «à la suite de l’attaque contre le champ pétrolier saoudien de Chaybah», «de l’ordre donné par les Etats-Unis à leurs diplomates de quitter l’Arabie saoudite», et de l’ordre donné par le géant pétrolier saoudien Aramco à son personnel d’évacuer les locaux de la compagnie à Dhahran, notent les analystes de DNB.
Par ailleurs, les Gardiens de la Révolution iraniens, le bras armé de la République islamique, ont menacé jeudi d’étendre le conflit si les forces américaines continuaient à aider les navires à franchir le détroit d’Ormuz.
Pour Téhéran, le contrôle de ce passage stratégique est un levier de pression important sur Washington, notamment pour faire monter les prix du pétrole avant les élections législatives de mi-mandat prévues le 3 novembre aux Etats-Unis.
La dette française sous pression
La montée des prix du pétrole «entretient les craintes d’une hausse de l’inflation chez les investisseurs», ce qui provoque une nouvelle progression de la plupart des taux d’emprunt en Europe, explique Ipek Ozkardeskaya, de Swissquote Bank.
Le rendement de la dette française à dix ans est particulièrement touché. La veille, il avait dépassé 5% pour la première fois depuis 2002.
Vers 14H00 GMT, il atteignait 5,06%, contre 5,01% mercredi soir, se hissant plus haut que l’emprunt américain à échéance 10 ans (5,02%). Son équivalent italien grimpait à 4,59%, contre 4,57%. Seul le taux de l’Allemagne reculait, bénéficiant de son statut de valeur refuge et de référence. Il descendait à 3,35%, contre 3,42% la veille.
Le «spread» franco-allemand, considéré comme une mesure de la méfiance des investisseurs envers la dette hexagonale, flambait par conséquent. Il était à 1,74 point, au plus haut depuis 2011, contre 1,59 point la veille.
Les investisseurs doutent depuis plusieurs semaines de la situation budgétaire française, avec une dette et un déficit parmi les plus hauts d’Europe, sur fond de débat politique tendu autour du projet de budget 2027 et d’incertitudes liées à l’élection présidentielle.
La tech tangue
Aux Etats-Unis, dans les premiers échanges, le Dow Jones cédait 0,23%, l’indice Nasdaq, à forte coloration technologique, reculait de 1,81% et l’indice élargi S&P 500 lâchait 1,01%.
La perspective de dépenses encore massives pour développer l’intelligence artificielle (IA) ravive les craintes des investisseurs quant à la capacité du secteur à générer des bénéfices.
La veille, les résultats de SpaceX (-4,28%), le groupe aérospatial d’Elon Musk -avec l’annonce du premier bénéfice net de l’histoire du groupe, à 4,4 milliards de dollars- avaient rassuré les investisseurs sur cette question.
Mais ce jeudi, «les craintes sur l’IA sont de retour, après que Meta a annoncé une nouvelle hausse de ses dépenses d’investissement», selon les experts de Natixis.
Lors de ses résultats mercredi soir, le groupe de Mark Zuckerberg (-5,52%) a estimé devoir lever «des centaines de milliards de dollars sur plusieurs années», dès cet automne, malgré une trésorerie disponible dans le rouge.
Le constructeur automobile Tesla (+0,19%) a de son côté annoncé un chiffre d’affaires quasi stable entre juillet et septembre, à 28,05 milliards de dollars et un bénéfice net en recul, à 787 millions de dollars, contre 1,37 milliard un an plus tôt.
En Europe aussi, STMicroelectronics cédait 3,50% à Paris, Infineon -2,30% à Francfort et ASML -3,53% à Amsterdam.
Le luxe européen voit rouge
Le titre du groupe de luxe français Hermès perdait 4,94% à Paris vers 14H00 GMT, après avoir fait état d’un chiffre d’affaires au troisième trimestre sous les attentes des analystes, particulièrement sur le marché chinois.
Dans son sillage, les valeurs du luxe perdaient du terrain en Europe. A Paris, LVMH reculait de 0,24% et Kering de 1,46%. Le géant suisse Richemont cédait 1,31% sur la Bourse suisse et Swatch lâchait 1,45%.