Le marché primaire des obligations convertibles est en plein essor. Les émissions mondiales ont atteint 175 milliards de dollars US à travers 244 opérations sur les neuf premiers mois de 2026, contre 160 milliards sur l'ensemble de 2025 – un rythme qui, s'il se maintient, porterait l'année à quelques 220 milliards, un record.
Mais un volume d'émissions record ne signifie pas que toutes les opportunités se valent. La vraie question est de savoir ce qu'il advient de ces obligations une fois émises.
Nous avons analysé 760 obligations convertibles émises dans le monde depuis janvier 2023, et mesuré leur performance sur les six mois suivant leur émission. Sur les quatre millésimes, 37% des nouvelles émissions affichaient une performance négative après six mois, 32% progressaient de moins de 10% et 31% de plus de 10%. Le marché s'est développé rapidement, mais les performances restent très dispersées.
Fait notable: les phases de baisse et de hausse se comportent très différemment. La part d'obligations ayant perdu environ 10% ou plus après six mois est restée remarquablement stable: 11% en 2023, 12% en 2024, 12% en 2025 et 11% pour 2026 à ce jour, malgré des conditions de marché très contrastées sur la période.
Un volume élevé ne garantit pas nécessairement des conditions favorables aux investisseurs.
Le potentiel de hausse, en revanche, a varié fortement: la part des émissions ayant progressé de plus de 30% en six mois est allée de 3% à 20% selon les années. Ce contraste est au cœur de la classe d'actifs: la structure même d’une convertible permet d’amortir les baisses, mais les performances positives ne sont pas automatiques.
L'univers d'investissement évolue aussi géographiquement. Les États-Unis restent la première source d'émissions, mais leur poids recule: les Amériques représentaient 75% des émissions mondiales en 2024 et 2025, contre 60% depuis janvier. L'Asie hors Japon a suivi la trajectoire inverse, passant de 9% en 2023 à 26% en 2026, tandis que le Japon accélère nettement, porté par la hausse des taux domestiques.
L'IA est un autre moteur de cette évolution: environ 35% de l'univers mondial des obligations convertibles, en pondération, est désormais exposé à la chaîne de valeur des infrastructures liées à l'IA – non pas au travers des plus grandes entreprises technologiques, mais plutôt en aval: réseaux, infrastructures et énergie, plutôt que les géants du «cloud» ou les fabricants de semi-conducteurs.
Cette évolution se reflète aussi dans l'usage des fonds levés. Les dépenses d'investissement ont représenté 21% des émissions en 2026 à fin août, contre seulement 5% en 2025, tandis que le refinancement est passé de 25% à 17% − la première fois que les dépenses d'investissement dépassent le refinancement sur la période étudiée. Or les deux ne se valent pas: un refinancement est une question de crédit, un capex suppose de juger si des actifs encore à construire généreront les rendements attendus.
Un volume élevé ne garantit pas nécessairement des conditions favorables aux investisseurs. La moitié des émissions de 2026 ont été fixées sans coupon, contre 17% en 2023, et le coupon moyen est passé de 2,9% à 1,8% − reflet avant tout d'une volatilité significativement plus élevée des émetteurs actuels, mais aussi d'une forte demande pour les titres liés à l'IA.
Rien de tout cela ne remet en cause l'opportunité de ce marché primaire − bien au contraire. Mais volume et qualité ne vont pas de pair: dans un marché aux performances très dispersées, où la moitié des émissions ne versent plus de coupon, la sélection prime sur la simple participation. Un marché record offre davantage de matière première ; reste à déterminer laquelle mérite réellement d'être retenue.