On est très loin d’une ambiance festive hier matin sur les parquets de trading, le marché est contrarié depuis la semaine passée et les annonces rocambolesques du Trésor américain au sujet de la partie longue de la courbe des taux. Les intervenants ont raison d’être prudents en ce lundi, le programme de la semaine est chargé, on attend de pied ferme le discours de Scott Bessent, censé préciser le plan d’attaque économique à l’encontre de l’Iran mais les investisseurs veulent surtout l’entendre sur la dette. En plus demain en journée nous aurons droit à du lourd avec la publication du PIB des Etats-Unis ainsi que de l’indice PCE (Personal Consumption Expenditure), l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation. Toujours demain, après la clôture du NYSE le marché prendra connaissance des trimestriels de Nvidia, la méfiance prévaut à ce sujet, à témoin le comportement récent du titre et de tout le secteur. Enfin vendredi Kevin Warsh donnera son premier grand discours, tout un chacun dans les salles de marchés l’attend au contour, on veut mieux comprendre sa vision de la politique monétaire, on souhaite aussi savoir si et comment l’approche de la Fed quant à l’inflation va évoluer.
En bref, cette semaine qui débute est truffée d’écrans de fumée, la visibilité tant aimée du marché manque, dans un tel contexte les acteurs du marché des actions vendent, ils réfléchiront plus tard. Précisons qu’ils vendent surtout le secteur des semi-conducteurs, puis le reste de la tech en prévision des résultats de la mère de tous les titres demain soir. Le reste de la cote se porte plutôt pas mal, papy Dow Jones se permet même une légère hausse à la cloche, comme quoi il est parfois plutôt pas mal de ne pas être bardé de tech. Tiens, en parlant du loup, l’indice Nasdaq100 (NDX) confirme la cassure à la baisse de sa moyenne mobile à 50 jours, il regarde désormais sa 100 jours qui évolue actuellement à 28'611 points contre une clôture à 29'023 pts. Pas mieux sur le SOX (semi-conducteurs) qui casse lui sa 100 jours, attention à la 50 jours qui est en train de se retourner à la baisse, une death crosse menace de ce fait à un horizon de deux semaines. Le podium du jour du S&P500 (SPX) se compose des biens de consommation de base, des financières et des utilities, la tech termine nettement dans le rouge et bonne dernière, notons la bonne tenue dans ce contexte d’Amazon (AMZN +1,33%), Microsoft (MSFT +0,84%), Alphabet (GOOG +0,83%) et Apple (AAPL +0,32%). Du côté obscur de la cote on retrouve sans surprise des semis tels que Micron Tech (MU -5,83%) ou AMD (-3,49%), on y trouve aussi Tesla (TSLA -3,83%), simplement parce que c’est Tesla…
L’indice S&P500 équipondéré (SPW) progresse légèrement de 0,1% contre -0,28% pour le SPX, cela confirme que le gros de l’armée monte sur la colline hier, tandis que de nombreux généraux californiens sont confinés en plaine. Il est plutôt rassurant de constater que le marché a encore conscience qu’il y a une vie boursière après la tech. Attention aux petites capitalisations, cela fait trois séances consécutives que le Russell2000 (RTY) teste sa moyenne mobile à 50 jours vers le bas, l’indice surperforme nettement ses grands frères cette année, le marché pourrait être tenté de poser quelques profits sur la table, ce d’autant que la volatilité est au tapis, le VIX se languit à 15.85, un niveau vraiment bas qui présente nettement plus de potentiel à la hausse qu’à la baisse pour l’indice de la volatilité du SPX.
On jette un œil à la courbe des taux US. Le 10 ans se stabilise ce matin à 4,70%, il regarde son récent top à 4,75% comme prochaine résistance, s’il la traverse ensuite le marché devrait lui dérouler un tapis rouge de qualité supérieure vers les 5%, pour des raisons techniques mais probablement aussi pour tester la capacité / volonté du Trésor américain à défendre sa dette. Pas mieux sur le 30 ans qui cote 5,23%, son récent top se situe à 5,33%. Le dollar se ressaisit quelque peu, la paire EUR/USD revient à 1,1658, elle voit son principal support à 1,1632 (=200 jours), notons que l’euro n’est plus suracheté. Le billet vert bénéficie d’un soutien modeste ce matin en raison de la montée des tensions géopolitiques après l’annonce par Scott Bessent de nouvelles sanctions contre l’Iran. De son côté, l’euro résiste grâce aux anticipations d’une politique monétaire plus ferme de la BCE. Le pétrole recule un chouia après le discours de Bessent, ceci dit le niveau actuel du WTI Light Crude (84,50 dollars le baril) indique clairement que le marché n’est en rien convaincu que cette «offensive» économique américaine portera ses fruits.
L’or marque une pause à 4635 dollars l’once. Le métal jaune se maintient près de ses plus hauts niveaux depuis trois mois. Les positions acheteuses des investisseurs professionnels augmentent depuis un trimestre, mais restent éloignées de leurs niveaux extrêmes historiques, ce qui laisse encore un potentiel de hausse. Plusieurs grandes banques américaines relèvent leurs objectifs à court terme, respectivement à 4800 et 5000 dollars l’once. L’extension des sanctions américaines, visant notamment les technologies, l’or, l’aviation et le transport maritime, renforce également l’attrait du métal jaune comme valeur refuge.
Revenons au discours tant attendu de Scott Bessent d’hier soir. Cela faisait plusieurs jours que le patron du Trésor des Etats-Unis annonçait quelque chose de puissant. Dans les faits, Scott Bessent annonce une offensive économique contre l’Iran, qualifiée de «D Day économique», avec des sanctions visant plus de 60 entreprises, personnes et navires impliqués dans l’acquisition de technologies nucléaires et balistiques, les ventes de pétrole et les cyber-opérations du régime. Washington menace également de sanctionner les pays qui continuent de commercer avec Téhéran, au risque d’un affrontement avec la Chine, qui achète environ 90% du pétrole iranien. Au final cette annonce apparaît comme une extension du dispositif existant, ciblant notamment les actifs numériques, les technologies, l’or, l’aviation, le transport maritime ainsi que diverses personnes et entreprises.
Sur la dette américaine, certains analystes espéraient que le Trésor américain réduise la taille de ses émissions obligataires à long terme, une mesure susceptible de faire davantage baisser les rendements. Interrogé à ce sujet, Scott Bessent ne se prononce pas et indique que les volumes actuels seront maintenus jusqu’à la prochaine annonce officielle prévue début novembre. En résumé, il ne dit absolument rien au sujet du principal problème des Etats-Unis actuellement, qui pourrait se transformer en tornade financière puis économique si le marché obligataire décide d’envoyer le 10 ans à 5%.
Cerise sur le gâteau, dans un éditorial publié par le Wall Street Journal, Stanley Druckenmiller estime que la hausse des rendements obligataires américains n’est pas le signe d’un marché défaillant, mais un avertissement parfaitement rationnel face à une inflation toujours trop élevée, un déficit proche de 6% du PIB, une dette supérieure à 40’000 milliards de dollars et une charge d’intérêts dépassant 1100 milliards par an (c’est plus que le budget annuel de la défense aux Etats-Unis). Selon lui, le doublement des rachats d’obligations longues par le Trésor ne vise donc pas réellement à améliorer la liquidité, puisque le marché fonctionnait normalement, mais à freiner artificiellement la hausse des taux. Cette intervention, assimilable à une petite forme de quantitative easing, risque de retarder les réformes budgétaires, d’alimenter l’inflation et d’affaiblir la crédibilité du Trésor en donnant l’impression qu’il cherche à contrôler le prix de sa propre dette. Druckenmiller considère que le marché obligataire constitue désormais le dernier véritable garde-fou face à l’inaction politique: il faut accepter les rendements exigés par les investisseurs, même si le 30 ans atteint 5,5%, allonger honnêtement la maturité de la dette et réduire durablement le déficit, notamment par une réforme progressive des prestations sociales. À ses yeux, un programme budgétaire crédible ferait beaucoup plus baisser les taux longs que des rachats massifs, car les gouvernements finissent toujours par perdre lorsqu’ils tentent de défendre artificiellement des prix contraires aux fondamentaux.
Stanley Druckenmiller est un investisseur américain légendaire, ancien collaborateur de George Soros et surtout mentor de longue date de Scott Bessent.
Au programme macroéconomique de ce mardi, l’indice Ifo du climat des affaires en Allemagne est publié à 10h00 et permettra d’évaluer le moral des entreprises allemandes. Aux États-Unis, Thomas Barkin de la Fed intervient à 14h00 puis à 22h00, tandis que l’indice S&P CoreLogic Case-Shiller des prix immobiliers est attendu à 15h00. Les ventes de logements neufs et l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board seront ensuite publiés à 16h00, offrant de nouvelles indications sur la santé du marché immobilier et de la consommation américaine.
Du côté des entreprises, Shell suspend le développement du projet gazier offshore Aphrodite à Trinité-et-Tobago en raison d’un désaccord sur les conditions de vente, tandis que Siemens Energy cède sa participation dans les turbines à vapeur. Porsche vend son activité de conseil à Tata Consultancy Services et conclut parallèlement un accord portant sur le déploiement de solutions d’intelligence artificielle. Philips lève 650 millions d’euros via une émission d’obligations vertes. Aux États-Unis, SpaceX prévoit de lancer fin 2027 ses premiers satellites dédiés à l’IA et équipés de puces Nvidia, tandis que Nvidia démarre la production à grande échelle de son système Groq 3 LPX destiné à l’inférence. JPMorgan et Santander organisent un financement pouvant atteindre 15 milliards de dollars pour un projet de GNL en Argentine, et Boeing remporte un contrat potentiel de 131,2 milliards de dollars auprès de l’US Air Force pour des avions F-15. Enfin, Saudi Aramco signe plus de 3,7 milliards de dollars d’accords avec des entreprises françaises, alors que Hyundai trouve un accord salarial préliminaire avec ses employés, contrairement à SK Hynix dont le syndicat rejette la proposition de la direction.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo progresse de 0,5% à la cloche, Hong Kong égare 0,04%, Shanghai grappille 0,19%, Séoul prend 0,68% et le Nifty50 recule de 0,27%. Le future SPX prend 0,2% son compère du NDX en gagne 0,4% et l’Europe traite en hausse de 0,3% dans les premiers échanges.