Partenariat économique régional global sans l’Inde

Daryl Liew, REYL

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La mise en œuvre du Partenariat économique régional global (RCEP) peut conduire au développement d'un pôle commercial Asie-Pacifique fort.


© Keystone

Quinze pays (dix issus de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, ASEAN, plus la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande) se sont mis d'accord sur les termes d’un Partenariat économique régional global (RCEP). Ces pays ont l'intention de signer formellement un accord en février 2020 après un «décrassage juridique» pour s'assurer que tous les détails soient cohérents. La mise en place du RCEP devrait prendre encore une ou deux années. Cela marque la fin d'un long processus qui a commencé en 2012 pour normaliser les pactes commerciaux existants de l'ASEAN avec les pays non membres. Avec la montée des tensions commerciales, la mise en œuvre du RCEP pourrait conduire au développement d'un pôle commercial Asie-Pacifique fort – les membres du RCEP représentent environ 30% du PIB mondial et à peu près un tiers de la population mondiale. La signature du RCEP sera également un accélérateur du multilatéralisme face aux tendances protectionnistes croissantes à travers le monde.

Le RCEP aurait pu être cependant encore plus puissant si l'Inde avait accepté d'en être signataire. Le Premier ministre indien, M. Modi, a décidé de se retirer de l'accord de libre-échange à la dernière minute, craignant que l'afflux potentiel de produits manufacturés en provenance de Chine et de produits laitiers en provenance d'Australie et de Nouvelle-Zélande ne décime les producteurs nationaux et ne porte préjudice à l'initiative Made in India. L'Inde accuse actuellement un déficit commercial de 105 milliards de dollars avec les pays du RCEP, dont plus de la moitié est attribuable à la Chine. Il n'est donc pas surprenant que le Premier ministre Modi se soit heurté à une opposition importante en Inde face au projet RCEP.

Il est à espérer que l'Inde pourra rapidement renforcer
la compétitivité de ses entreprises domestiques.

L’Inde est actuellement confrontée à des difficultés pour créer des emplois. Le rapport de la Banque mondiale de 2018 estime que la population active en Inde - définie comme étant les individus de plus de 15 ans - augmente de 1,3 million par mois. Le rapport indique que l'Inde doit créer 8 millions d'emplois chaque année pour maintenir un taux d'emploi stable - une mission qui serait plus difficile si des produits moins chers fabriqués à l'étranger mettaient les entreprises locales en faillite.

Il semble que l'Inde ait fait de nouvelles demandes lors de la dernière série de réunions au sommet de l'ASEAN à Bangkok. Toutefois, ces nouvelles conditions auraient entraîné des négociations sur plusieurs années. Les 15 autres pays ont apparemment décidé que suffisamment de concessions avaient déjà été faites et que tout retard supplémentaire était tout simplement inacceptable. D'où la décision de continuer avec 15 membres au lieu de 16. La porte a toutefois été laissée ouverte pour que l'Inde puisse rejoindre le pôle commercial à une date ultérieure si elle changeait d'avis.

Si l'on peut comprendre le désir de protéger les industries naissantes de l'Inde contre la concurrence étrangère, New Delhi sera perdant à mesure que les économies du RCEP-15 développent leur intégration. Le fait d'être signataire du RCEP aurait non seulement aidé l'Inde à s'intégrer dans les chaînes d'approvisionnement régionales, mais cela aurait également initié des réformes internes indispensables pour contraindre les entreprises indiennes à se moderniser et à adopter de meilleures pratiques sur le plan mondial. Il est à espérer que l'Inde pourra rapidement renforcer la compétitivité de ses entreprises domestiques et les amener à un niveau où elle se sentira à l'aise pour adhérer au RCEP, sinon le pays risquerait d'être à terme à la traîne.

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