Le marché des ETF poursuit sa croissance, y compris en Suisse. Cette année le marché suisse des ETF fête ses 25 ans. Plus de 2200 ETF et ETP sont néociés sur le SIX Swiss Exchange et le système Quote on Demande ajoute 8200 ETF, indique-t-on lors de la cérémonie des Swiss ETF Awards, organisée par SIX, BX Swiss et finanzen.ch. Raimund Müller, responsable des ETF et des fonds indiciels auprès d’UBS, répond aux questions d’Allnews:
Quelle est votre part de marché et votre croissance?
Nous sommes au 5e rang sur le marché européen des ETF, mais avec plus de 1,1 trillion de dollars au plan global, nous sommes leader parmi les gestionnaires d’actifs indexés basés en Europe. Les concurrents qui nous devancent sur le segment des ETF croissent plus lentement. Beaucoup de clients apprécient que notre expertise se trouve sur place en Europe, et tout particulièrement en Suisse.
Vous avez obtenu la 2e place des personnalités de l’année aux récents «Swiss ETF Awards 2026». Quelle est votre réaction?
C’est toujours un plaisir d’être récompensé par un jury indépendant, par les clients et les partenaires de l’industrie, pour nos accomplissements. Cette manifestation souligne l’importance croissante de l’écosystème des ETF, de son élargissement à de nouvelles catégories de clients. Au début des ETF, il y a 25 ans, nous ne nous adressions qu’à des professionnels. Le monde des ETF s’est ensuite étendu aux investisseurs privés.
Vous êtes professionnel sur ce marché depuis 14 ans. Comment les ETF se sont-ils développés en Suisse?
Le marché a d’abord été limité aux ETF sur les principaux marchés. L’ETF avait pour but d’offrir un accès simple et transparent à un marché. Il est devenu un outil polyvalent, l’équivalent d’un couteau suisse, au bénéfice d’une multitude de fonctions. Il s’est élargi et il a permis une exposition avec la précision d’un scalpel, que ce soit à des facteurs de risque ou, dans les obligations, à des durations particulières.
«L’an dernier, nous avons introduit une réelle innovation avec nos ETF actifs sur les obligations et avec les CLO.»
Quelle est la part des produits passifs dans un portefeuille?
Il n’est pas aisé d’obtenir ce genre de données. Il n’en demeure pas moins que la croissance a été très forte. Elle s’est accélérée ces dernières années. En Europe, les années records se succèdent depuis 3 ans. L’ETF est devenu un outil clé de l’investissement. Il est de plus en plus employé activement, à travers les ETF actifs. C’est pourquoi il n’est pas toujours possible de considérer les ETF comme des produits de gestion passifs. On parle de solutions avec une faible tracking error (enhanced) ou avec une tracking error plus élevée (ETF actif, avec un potentiel d’Alpha).
Par exemple, le choix des investissements en fonction de facteurs de risque traduit une décision active. L’investisseur s’éloigne alors de la réplication d’un indice et de l’accès facilité à un marché à travers une solution optimisée selon les primes de risque visées et le respect des diverses règles.
Quand le marché des ETF actifs dépassera-t-il celui des ETF classiques?
Ce n’est pas pour demain. Le marché des ETF actifs croît très vite, mais à partir d’un très bas niveau. En 2025, les ETF représentaient 400 milliards de dollars de nouveaux flux en Europe. Après 9 mois, en 2026, ils atteignent déjà 440 milliards. L’essentiel de cet afflux provient des ETF «Core», tels que les ETF sur l’indice MSCI Monde, l’indice S&P 500, les indices des marchés émergents. Ce sont des solutions classiques standards. L’investisseur y ajoute généralement des blocs dans sa construction de portefeuille, par exemple des fonds de placement actifs ou des ETF actifs.
Est-ce que les ETF actifs ont tendance à disposer d’une écart toujours supérieur avec l’indice de référence?
Cela dépend des besoins et de l’approche du client. Au début, les flux ont privilégié les ETF «enhanced», afin d’obtenir, avec une faible tracking error, une modeste optimisation et une surperformance par rapport à l’indice sur une base ajustée des frais. Les approches se sont alors dirigées vers des thèmes pour lesquels une gestion passive classique n’est pas très efficiente. Je pense à un thème qui nous a beaucoup occupé l’année dernière, celui des Collateralized Loans Obligations (CLO). Sur ce marché des crédits privés, il est sensé d’avoir une approche active parce que les instruments passifs restent limités.
«J’estime que 80% de l’allocation aux ETF en Suisse portent sur les actions, contre 9% dans les obligations.»
Le montant de frais est important pour les banques. N’augmente-t-il pas avec l’augmentation de la tracking error et de la part active?
La composante de frais est importante dans les ETF. Sur les principaux marchés (Core), les ETF sont très efficients et le sont encore plus qu’avant. Les ETF actifs sont également efficients, en termes de frais, si on les compare aux fonds de placement classiques, lesquels sont logiquement plus coûteux du fait d’un plus grand travail de gestion. Si l’on prend l’exemple des CLO, l’ETF coûte 0,25 point de base, un niveau que j’estime très efficient, même si celui d’un ETF Core tel que sur l’indice S&P 500 coûte à peine 3 points de base. Cela souligne la tendance à la démocratisation de l’investissement. Tous les ETF sont abordables et cela pour toutes les catégories d’investisseurs.
Est-ce que les frais continueront à diminuer pour les privés et pour les institutionnels?
C’est une hypothèse assez audacieuse compte tenu d’un point de départ déjà très efficient. Il est possible que des optimisations se produisent par la suite, mais une grande partie de la baisse a déjà été accomplie. La taille de certains acteurs peut encore permettre une poursuite de la tendance si des synergies sont rendues possibles. UBS Asset Management gère par exemple 2,2 trillions de dollars dont plus de 1,1 trillion, soit plus de la moitié, avec des solutions passives. Cette taille offre des avantages que nous pouvons redistribuer aux clients à travers le niveau de frais. Mais nous approchons d’une limite. Notre travail ne se définit pas seulement à travers le prix. Il comprend aussi la qualité de nos solutions, sous la forme du tracking error et de la liquidité des produits. Ces services sont liés à des frais.
L’investisseur ne doit pas seulement regarder les coûts. Il doit également considérer la qualité des produits, le choix de la bonne stratégie et des thèmes parfois techniques tels que la couverture des risques de change, un sujet majeur en Suisse. Nous offrons des produits obligataires hedgés contre le dollar par exemple, parce que la volatilité y est plus basse qu’avec les actions. Entre-temps, de nombreux investisseurs en actions décident de ne pas se couvrir contre le risque de change.
Dans quel domaine des ETF se situent aujourd’hui les innovations?
L’an dernier, nous avons introduit une réelle innovation avec nos ETF actifs sur les obligations et avec les CLO. Je pense aussi aux «Treasury Yield Plus», afin d’obtenir un rendement supplémentaire à travers une gestion active.
Récemment, dans les actions, nous avons lancé des ETF qui privilégient le revenu (Global Income Plus) en profitant des revenus issus des dividendes et des rachats d’actions. Nous vendons alors des options pour obtenir une prime et accroître le rendement. Sur un rendement de 9%, la part du dividende s’élève à 1,6% , celle des rachats d’actions 3,7% et la vente d’options 4%. Ce type de solutions est très recherché. Il apparaît de plus en plus que les clients apprécient les mandats qui peuvent leur apporter un revenu régulier. A cette fin, ils ont besoin de nouveaux blocs, ici actifs, dans leur portefeuille.
L’un des défis actuels de l’investisseur réside dans la concentration dans les grandes valeurs de la technologie américaine. Comme y répondre?
C’est un réel défi. Nous l’avons vu émerger depuis plus d’un an avec l’ascension progressive des «Mag7» aux Etats-Unis. En Suisse, ce thème n’est pas nouveau du fait de la pondération des 3 principaux titres dans l’indice SMI. Une innovation y répond, celle des indices (et des ETF) équipondérés, et des indices MSCI ex mega caps (sans les plus grandes valeurs) sur les actions mondiales, respectivement américaines. L’investisseur construit dans ce cas un portefeuille dans lequel il intègre un élément, les grandes valeurs, selon la pondération qui lui convient.
Ces derniers jours, nous avons par ailleurs, à l’attention du marché suisse, répondu à ce défi de la concentration avec un ETF équipondéré sur le SMI à l’aide d’un plafond à 5%, aussi à la pondération des trois plus grandes capitalisations.
Un autre défi résulte de la difficulté à construire un portefeuille face à des choix de plus en plus binaires sur des thèmes géopolitiques tels que la poursuite de la guerre, ou non, en Iran, ou les droits de douane. Comment réduire avec un ETF les effets des risques extrêmes sur un portefeuille?
Nous n’avons pas encore d’ETF sur une allocation de portefeuille active. Mais nous disposons de différents blocs destinés à prendre en compte des risques spécifiques. UBS peut mettre en oeuvre la vue précise d’un client à travers une allocation.
Face à l’incertitude géopolitique, nous pouvons par exemple intégrer des blocs avec des matières premières, du pétrole et de l’or. Une autre approche consiste à investir dans les primes de risque des matières premières sans oublier les solutions de protection contre le risque d’inflation aux Etats-Unis ou en Europe (TIPS). L’investisseur peut aussi privilégier les marchés à forte présence de producteurs de matières premières, comme le Canada et l’Australie, ou adopter une position défensive sur le marché suisse des actions.
Les solutions visant une diversification plus large sont parfois appelées des «protections par tous les temps». Dans le passé, certains employaient les investissements dans les facteurs de risque ou le «smart Beta» afin de générer une prime de risque selon les cycles de marché. Une approche visant la prudence peut être mise en oeuvre avec une stratégie de basse volatilité qui investit dans des actions à faible volatilité. Une approche dite de qualité se penche, elle, sur les sociétés au bénéfice d’un bilan solide et d’une bonne distribution du dividende.
«Face à l’incertitude géopolitique, nous pouvons par exemple intégrer des blocs avec des matières premières, du pétrole et de l’or.»
Les blocs sont présents, mais pourquoi les petits investisseurs peinent-ils à obtenir une exposition, avec des ETF, dans des marchés tels que les obligations chinoises ou de certains autres pays émergents ou dans certains segments technologiques?
L’investisseur dispose, en Suisse, de 170 expositions et 400 ETF cotés. Il peut y investir lui-même à travers une plateforme de broker. Mais je ne lui conseille pas parce que certains marchés contiennent des spécificités et des risques que le petit investisseur ignore peut-être. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une plateforme destinée à des plans d’épargne n’autorise qu’un choix limité de produits et de thèmes. Le grand public a tout à gagner à prendre ses distances à des solutions telles que des ETF avec un triple levier ou sur des stratégies long/short.
Quels sont les thèmes qui émergent en ce moment?
L’étude des flux des dernières années montre que l’intérêt est fort pour les marchés «core». La demande pour le marché américain atteint presque des records. En tant qu’entité suisse, j’observe que les flux sont également significatifs sur le marché suisse. Nous avons lancé l’ETF sur les petites et moyennes capitalisations (SPI Extra) en juillet et il a déjà généré 500 millions. La demande est également significative pour les solutions globales et l’or. Nous sommes les seuls à profiter d’un tel afflux sur l’or dans les ETFs suisses.
La couverture des risques de change a également été très recherchée, après que les écarts de taux aient réagi aux changements de politiques monétaires de certains pays. L’an dernier, comme le dollar a perdu 14% face au franc, une couverture du risque de change était intéressante. La situation est plus stable cette année mais, fort de l’expérience de 2025, la demande reste importante.
Dans le sillage de la hausse des taux d’intérêt, les solutions obligataires profitent d’une certaine renaissance. Les rendements obligataires sont nettement supérieurs, notamment à l’étranger.
Quel est votre objectif pour les 18 prochains mois?
Nous voulons continuer à offrir des solutions qui apportent une plus-value à nos clients. Nous y sommes parvenus jusqu’ici puisque notre croissance dépasse celle du marché. Notre part de marché s’est accrue. Cela n’est possible qu’en étant plus proche du client, en nouant des partenariats et en encourageant l’innovation, telle que celle apportée avec l’ETF SPI Extra.
Nous voulons rendre sensibles nos clients à certaines innovations, en particulier dans les actions, lesquelles représentent l’essentiel du gâteau. J’estime que 80% de l’allocation aux ETF en Suisse portent sur les actions, contre 9% dans les obligations, un taux nettement plus faible qu’en Europe. Avec le niveau de rendement atteint, la demande pourrait s’accroître pour les solutions obligataires. Nous offrons une gamme de solutions comme alternative pertinente et diversifiante aux marchés d’actions.