Les assureurs n’ont jamais autant gagné depuis des années

Communiqué, Bain & Company

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Selon Bain & Company, le prochain avantage concurrentiel ne résidera pas dans la hausse des primes, mais dans la capacité à réduire durablement le coût du risque. Pour la place financière suisse, un nouveau terrain de compétition se dessine.

L’industrie mondiale de l’assurance affiche une santé opérationnelle éclatante. Portées par la hausse des primes, une solide capitalisation et une rentabilité en nette amélioration, les compagnies d’assurance ont réalisé en 2025 l’une de leurs meilleures performances de ces dernières années.

Les marchés financiers, eux, ne semblent pourtant pas pleinement convaincus.

Selon la dernière analyse de Bain & Company, les investisseurs considèrent pour l’essentiel le rebond actuel des bénéfices comme un phénomène cyclique. À leurs yeux, l’enjeu n’est donc plus le niveau des résultats aujourd’hui, mais la capacité des assureurs à transformer durablement leur modèle économique.

«Le marché n’évalue plus seulement le niveau des primes, mais la capacité d’un assureur à réduire durablement le coût du risque», explique Maximilian Cappel, expert du secteur de l’assurance chez Bain & Company en Suisse.

Pour Bain, cette capacité déterminera demain les niveaux de valorisation, le potentiel de croissance et le rendement des capitaux propres.

Un enjeu stratégique pour la place financière suisse

Cette évolution revêt une importance particulière pour la Suisse. Premier centre mondial de réassurance et place majeure de la gestion institutionnelle d’actifs, le pays se trouve au cœur des transformations qui redessinent actuellement l’industrie mondiale de l’assurance.

L’étude de Bain met en évidence une fragmentation croissante de la chaîne de valeur. Réassureurs, apporteurs de capitaux alternatifs, gestionnaires d’actifs, fournisseurs de technologies et partenaires de distribution prennent progressivement en charge des activités qui relevaient traditionnellement des assureurs intégrés. 

La question se déplace dès lors: où se situeront demain les rendements les plus attractifs?

Pour l’assurance suisse, cette évolution fait apparaître un paradoxe. En 2025, la hausse des primes et une sinistralité particulièrement favorable ont largement contribué aux bons résultats du secteur. Mais ces facteurs conjoncturels masquent des défis plus structurels: faible croissance du marché, retard technologique encore important et perte d’accessibilité de certains produits d’assurance pour une partie de la population.

L’IA, nouveau levier pour faire baisser le coût du risque

Bain estime que l’intelligence artificielle transformera l’assurance bien plus profondément que les précédentes vagues de numérisation. 

L’enjeu ne consiste plus simplement à automatiser certains processus. Il s’agit désormais de réduire le coût global du risque, grâce notamment à:

  • une meilleure prévention des sinistres;
  • un conseil et une distribution plus efficaces;
  • l’automatisation de la gestion des sinistres;
  • des modèles opérationnels plus productifs;
  • de nouvelles approches de l’allocation du capital.

Dans certaines branches, les technologies de prévention pourraient réduire les coûts liés aux sinistres de 10 à 20%.

L’effet dépasserait largement le seul enjeu de rentabilité. Une diminution du coût du risque permettrait également d’élargir l’accès à l’assurance – un enjeu majeur face aux importantes lacunes de couverture qui subsistent dans les domaines des catastrophes naturelles, des cyberrisques et de la prévoyance vieillesse.

Pour les assureurs, la maîtrise active des coûts devient ainsi un enjeu déterminant. Malgré la croissance historique des primes en Suisse, les ratios de coûts n’ont que peu diminué et ont même progressé dans certains cas. Le potentiel d’amélioration reste donc considérable.

«À nos yeux, les principaux leviers résident dans la prévention des sinistres, le conseil et la distribution assistés par l’IA, ainsi que dans les processus agentiques. Dans le même temps, la structure des coûts évolue: une partie de ce qui constitue aujourd’hui principalement des coûts de personnel deviendra demain des coûts liés aux tokens. Ceux-ci devront être pilotés avec la même rigueur – et toutes les applications de l’IA ne généreront pas automatiquement un retour sur investissement positif», souligne Cappel.

Réinvestir les gains de productivité

Réduire les coûts ne suffira toutefois pas. Pour consolider leur avantage concurrentiel dans la durée, les assureurs devront utiliser leurs gains de productivité de manière stratégique.

Dans les marchés à forte pénétration et où la demande est largement inélastique – comme c’est le cas dans plusieurs branches d’assurance en Suisse – les nouvelles sources de croissance ne viendront pas nécessairement d’une nouvelle hausse des primes. Elles résideront davantage dans de nouveaux services et une distribution plus performante.

«Les gains d’efficacité ne devraient pas simplement disparaître dans la structure de coûts ou se traduire par une amélioration ponctuelle des marges. Les assureurs devraient les réinvestir de manière ciblée, par exemple dans des services supplémentaires et dans l’amélioration de leur distribution. Ils peuvent aussi orienter leur capital et leurs ressources vers des marchés plus sensibles aux prix et présentant un fort potentiel de croissance, comme celui du cyberrisque», estime Cappel.

Les marchés de capitaux pourraient rebattre les cartes

Dans le même temps, les capitaux alternatifs prennent une place croissante dans l’écosystème de l’assurance. Les investisseurs institutionnels s’intéressent de plus en plus aux risques assurantiels comme à une classe d’actifs à part entière, tandis que la titrisation et les Insurance-Linked Securities (ILS) gagnent encore du terrain. Selon Bain, l’industrie pourrait ainsi évoluer progressivement d’un modèle dominé par de grands groupes intégrés vers un écosystème davantage composé d’acteurs spécialisés – avec des modèles économiques distincts pour la distribution, les opérations et la gestion du capital.

Pour les assureurs historiques, le message est clair: la taille ne suffira plus à faire la différence. Les véritables avantages concurrentiels se construiront là où les entreprises sauront mieux que leurs rivales évaluer, financer et surtout prévenir les risques.

À propos de l’étude

L’étude «Strong Momentum in Insurance, but Structural Challenges Remain» s’appuie sur les analyses de Bain & Company ainsi que sur des données de Swiss Re, de l’OCDE, de S&P Capital IQ, de LSEG et d’autres sources internationales. Elle examine les transformations structurelles à l’œuvre dans l’industrie mondiale de l’assurance et leurs conséquences sur la croissance, la rentabilité et la valorisation des entreprises.

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