La multiplication des appels à ralentir le développement de l’intelligence artificielle (IA) fait reculer les places boursières mondiales lundi, sur fond de hausse du pétrole et des taux d’intérêt des dettes souveraines.
En Europe, Paris a cédé 0,76%, Francfort 0,50% et Milan 1,68%. Londres a pris 0,44%, profitant de la hausse de ses majors pétrolières grâce à la flambée des prix du brut. Zurich (+0,75%) a également fini en hausse, grâce au soutien de ses poids lourds.
A Wall Street, vers 15H50 GMT, l’indice Nasdaq - qui rassemble les grands noms technologiques - perdait 0,41%, le Dow Jones reculait de 0,15% et l’indice élargi S&P 500 lâchait 0,37%.
«Les propositions venues de certains états-majors de l’IA visant à ralentir leur rythme de développement ne sont pas du tout bien accueillies par les investisseurs», résume Andreas Lipkow, analyste pour CMC Markets.
Depuis plusieurs mois, les investissements massifs des géants de la tech dans l’intelligence artificielle sont le principal moteur de la hausse des marchés d’actions, malgré les incertitudes macroéconomiques et géopolitiques grandissantes.
Or, le patron d’Anthropic, Dario Amodei, a appelé samedi à ralentir la vitesse de développement de l’IA face au risque du développement de modèles hors de contrôle humain, un message auquel se sont rapidement ralliés Elon Musk et Sam Altman (OpenAI).
Les semi-conducteurs en souffrance
Dans ce contexte, les géants des semi-conducteurs et des puces électroniques - indispensables pour construire les centres de données où sont entraînés les modèles d’IA - perdaient du terrain lundi.
Nvidia, entreprise la plus valorisée au monde, reculait de 3,01%, à 210,71 dollars. Broadcom chutait de 4,19%, AMD de 5,08%, Intel de 4,77% et SK hynix de 7,16%.
Première capitalisation européenne, ASML, le plus important fournisseur au monde de machines de photolithographie pour la fabrication des composants électroniques, a perdu 6,13% à Amsterdam. A Francfort, Infineon a perdu 7,87% et STMicroelectronics 6,50% à Paris.
Les fournisseurs d’infrastructures pour les centres de données de l’IA ont eux aussi sombré. Schneider Electric a cédé 6,54% et Legrand 6,70% à Paris. Siemens a perdu 8,33% à Francfort.
Les entreprises de logiciels ont de leur côté repris du poil de la bête, car le développement de l’IA faisait douter les investisseurs sur l’avenir de leur modèle économique. SAP a pris 5,12% à Francfort et Capgemini 6,61% à Paris.
Les taux grimpent, le dix ans américain dépasse 5%
Dans le même temps, la guerre au Moyen-Orient continue de faire grimper les prix du pétrole. Vers 15H50 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord progressait de 3,40%, à 108,17 dollars, et le WTI américain de 3,37%, à 103,42 dollars.
Le gaz augmente également. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence en Europe, grimpait de 4,70%, à 83,26 euros le mégawattheure.
Un nouveau front se confirme dans la guerre autour des champs pétroliers : les Houthis pro-iraniens du Yémen, galvanisés par la prise du détroit de Bab el-Mandeb, ont de nouveau frappé lundi des cibles militaires dans l’Arabie saoudite voisine. L’Iran a démenti toute implication.
D’autant que «les marchés ont intégré que rien ne risque de bouger côté américain d’ici les élections de mi-mandat», estime Kevin Thozet, membre du conseil d’investissement de Carmignac.
Cette hausse des coûts de l’énergie alimente les risques d’inflation, rendant probables davantage de hausses des taux directeurs des principales banques centrales, avant la réunion de la Fed mercredi, de la Banque d’Angleterre jeudi et de la Banque du Japon vendredi.
Dans ce contexte, les taux d’intérêt des dettes souveraines atteignent des sommets. Le rendement à échéance dix ans de la dette américaine a dépassé lundi le seuil des 5%, au plus haut depuis 2023.
Le taux d’intérêt allemand, référence en Europe, atteignait 3,52%, contre 3,51% vendredi, au plus haut depuis 2009. Son équivalent français était à 4,48%, contre 4,45%, après avoir dépassé 4,50%, du jamais-vu depuis 2008.