Prix du gaz: un choc majeur

Philippe Waechter, Ostrum Asset Management

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Le cours va rester conditionné par la résolution ou non du conflit des Etats-Unis avec l'Iran. Cela peut durer.

Le prix du mégawattheure de gaz en Europe est proche de 100 euros. Il était de 32 euros à la veille du conflit avec l’Iran. On est loin du prix moyen très stable qui prévalait avant la pandémie (17,6 euros sur les 5 années précédentes). On est loin aussi du prix du 26 août 2022 à 340 euros.

Pourtant le choc énergétique est majeur.

Le graphique ci-dessous illustre ce point. Le ratio entre le prix du gaz en euro et celui aux USA en euro est au plus haut (les prix sont exprimés en British Thermal Unit (BTU)). Depuis 2019, le ratio actuel n'est dépassé qu'à deux reprises en décembre 2021 et en mars 2022. 

 

8 points

  1. L'Europe est devenue très dépendante du GNL (Gaz Naturel Liquéfié) qui vient des USA et du Qatar (Le GNL représente 45% des approvisionnements en 2025 (20% en 2021)). Il a remplacé le gaz russe dans les approvisionnements européens après le déclenchement du conflit en Ukraine. (Loin de moi l’idée de revenir à la situation antérieure)
  2. Le prix est forcément devenu plus volatil. Le prix russe reflétait un contrat de long terme et peu aléatoire dans le mode de livraison. Aujourd'hui, le prix est dépendant des capacités d'approvisionnements. Le gaz associé à des contrats longs (Norvège) a un prix stable mais le prix du marché se fixe sur l'unité marginale qui subit tous les aléas notamment ceux du Moyen-Orient depuis le déclenchement du conflit en Iran. Les Etats-Unis ne subissent pas ce type d'aléa.
  3. En conséquence, le prix va rester conditionné par la résolution ou non du conflit des Etats-Unis avec l'Iran. Cela peut durer. Le choc peut donc être persistant et se traduire par un effet inflationniste dans la durée. C'est déjà en partie visible mais les entreprises auront peut être à renouveler leur contrat énergétique comme cela avait été fait à l'automne 2022 les obligeant, notamment dans l'industrie, à intégrer ces hausses du prix de l'énergie dans leurs prix sauf à dégrader leurs marges dans la durée. Cela plaide pour un taux d'inflation durablement au-dessus de la cible de 2% de la BCE.
  4. Les stocks de gaz en Europe sont réduits par rapport à la normale en cette période de l'année. Au début du mois de novembre, ils sont 17% au-dessous de la moyenne des 5 dernières années. C'est peu cela maintient une demande soutenue.
  5. C'est aussi une incroyable perte de compétitivité pour les entreprises face à leurs concurrents américains. Dans l'industrie, le prix de l'énergie est un élément clé et les Etats-Unis pourraient avoir un effet d'attraction très important pour des nombreuses entreprises européennes.
  6. Ce ratio est surtout une mesure de la dépendance énergétique de l'Europe.
  7. Les interrogations sur la croissance européenne se font plus fortes chaque jour qui passe. La hausse probablement durable du prix du gaz ne plaide pas pour un regain immédiat de l'investissement.
  8. Le renouvelable et le nucléaire doivent être au cœur des décisions européennes pour retrouver une capacité à croitre afin de retrouver dans nos choix de politique économique des marges de manœuvre qui disparaissent.

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