Small & mid caps européennes, des perspectives favorables

Nelly Davies, La Financière de l’Echiquier (LFDE)

3 minutes de lecture

Les petites et moyennes valeurs européennes offrent aujourd’hui une exposition privilégiée aux grandes priorités stratégiques européennes.

 

Après plusieurs années de sous-performance face aux grandes capitalisations, les petites et moyennes valeurs européennes abordent une phase nettement plus favorable. Dans un contexte marqué par la stabilisation des taux d'intérêt, l'amélioration progressive de l'activité économique et le retour des opérations de marché et introductions en Bourse, plusieurs catalyseurs se mettent simultanément en place et devraient soutenir un rattrapage durable du segment.

La contre-performance des small et mid caps observée depuis 2022 s'explique largement par un environnement défavorable: forte hausse des taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation, ralentissement économique européen, tensions géopolitiques et baisse de l'appétit pour le risque. Ces facteurs ont pesé à la fois sur les valorisations et sur les capacités de financement des entreprises, alors même que les investisseurs privilégiaient les valeurs plus liquides ainsi que des thématiques moins représentées dans le segment comme l’écosystème IA.

Aujourd'hui, plusieurs de ces vents contraires s'inversent progressivement. Les indicateurs avancés d'activité montrent des signes de redressement, les politiques budgétaires redeviennent un moteur de croissance, et le cycle de fusions-acquisitions reprend. Dans ce contexte, l'Europe dispose d'un nouvel atout: l'accélération des investissements publics, notamment en Allemagne.

L'Allemagne redevient un moteur pour l'industrie européenne

Longtemps critiquée pour son orthodoxie budgétaire, l'Allemagne connaît un virage majeur. Le pays déploie un fonds d'infrastructures de 500 milliards d'euros sur douze ans, destiné à moderniser les réseaux de transport, les infrastructures énergétiques et les équipements publics.

Les fonds de private equity disposent toujours de niveaux records de liquidités à investir tandis que de nombreux groupes industriels cherchent à renforcer leurs positions sur des marchés de niche.

Si le marché reste focalisé sur la lenteur apparente des décaissements, les dépenses sont déjà largement engagées. À fin 2025, près de 27,8 milliards d'euros d'engagements contractuels avaient été signés, dont 25,2 milliards dans les infrastructures de transport. La visibilité croissante sur les décaissements à partir du second semestre 2026 pourrait constituer un puissant catalyseur pour les valeurs cycliques et les valeurs industrielles européennes, en particulier les entreprises de taille intermédiaire fortement exposées à la commande publique.

Parallèlement, l'Europe entre dans un nouveau cycle de réarmement dont l'ampleur semble encore sous-estimée par les investisseurs. En Allemagne notamment, les dépenses de défense devraient passer d'environ 108 milliards d'euros en 2026 à près de 180 milliards en 2030. Cette dynamique bénéficie directement à tout un écosystème de fournisseurs européens de niche, souvent des mid caps leaders mondiaux dans leurs spécialités.

Des entreprises idéalement positionnées sur les priorités stratégiques européennes

Les petites et moyennes capitalisations sont particulièrement bien représentées dans les secteurs qui devraient bénéficier des grands plans d'investissement publics: défense, infrastructures, efficacité énergétique, logistique, cybersécurité, électrification et centres de données.
L'Allemagne concentre à elle seule plusieurs acteurs de premier plan, à l’image de Renk, leader mondial des transmissions pour véhicules militaires, Secunet, spécialiste de la cybersécurité et de la souveraineté numérique ou Bilfinger, acteur majeur des services industriels et de l'optimisation des infrastructures. Le profil des small et mid caps européennes semble particulièrement adapté au nouveau contexte géopolitique. Plus domestiques que les grandes multinationales, elles sont moins exposées aux tensions internationales et davantage positionnées sur les programmes d'investissement nationaux ou régionaux. Leur agilité, leur positionnement sur des niches de marché à forte valeur ajoutée et leur gouvernance souvent entrepreneuriale restent également des avantages compétitifs importants. Des atouts qui favorisent généralement une croissance bénéficiaire supérieure sur longue période.

Le retour des fusions/acquisitions: un signal historiquement favorable

Autre catalyseur majeur, les opérations de fusions-acquisitions reprennent progressivement en Europe, après deux années de ralentissement causé par la remontée des coûts de financement. Les fonds de private equity disposent toujours de niveaux records de liquidités à investir tandis que de nombreux groupes industriels cherchent à renforcer leurs positions sur des marchés de niche. Les récentes opérations illustrent ce regain d'intérêt: DCC racheté par KKR et ECP, Intertek par EQT, Adevinta par Permira et Blackstone, Beazly par Zurich Insurance, pour n’en citer que quelques-unes. Historiquement, les phases de reprise des M&A constituent un soutien important pour les petites capitalisations, en créant des primes d'acquisition et en servant de référence pour la valorisation de sociétés cotées comparables.

La réouverture du marché des introductions en Bourse renforce le cycle

Le marché primaire européen montre également des signes tangibles d'amélioration après plusieurs années difficiles. Plusieurs introductions en Bourse - Vincorion, Electrovac, Asta Energy, NOBA Bank... – ont rencontré un accueil favorable des investisseurs, démontrant un retour progressif de l'appétit pour le risque. La réouverture du marché des IPOs est un indicateur avancé important: elle témoigne d'un regain de confiance des investisseurs dans les perspectives de croissance des entreprises européennes et contribue à restaurer la liquidité du segment des small et mid caps.

Des valorisations toujours attractives

Malgré l'amélioration des perspectives, les valorisations restent particulièrement attractives. Les small caps européennes continuent d'afficher une décote par rapport aux grandes capitalisations, alors même que leurs perspectives bénéficiaires apparaissent aujourd'hui mieux orientées. Cette situation est selon nous d'autant plus intéressante que la combinaison d'une relance budgétaire sans précédent en Allemagne, du réarmement européen, du redémarrage des fusions-acquisitions et de la réouverture du marché primaire constitue un environnement rarement observé simultanément. Après plusieurs années de désaffection, les petites et moyennes valeurs européennes semblent bien réunir les ingrédients d'un changement de régime. Pour les investisseurs de long terme, cette classe d’actifs offre aujourd'hui une exposition privilégiée aux grandes priorités stratégiques européennes, ainsi qu’à des valorisations qui restent historiquement attractives.

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