Un monde en mutation appelle à la souveraineté énergétique

Pascal Dudle, Vontobel

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La transition verte ne se limite pas au déploiement des énergies renouvelables. Elle dépend d’un écosystème large de ressources, de technologies et de capacités industrielles.

 

Une approche plus holistique qui gagne en importance est le concept de souveraineté énergétique, qui vise à équilibrer durabilité, géopolitique et compétitivité. Il s’agit d’une évolution plutôt que d’un revirement, car elle renforce l’urgence de la transition des systèmes énergétiques, les rendant non seulement plus efficaces et résilients, mais aussi plus autonomes – réduisant la dépendance aux importations.

Prendre l’Union européenne (UE) comme exemple met en évidence que l’indépendance énergétique reste un enjeu clé. Mesuré par l’Energy Sovereignty Index du Conseil européen des relations étrangères, le bloc a légèrement amélioré sa souveraineté énergétique en réduisant sa dépendance au gaz russe, mais il reste à la traîne pour remplacer ces volumes par une production d’énergie domestique. Bien que la dispersion entre les pays soit large, le niveau moyen d’indépendance de l’UE reste faible; la catégorie correspondante dans l’indice ne récolte qu’un score de 4 sur une échelle de 1 à 10.

L’électrification et les énergies renouvelables sont essentielles

Le système énergétique traditionnel, reposant sur un réseau complexe de pipelines et de routes commerciales, cède de plus en plus la place à une production domestique d’énergie renouvelable. Cette transformation est portée par les efforts de souveraineté énergétique et la transition verte qui atteint un moment charnière: l’électricité renouvelable coûte désormais souvent moins cher que la production de nouvelles énergies fossiles, faisant de l’économie un moteur clé de croissance.

La Chine est devenue le principal champion de la transition énergétique. Avec plus de 40% de la capacité mondiale en énergies renouvelables, la Chine se positionne comme leader du secteur. Rien qu’en 2024, elle a investi plus de 600 milliards de dollars américains dans des projets d’énergie propre. Ce leadership a contribué à la baisse des coûts et à l’accélération de l’adoption des technologies, mais il a également créé de nouvelles dépendances. De nombreux pays occidentaux s’inquiètent de plus en plus du contrôle exercé par la Chine sur des chaînes d’approvisionnement critiques, notamment pour les énergies renouvelables.

Ces chaînes d’approvisionnement sont cruciales, car la transition énergétique dépend fortement de minéraux tels que le lithium, le cobalt, le nickel, le cuivre et les terres rares. Ces matériaux sont indispensables à la fabrication des éoliennes, des panneaux solaires, des batteries et du vaste réseau de câbles nécessaires à un système électrique zéro carbone. La demande croissante devrait provoquer des pénuries structurelles dans plusieurs métaux critiques. La production et le traitement sont très concentrés, la Chine dominant une fois encore, ce qui pose des risques géopolitiques majeurs. À mesure que les pays se détachent des combustibles fossiles, ils risquent de substituer une dépendance par une autre. Les restrictions commerciales, les interdictions d’exportation et le nationalisme des ressources sont déjà utilisés comme leviers géopolitiques, menaçant de perturber les chaînes d’approvisionnement et de faire grimper les prix. Par exemple, les récentes restrictions chinoises sur l’exportation de minéraux critiques, y compris les terres rares, ont mis en évidence ces vulnérabilités.

En réponse, les gouvernements et les entreprises cherchent à diversifier les chaînes d’approvisionnement, à investir dans l’extraction domestique et à développer des technologies de recyclage. Le recyclage, en particulier, offre une solution prometteuse, car les métaux ne perdent pas leurs propriétés au fil des recyclages – contrairement aux plastiques – ce qui les rend idéaux pour une économie circulaire. L’expansion du recyclage pourrait réduire la dépendance à l’égard de producteurs sensibles sur le plan géopolitique tout en soutenant la transition énergétique. Cette approche permet non seulement d’augmenter l’offre, mais aussi de bénéficier d’une réduction des émissions, d’une moindre dégradation des terres et d’une réduction de la consommation d’eau.

La transition d’un système énergétique basé sur des ressources finies et extraites, aux prix volatils, vers un système centré sur des technologies générées s’accélère, stimulée par la souveraineté énergétique et la compétitivité. Pourtant, le chemin n’est pas linéaire. Les vitesses inégales, les politiques en évolution rapide et les tensions géopolitiques ajoutent à la complexité.

Il est crucial de comprendre que la transition verte ne se limite pas au déploiement des énergies renouvelables. Elle dépend d’un écosystème large de ressources, de technologies et de capacités industrielles. Saisir l’enchevêtrement des interdépendances en amont et en aval est essentiel pour comprendre comment la souveraineté énergétique, la résilience et la décarbonation évoluent simultanément. Des opportunités d’investissement existent dans les piliers en amont tels que l’extraction, la transformation et le recyclage – essentiels pour accompagner la transition – ainsi que dans les solutions énergétiques bas carbone pour une transition équilibrée. En aval, il existe des opportunités dans les stratégies d’atténuation, telles que les infrastructures d’énergie propre et la nécessaire expansion et modernisation des réseaux électriques.

Les solutions d’efficacité énergétique sont tout aussi importantes dans tous les secteurs. Pour les bâtiments, cela inclut les matériaux durables, la construction économe en énergie, ainsi que les systèmes avancés de chauffage, ventilation, climatisation, éclairage et contrôle. Dans les transports, l’attention se porte sur les alternatives à faibles émissions, la fabrication d’équipements et la technologie des batteries. Dans l’industrie, la digitalisation, l’automatisation et les matériaux fonctionnels sont essentiels pour réduire la consommation d’énergie et les émissions de carbone.

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