Points clés
- Quand bien même certains moteurs du deuxième trimestre ne se reproduiront pas, nous anticipons une robuste croissance des bénéfices des banques américaines et européennes, sur fond de conjoncture solide, de reprise de la croissance des prêts et de vents favorables pour le marché des capitaux. Nous voyons également du potentiel de rendement plus élevé sur le capital
- L'exposition croissante à l'IA constitue un risque pour le secteur, tout comme la possible résurgence des craintes stagflationnistes liées au conflit américano-iranien. Une telle résurgence ne figure toutefois pas dans notre scénario de base
- Les conditions semblent porteuses pour les banques et nous apprécions le secteur financier plus généralement, qui devrait continuer à bénéficier d’un élargissement de la performance boursière au-delà des valeurs technologiques ainsi que d'une rotation vers les entreprises cycliques.
Les résultats exceptionnels des grandes banques américaines marquent-ils un pic pour le secteur? Nous présentons les facteurs derrière cette récente vigueur, les implications pour les banques européennes et nos perspectives globalement positives pour le secteur.
Les grandes banques américaines ont enregistré un excellent deuxième trimestre (voir graphique 1). La surprise est venue des revenus des activités de trading sur les marchés actions, dans un contexte de forte volatilité des marchés liée au conflit au Moyen-Orient et aux fluctuations du sentiment à l’égard de l'IA. La reprise des opérations de fusion-acquisition et des émissions d'actions et d'obligations a soutenu les commissions de banque d'investissement, permettant aux plus grands établissements d'afficher un rendement sur capitaux propres tangibles supérieur à 20%. Dans le même temps, les conditions de crédit sont restées favorables et la croissance des prêts s'est accélérée. Les six plus grandes banques américaines ont toutes dépassé les projections des analystes en matière de bénéfices et de revenus. Les bénéfices agrégés ont progressé de 40% et les revenus de 20% par rapport à la même période de l’an dernier. La plupart des banques ont présenté des perspectives globalement positives pour le reste de l'année.
Les grandes banques américaines ont certes bénéficié d’une longue période de revenus de trading élevés, mais ce dernier trimestre s'est avéré exceptionnel. Des facteurs ponctuels en sont partiellement responsables: introductions en bourse d’envergure, rentabilité remarquable des services fournis aux hedge funds en Asie et rééquilibrages d'indices ayant amené les fonds passifs et les investisseurs alignés sur les indices à négocier d'importants volumes d’actions. Il serait donc imprudent d'extrapoler ces résultats. Il semble peu probable que de tels résultats se répètent, même si les volumes demeurent élevés dans un contexte d'incertitude géopolitique persistante et de visibilité limitée quant aux gagnants et aux perdants de l'IA. Point essentiel, sur un marché aussi concentré, seules quelques grandes banques américaines sont en mesure de tirer profit des revenus exceptionnels du trading.
L’année est par ailleurs déjà excellente pour les titres bancaires. L'indice KBW Bank, qui suit 24 grandes banques américaines, affiche une hausse de quelque 15% depuis le début de l'année, et l'indice MSCI World Banks a progressé d'environ 16%. Bien que les disparités soient considérables, les banques américaines se négocient aujourd’hui en moyenne à environ 1,75 fois leur valeur comptable, un niveau inédit depuis la crise financière mondiale. Les investisseurs se demandent si le deuxième trimestre marquera un pic des valorisations et des bénéfices, si l'activité sur le marché des capitaux pourra se maintenir à de tels niveaux et si les solides résultats des plus grands établissements américains se retrouveront également chez les banques régionales et européennes de taille plus modeste dans les semaines à venir?
Nos perspectives pour les banques américaines et européennes restent positives. Le secteur financier, dont les banques constituent un peu moins de la moitié de la capitalisation boursière totale, a récemment bénéficié de l’élargissement de la performance des marchés au-delà des seules valeurs technologiques ainsi que d'une rotation en faveur des entreprises cycliques. Cette tendance est particulièrement marquée depuis début juin et nous la voyons se poursuivre. Les solides résultats du deuxième trimestre rendent les prévisions pour l'exercice 2026 des banques américaines moins exigeantes et les révisions bénéficiaires demeurent positives. Le secteur financier dans son ensemble devrait enregistrer une forte croissance des bénéfices cette année, portée principalement par les banques et les acteurs américains du marché des capitaux (voir graphique 2).
Plusieurs facteurs expliquent la dynamique bénéficiaire des banques. Premièrement, nous tablons sur le maintien d'une croissance mondiale robuste et de fondamentaux macroéconomiques résilients. Les marchés intègrent désormais l'hypothèse de taux directeurs durablement élevés aux États-Unis, ce qui soutient les revenus nets d'intérêts, soit l’écart entre les revenus générés par les prêts et les intérêts versés sur les dépôts. Les conditions financières sont toujours favorables, avec peu de signes de tensions sur le crédit à la consommation ou aux entreprises à ce jour – de fait, les discussions sur la qualité des actifs ont été remarquablement absentes des présentations de résultats.
Deuxièmement, nous anticipons une poursuite de la croissance des prêts, soutenue par une forte demande de crédits commerciaux, en partie liée à l'IA, et une reprise des opérations de fusion-acquisition. Cette croissance doit être financée, ce qui engendre une certaine concurrence sur le marché des dépôts. Toutefois, dans l'ensemble, pour les six plus grandes banques américaines, le revenu net d'intérêts s'est avéré conforme, voire légèrement supérieur aux estimations des analystes. Les banques utilisent également leurs confortables réserves de fonds propres pour financer cette croissance et maintenir le versement des dividendes. Un test de résistance effectué par la Réserve fédérale, dont les résultats ont été publiés en juin, a montré que les banques américaines évaluées détenaient des fonds propres excédentaires représentant près de 10% de leur capitalisation boursière.
Les rachats d'actions et les dividendes versés par les établissements financiers américains ont d'ailleurs progressé d'environ 50% en glissement annuel grâce à des facteurs favorables liés à la réglementation et aux résultats, avec un rendement total pour les actionnaires de l’ordre de 5% et une marge de progression pour ce chiffre.
Nous notons également que la reprise de l'activité sur le marché de capitaux pourrait se prolonger au-delà d'un seul trimestre. Le développement de l'infrastructure d'IA offre un vent porteur sur plusieurs années aux banques d'investissement, tandis que le boom mondial des dépenses d'investissement pourrait stimuler encore les emprunts des entreprises dans les domaines de l'énergie, des infrastructures et de la défense. L'amélioration des conditions de marché pourrait amener davantage d'activité de la part de grands fonds de private equity disposant d'un portefeuille d'entreprises à vendre, même si l'activité sur le marché des capitaux tend à fluctuer d'un trimestre à l'autre.
Un environnement différent en Europe
En Europe, le contexte réglementaire et de marché est très différent, et les résultats du deuxième trimestre ne devraient pas être aussi impressionnants. Si certaines banques bénéficieront de la vigueur des activités de trading sur les marchés actions asiatiques, les résultats des banques européennes dépendent généralement moins du marché des capitaux. Dans ce domaine, plutôt qu’aux marchés boursiers les résultats des banques européennes sont par ailleurs davantage exposées aux marchés obligataires, où l'activité a été soutenue sans être exceptionnelle.
Cependant, à l'instar des établissements américains, les banques européennes constatent également une croissance de leurs prêts dans certaines régions et certains segments. La toile de fond conjoncturelle semble stable, quoique peu spectaculaire. Les taux d'intérêt ont été relevés une fois dans la zone euro cette année et pourraient l’être à nouveau en septembre, tandis que les banques ont profité de l’occasion pour réinvestir leurs actifs arrivant à échéance à des taux plus élevés. Ces tendances soutiennent toutes les revenus nets d'intérêts.
Les perspectives de rémunération du capital semblent intéressantes, avec un rendement moyen du dividende de 5%, auquel pourraient s’ajouter de nouveaux rachats d'actions. De manière générale, nous estimons que l'amélioration de la rentabilité des fonds propres n’est pas encore intégrée dans les valorisations des banques européennes, qui s’échangent toujours avec une décote proche de 30% par rapport à leurs homologues américaines.
L’exposition à l’IA, une arme à double tranchant
Le secteur bancaire pourrait également bénéficier des gains d’efficacité liés à l’IA, grâce au potentiel offert par celle-ci pour moderniser les systèmes informatiques existants et automatiser les processus manuels – même si certains établissements se seront poussés à répercuter ces gains sur leurs clients. L’exposition croissante des banques à l’IA représente toutefois aussi un risque. Elle a été un moteur de croissance bénéficiaire majeur pour les plus grandes banques américaines au deuxième trimestre, principalement grâce au financement des dépenses d’investissements liées à l’IA, mais aussi grâce aux activités de trading actions dans ce domaine et à la création de richesse qu’elle a engendrée. Un retournement du sentiment concernant l’IA représente donc un risque réel, mais compte tenu de son importance pour l’ensemble des marchés boursiers, il ne se limite pas au secteur financier.
Des craintes grandissent également quant au fait que l’IA puisse accroître la concurrence entre les banques pour attirer les dépôts bancaires, si des agents capables d’analyser l’offre d’investissement et de transférer automatiquement les fonds vers les comptes offrant les meilleurs rendements se généralisent. Cette perspective pèse déjà sur les valorisations de certains établissements prêteurs.
Un autre risque majeur pour le secteur serait qu’une aggravation du conflit américano-iranien et des perturbations dans le détroit d’Ormuz ravivent les craintes d’un ralentissement de la croissance et d’une hausse de l’inflation. Ce n'est cependant pas notre scénario de base et, globalement, nous anticipons des conditions favorables pour les banques. Un contexte macroéconomique stable et la reprise du marché des capitaux devraient permettre une croissance bénéficiaire légèrement inférieure à 10%. Dans le même temps, les tendances de marché demeurent favorables, notamment avec un élargissement de la performance au-delà des valeurs technologiques et une rotation vers les valeurs cycliques, dont l'ensemble du secteur financier devrait continuer à profiter.