Les élections de mi-mandat suscitent de nombreux débats politiques, mais les marchés se concentrent généralement sur un nombre plus restreint de questions. Dans quelle mesure l’équilibre des pouvoirs va-t-il évoluer? Le prochain Congrès sera-t-il en mesure d’adopter des lois majeures? Et quels dossiers politiques pourraient influer sur la croissance économique, les taux d’intérêt ou le sentiment des investisseurs?
Du point de vue des marchés, deux éléments me semblent particulièrement importants dans ce scrutin: l’ampleur de la majorité au Congrès et les orientations politiques qui en découleront.
L’équilibre des pouvoirs
Même si le résultat des élections est largement anticipé, les marchés pourraient réagir à l’ampleur de la majorité au Congrès. Une majorité étroite exige généralement davantage de négociations et de coopération entre les partis, mais aussi en leur sein, pour faire avancer les dossiers. Elle limiterait ainsi les chances d’adoption de mesures situées aux extrémités du spectre politique. Une large majorité pourrait, en revanche, donner au parti qui la détient une plus grande latitude pour modifier la fiscalité, les dépenses publiques et la réglementation.
Les marchés apprécient généralement le partage du pouvoir entre les deux partis, chacun pouvant tempérer les excès de l’autre. Mais cette configuration n’élimine pas les risques liés aux décisions politiques. Le Congrès devra toujours se prononcer sur le financement de l’administration fédérale, le plafond de la dette et d’autres textes incontournables.
La possibilité de scrutins serrés constitue un risque supplémentaire. Si le contrôle du Congrès se joue à quelques milliers de voix dans un ou plusieurs Etats, des recomptages et des recours judiciaires pourraient avoir lieu. Nous pourrions rester dans l’incertitude politique pendant plusieurs semaines. A mon sens, cette situation pourrait conduire les investisseurs à exiger une rémunération plus élevée pour détenir des actifs risqués. Elle pourrait aussi durcir les positions au Congrès et compliquer la coopération entre les deux partis.
Des échéances budgétaires à l’horizon
Le Congrès doit faire face à plusieurs échéances budgétaires importantes, dont la première est imminente. Le texte provisoire qui assure actuellement le financement de l’administration fédérale expire le 11 décembre. Le Congrès doit adopter une nouvelle mesure de financement avant cette date, sous peine de provoquer une paralysie des services fédéraux, ou «shutdown». Je pense qu’il adoptera probablement une nouvelle prolongation de courte durée avant de suspendre ses travaux: personne ne souhaite une paralysie de l’administration pendant les fêtes.
Le calendrier budgétaire pourrait se compliquer l’an prochain. Une nouvelle prolongation provisoire pourrait reporter l’échéance de financement à 2027. Le Congrès devra négocier un budget pour 2027 et parvenir à un accord avec le président, faute de quoi l’administration fédérale sera paralysée. Ce risque est sérieux. Par la suite, les négociations sur le budget de l’exercice 2028 pourraient coïncider avec la nécessité de relever le plafond de la dette.
Octobre 2027 sera un mois clé du calendrier budgétaire. Il marquera le début de l’exercice 2028 et pourrait se situer à proximité de la «date X» du plafond de la dette, c’est-à-dire le moment où le Trésor aura épuisé les mesures extraordinaires lui permettant de continuer à honorer les obligations de l’Etat fédéral.
Je m’attends à l’habituel accord de dernière minute pour éviter un défaut de paiement de l’Etat fédéral. Mais l’approche de la date X pourrait déstabiliser les marchés financiers, en particulier si les négociations sur le plafond de la dette coïncident avec une menace de paralysie de l’administration. J’estime que la probabilité d’un défaut technique est faible, mais elle n’est pas nulle.
Les orientations budgétaires générales ne devraient guère améliorer la situation. Les deux partis souhaitent accroître les dépenses, tandis que la fiscalité pourrait s’alourdir quelque peu. Je ne m’attends pas à une réduction du déficit budgétaire au cours des exercices 2027 ou 2028, même avec un taux de chômage faible.
Le rôle de surveillance du Congrès pourrait passer au premier plan
Le Congrès n’a pas besoin d’adopter des lois pour influer sur le sentiment des investisseurs. Qu’il soit partagé entre les deux partis ou contrôlé par un seul, le nouveau Congrès devrait, selon moi, multiplier les auditions approfondies afin d’orienter le débat politique à l’approche de l’élection présidentielle de 2028. Des dirigeants d’entreprise pourraient être interrogés sur de fortes hausses de prix et la faible progression des salaires, les groupes pétroliers et gaziers étant particulièrement exposés à cet examen politique. Les géants de la technologie et les entreprises de réseaux sociaux pourraient également retenir l’attention, tandis que l’intelligence artificielle pourrait faire l’objet d’enquêtes portant sur la sécurité, le piratage informatique et les conséquences économiques de l’automatisation.
Les marchés pourraient, à mon avis, se montrer particulièrement sensibles aux questions liées à l’IA. Si de nombreuses décisions concernant les centres de données relèvent des Etats et des collectivités locales, d’éventuelles propositions fédérales pourraient prévoir un renforcement des normes de sécurité, des restrictions sur certaines applications de l’IA, une modification du traitement fiscal des investissements dans l’IA ou encore des limites à la construction de centres de données. Ces nouvelles mesures pourraient toucher les entreprises technologiques, les fournisseurs d’électricité, les fabricants de semi-conducteurs et d’autres sociétés liées au cycle d’investissement dans l’IA.
Après le dépouillement
Les résultats électoraux provoquent souvent une réaction immédiate des marchés, en particulier lorsqu’ils déjouent les attentes, comme nous venons de le voir au Brésil. Mais, à mon sens, l’enjeu le plus déterminant pour les marchés sera la manière dont le nouvel équilibre des pouvoirs façonnera les orientations politiques.