La résolution du conflit avec l'Iran tarde à venir. Si cette situation devait perdurer, le prix du pétrole devrait augmenter bien davantage, bien au-delà de la barre des 100 dollars, pour forcer la nécessaire réduction de la demande. La normalisation des marchés de l'énergie s'avérant plus lente que prévu, nous avons légèrement revu à la baisse nos prévisions de croissance et à la hausse nos prévisions d'inflation. C'est en Suisse que les effets négatifs attendus sont les moins importants, en raison d'une intensité énergétique plus faible. Nous tablons actuellement sur une croissance du PIB de 0,8% cette année et sur une inflation de 0,7% – un niveau qui se situe toujours dans la moitié inférieure de la fourchette cible de la BNS.
Depuis les années 1970, le prix du pétrole fluctue au gré des crises mondiales et a provoqué à plusieurs reprises des chocs inflationnistes. L'embargo de l'Opep de 1973 a été suivi par la deuxième crise pétrolière de 1979, la guerre du Golfe de 1990, la crise financière de 2008 et le choc des prix de l'énergie de 2022. Le conflit avec l'Iran s'inscrit dans une longue série de crises pétrolières liées à des facteurs géopolitiques.
La crise pétrolière de 1973 a pris la Suisse entièrement au dépourvu, alors qu’elle était extrêmement dépendante du pétrole qui représentait environ 80% de sa consommation finale d'énergie. Le pétrole était considéré comme une matière première disponible en permanence et bon marché, ce qui explique la brutalité particulière de ce choc des prix. Les répercussions sur l’économie ont été de taille: entre 1970 et 1980, le secteur industriel a perdu environ 244’000 emplois, le PIB a reculé de près de 7% en 1975 et l'inflation a atteint près de 10% en 1974, un record historique. En 2022, le prix du gaz en Europe a parfois été multiplié par plus de dix. Les prix de l'électricité en Suisse ont augmenté de 27% en 2023.
Malgré une inflation supérieure à 3%, le PIB suisse a progressé d'environ 3,5% en 2022, sans s’effondrer comme dans les années 1970.
La Suisse a nettement réduit son intensité énergétique depuis les années 1970 et figure aujourd'hui parmi les économies les plus efficaces au monde sur le plan énergétique. Alors que la population a doublé et le PIB réel a quadruplé, la consommation absolue de pétrole a reculé et la dépendance au pétrole a baissé de près de 80% (1973) à env. 46% (2024).
La Suisse résiste aujourd'hui bien mieux aux chocs liés aux prix de l'énergie qu'en 1973. Des dépendances subsistent néanmoins et concernent principalement les transports, le parc immobilier et les liens internationaux. A l’instar des années 1970, la crise actuelle peut servir de signal pour poursuivre résolument sur la voie de la transformation et rendre la Suisse plus durable, plus efficace et plus indépendante.