Volte-face de la Fed

Salima Barragan

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Assistons-nous à une pause dans le processus de normalisation monétaire ou à un revirement?


©Keystone

Mardi, Donald Trump réclamait une baisse des taux d’intérêt. En vain. La Fed clôt mercredi sa troisième réunion du FOMC de l’année avec une annonce de statu quo. Elle prouve ainsi son indépendance vis-à-vis des pressions politiques persistantes du Président. Cependant, le volte-face de sa politique monétaire en l’espace de six mois est inédit. 

En maintenant ses taux directeurs inchangés dans la fourchette comprise entre 2,25% et 2,5%, la Fed ne cède pas à Donald Trump qui lui reproche de freiner l’économie, alors que celle-ci est en excellente forme. Pour preuve, une croissance du PIB record au premier trimestre de 3,2% (au lieu de 2,3%) et un taux de chômage à 3,8%, le niveau le plus bas depuis des décennies, démontrent que l’économique américaine n’a pas besoin d’une ample baisse des taux comme le suggère Donald Trump dans son tweet de mardi: «Nous avons le potentiel de décoller comme une fusée si on abaissait les taux, d’un point par exemple». 

L’ISM manufacturier a décliné à 52,8%,
ce qui inquiète les marchés même si l’indicateur reste positif.

L’institut monétaire observe néanmoins un ralentissement des dépenses de consommation des ménages et des investissements d’entreprises au premier trimestre. Il note aussi que l’ISM manufacturier a décliné à 52,8%, ce qui inquiète les marchés même si l’indicateur reste positif. D’après une analyse d’Eric Vanraes de la Banque Eric Sturdza, l’exploit du premier semestre est dû au gonflement des stocks (+0,65%) et à la bonne tenue des chiffres du commerce, aidés par une chute du déficit commercial (+1,03%). 

Revenons sur la stratégie de la Reserve Fédérale. En octobre 2018, elle commençait à normaliser sa politique monétaire avec un premier tour de vis. En 2019, alors que, selon Jerome Powell «les taux étaient encore loin d’un niveau neutre», le consensus s’attend à 3 hausses consécutives. Mais le 20 mars, la Fed change de ton et lève le voile sur des préoccupations grandissantes: la faiblesse de l’inflation sous-jacente et des anticipations d’inflation (effectivement, les indices CPI et PCE (hors énergie et alimentation), sont en baisse depuis l’été 2018). 

«La Réserve fédérale s’installe
dans une pause prolongée, ‘behind the curve’.»

Assistons-nous à une simple pause dans le processus de normalisation monétaire ou à un revirement? La Fed réitère «qu'elle sera patiente dans la détermination des futurs ajustements des taux, surveillant l'évolution de l'inflation et les développements économiques mondiaux». Pour Axel Botte d’Ostrum Asset Management, cette non-action reflète l’attentisme de la Fed: «Jerome Powell cherche à gagner du temps en insistant sur l’inflation et la sempiternelle «incertitude» alors que le FOMC a déjà effacé trois hausses pour faire remonter les cours boursiers». Pour Franck Dixmier d’Allianz Global Investors, il s’agirait également d’une pause du programme de normalisation monétaire qui devrait perdurer jusqu’en 2020: «La Réserve fédérale s’installe dans une pause prolongée, ‘behind the curve’». 

Le changement de cap du programme de la Fed, malgré une inflation qui se situe au-dessus de sa cible des 2%, n’échappe pas aux spécialistes. Pour Franck Dixmier, «la Fed semble se diriger vers une définition plus souple de son objectif d’inflation, en privilégiant une moyenne, qui consisterait à accepter un léger dépassement de l’objectif des 2% pour compenser les périodes d’inflation plus basses». Ce qui justifie que la Fed accepte une légère accélération de l’inflation en cas de surchauffe, sans pour autant changer sa stratégie de départ.

Le cycle de resserrement monétaire n’est donc pas achevé. Et les marchés n’ont pas apprécié les propos de Powell éloignant une perspective de baisse des taux directeurs. Suite à son annonce, la bourse américaine a viré au rouge alors que le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans se sont raffermis.

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