La Suisse a retrouvé son niveau économique d’avant la crise

Salima Barragan

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Credit Suisse pronostique une progression de 3,5% du PIB pour cette année. Avec Claude Maurer.


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L’optimisme est de retour: la Suisse affiche un indice des directeurs d’achats (PMI) supérieur à 50, signe du retour de la croissance. C’est en partie grâce à une demande industrielle mondiale au-dessus de la moyenne. En même temps, l’activité des services redémarre avec l’assouplissement des restrictions, bien que la situation reste encore très difficile dans l’hôtellerie et la restauration qui ont vu leurs chiffres d’affaires chuter de 40% et 67% respectivement durant la pandémie. Claude Maurer, le nouveau chef économiste pour la Suisse chez Credit Suisse, anticipe pour cette année une reprise  En revanche, il s’attend à un tassement de l’activité en 2022.

Les faillites n’ont pas encore augmenté

Avec le recul de la pandémie, la conjoncture helvétique se redresse très rapidement: «Nous anticipons une progression du PIB de 3,5% en 2021», déclare Claude Maurer. Il nuance toutefois que cette reprise perdra de sa dynamique et devrait se tasser à 2,0% en 2022 car l’effet de rattrapage s’estompera progressivement. Aussi, près de 30% de l’épargne constituée durant les deux confinements devrait être convertie en «réserve de précaution». «Une majorité des ménages a continué d’accumuler de l’épargne, qui est actuellement réinjectée dans la consommation alors que l’économie s’ouvre à nouveau progressivement. A part dans l’événementiel, l’hôtellerie et la restauration, la situation se sera normalisée d’ici le début de l’automne. En attendant, le boom de la reprise se poursuit dans l’industrie et le PMI est à son plus haut niveau depuis le début du recensement en 1995», précise-t-il.

Les entreprises, sceptiques sur la durée de la reprise, hésitent à embaucher de nouvelles recrues.

Crainte depuis le début de la pandémie, la vague de faillite n’aura probablement pas lieu. Bien au contraire: selon Credit Suisse; le nombre de faillites observé dans la restauration depuis le début 2020 est inférieur aux années précédentes.

Les entreprises, sceptiques sur la durée de la reprise, hésitent à embaucher de nouvelles recrues. En janvier 2021, le chômage avait atteint son plus haut niveau depuis la grande crise financière en 2009. Depuis, le taux a baissé, mais l’économiste précise que cette évolution provient en grande partie des effets saisonniers: «le nombre de personnes demandeuses d’emploi sans être au chômage, c’est-à-dire qui ne sont pas immédiatement disponibles, n’a en revanche pratiquement pas diminué. C’est surtout dans le domaine du gain intermédiaire que les chiffres augmentent mois après mois».

Retour éphémère de l’inflation

A l’image des autres pays, le renchérissement va aussi augmenter en Suisse. Le taux d’inflation devrait atteindre 1,0% d’ici la fin de l’année; un niveau bien inférieur à celui de la plupart des autres économies. «Les hausses de prix devraient principalement concerner les activités de loisirs et les voyages à forfait, ainsi que les hôtels, les restaurants et les articles ménagers», précise Clause Maurer qui table sur un taux d’inflation moyen de 0,5% contre 0,3% jusqu’à présent, suivi par une nouvelle progression généralisée de 0,5% en 2022.

La BNS hésitante

Pour Credit Suisse, la Banque nationale suisse (BNS) avance vers une éventuelle «normalisation» avec hésitation. De façon opportuniste, elle n’aurait vendu qu’une faible partie de ses réserves en devises au cours des derniers mois. «Nous pensons que la BNS a vendu pour 273 millions de francs de ses réserves de devises au premier trimestre. Ces ventes n’ont toutefois pas pour but de réduire la masse monétaire en circulation ou même de soutenir le franc, qui s’était un peu replié dernièrement, mais plutôt de tester la réaction des marchés face à de telles mesures. Elles ne sont donc pas annonciatrices d’un durcissement de la politique monétaire», estime l’économiste qui pense cependant que la BNS va continuer à se battre contre tout appréciation du franc en intervenant sur le marché des changes. «Il ne faut pas s’attendre à un relèvement des taux directeurs suisses avant la fin 2022 au plus tôt», ajoute-t-il.