Le congrès annuel de scienceindustries, l'association faîtière suisse du secteur de la chimie, pharma et des sciences de la vie, qui s'est tenu mercredi à Zurich est aussi l'occasion de prendre le pouls de la branche, notamment grâce à la publication du classement mesurant la compétitivité internationale de l'industrie chimique et pharmaceutique publié chaque année à cette occasion. Le Global Industry Competitiveness Index (GICI) est réalisé par l'institut de recherche BAK Economics sur mandat de scienceindustries. Entretien avec Michael Grass, membre de la direction de BAK Economics et auteur de l'étude.
Dans le dernier Global Industry Competitiveness Index (GICI) de 2026, l'industrie chimique et pharmaceutique en Suisse occupe le 3e rang mondial, après les Etats-Unis et l'Irlande et se place juste devant le Danemark. Est-ce un bon ou un mauvais résultat?
Le fait que la Suisse occupe le 3e rang, et cela pour la septième année consécutive, est un très bon résultat. Dans les sous-indices, le fait que le secteur de la chimie-pharma en Suisse figure aussi souvent dans les dix premières places du classement est également un élément positif à souligner. La Suisse figure du reste au première rang du classement concernant le critère de la «Qualité de la localisation».
«La Suisse figure au premier rang concernant le critère de la ‘Qualité de la localisation’.»
Il y a néanmoins certains domaines où la Suisse a perdu du terrain, en particulier s'agissant de la dimension «Innovation et leadership technologique» où notre pays recule à la septième place (5e place en 2025). L'industrie chimique et pharmaceutique suisse manque-t-elle de capacité d'innovation?
A l'intérieur de chacune de ces dimensions, il y a des aspects qui sont plus ou moins positifs. La Suisse continue de pouvoir s'appuyer sur une très bonne base scientifique en ce qui concerne la recherche et développement. De plus, les entreprises de la chimie-pharma continuent d'investir beaucoup d'argent, soit environ 6 milliards de francs l'an dernier.
L'aspect le plus négatif est que les innovations ont du mal à passer du laboratoire au patient. Cela tient, d'une part, à l'attractivité du site pour les essais cliniques. En termes de «densité des essais de phase précoce», la Suisse occupe la 24e place, et la 26e place en ce qui concerne le passage aux grands essais d'autorisation de mise sur le marché.
En ce qui concerne, d'autre part, l’accès aux nouveaux médicaments, le processus prend plus de temps en Suisse que dans les pays leaders, et seul un médicament sur deux autorisé en Europe par l’Agence européenne des médicaments (EMA) figure également sur la liste des spécialités de l’OFSP.
C'est un inconvénient pour les patients - est-ce le cas aussi pour les entreprises pharmaceutiques?
C'est un inconvénient pour les deux parties. Pour les patients d'abord mais aussi pour les entreprises qui conçoivent et fabriquent les médicaments. Pour le site de production suisse, ce n'est jamais une bonne chose s'il n'est pas possible de commercialiser les médicaments sur le marché suisse. Cela affecte à long terme aussi l'activité de recherche. La qualité du site de recherche et de production en Suisse est un tout. Le secteur pharmaceutique suisse ne peut pas se limiter à la recherche ou à des fonctions de headquarter, faute de quoi il perdrait de sa substance. C'est la combinaison entre recherche, production et distribution qui fait la qualité du site suisse pour la pharma et chimie. Je ne pense pas que la Suisse aurait avantage à prendre le même chemin que l'Irlande. L'Irlande n'est à mon avis pas le modèle à suivre pour la Suisse dans le domaine du secteur pharmaceutique.
«Les innovations ont du mal à passer du laboratoire au patient.»
L'intelligence artificielle (IA) a aussi été un thème largement abordé lors de l'événement annuel organisé par scienceindustries mercredi. Dans l'étude, BAK Economics souligne que la Suisse réunit toutes les conditions afin de tirer parti de l'IA dans les domaines où elle a des désavantages. A quoi pensez-vous?
La Suisse dispose d'une excellente base scientifique dans le domaine de l'intelligence artificielle, notamment grâce à la qualité de la recherche des universités et de l'EPFZ par exemple. Maintenant, l'IA ne peut progresser que grâce à l'utilisation qu'elle peut faire des données qui sont mises à disposition des chercheurs. Et l'accès aux données fait défaut car le système de la santé est très fragmenté et parce que la Suisse a, de manière générale, une attitude plutôt restrictive en la matière.
Vous mentionnez le Danemark, un pays de taille similaire à la Suisse, comme un exemple dont la Suisse pourrait s'inspirer sur ce plan. Pourquoi?
Oui, le Danemark permet aux entreprises pharmaceutiques d'avoir accès aux données pour les essais cliniques de façon plus centralisée, tout en protégeant l'anonymat des patients. La Suisse n'offre pas cette possibilité, car l'infrastructure de données nécessaire fait encore défaut. L'accès de la recherche industrielle aux données de santé doit également encore être réglementé.
La Suisse devrait être fonctionner de manière plus centralisée sur ce plan?
La Suisse a avant tout besoin d'une meilleure coordination. Il est certain aussi que les Suisses accordent une importance particulière à la protection des données. Il est toutefois possible à la fois de protéger les données des patientes et patients - tout en rendant ces données utilisables pour la recherche.
Concernant l'Asie, la Chine s'est hissée au 12e rang (16e rang en 2025) cette année. La Chine est-elle une menace pour l'industrie chimique et pharmaceutique helvétique suisse à terme?
Il est clair que la Chine a réalisé des progrès très importants à la fois sur le plan de la production et de la recherche. La Chine s'est hissée au premier rang dans le domaine de la recherche et du développement en sciences de la vie et a rattrapé les Etats-Unis, tant en termes de dépenses de recherche que de nombre d'essais cliniques. La Chine a atteint la première place dans le domaine de la recherche et du développement. La Chine va continuer de nous rattraper, plus rapidement qu'on ne l'imagine.