La fin de l'orthodoxie budgétaire allemande et ses effets sur les marchés

Eloi Ziegler, Indosuez Wealth Management Europe

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Le changement de cap s’illustre par un fonds d'investissement de 500 milliards d'euros pour les infrastructures, la défense et la transition énergétique.

Investir, consolider, réformer: le plan en trois temps

La feuille de route du gouvernement allemand repose sur trois piliers: l'investissement, la consolidation budgétaire, ainsi que la réforme des retraites et de la bureaucratie. Cette combinaison traduit une volonté d'équilibre: relancer l'activité par la dépense d'avenir, tout en gardant la maîtrise des comptes publics et en allégeant les freins structurels qui pèsent sur les entreprises comme sur les finances de l'Etat. L'idée est de soutenir la croissance sans perdre de vue la soutenabilité à long terme.

500 milliards d'euros: Berlin change de doctrine

C'est le chiffre qui résume le virage: un fonds d'investissement de 500 milliards d'euros. Pour le rendre possible, l'Allemagne assouplit sensiblement sa discipline budgétaire, un geste lourd de sens pour un pays qui en avait fait un principe cardinal. Les fonds iront en priorité aux infrastructures, à la défense et à la transition verte, trois domaines où les besoins d'investissement public sont identifiés comme prioritaires et où l'effort doit contribuer à renforcer durablement le potentiel de croissance du pays.

L’Allemagne change de doctrine, les pays nordiques confirment la leur.

Le Nord de l’Europe, ou l'art de faire plus avec moins de dette

Les pays nordiques conjuguent prudence budgétaire, champions de l'exportation et poches de croissance ciblées. Cette recette commune ne doit cependant pas masquer les différences: la région n'est pas un bloc uniforme, et chaque économie joue sa propre partition, avec des moteurs et des sensibilités distincts.

  • Danemark: le moteur de la croissance régionale;
  • Suède: en phase de reprise;
  • Norvège: portée par sa richesse énergétique;
  • Finlande: la plus cyclique des quatre, et la plus sensible à l'endettement.

Pourquoi le Nord a une longueur d'avance

Face aux Etats-Unis et au reste de l'Europe, les pays nordiques alignent plusieurs atouts, qui tiennent autant à la solidité de leurs finances publiques qu'à la qualité de leur tissu économique:

  • Un endettement plus faible que celui de nombreux grands pays;
  • Plus de marge de manœuvre: moins de tensions budgétaires, donc plus de latitude pour soutenir la croissance;
  • Des exportateurs qui fixent leurs prix grâce à leur position de champions;
  • Un avantage sur les Etats-Unis dans de nombreux scénarios de baisse des taux; 
  • Une qualité structurelle dans la santé, l'industrie et les services.



Taux d'intérêt: le Nord arrive plus tôt au bout du tunnel

Les pays nordiques approchent de la fin de leur cycle de hausse des taux, et plus vite que les Etats-Unis. En Suède comme en Norvège, le prochain mouvement attendu est en général modéré et dépendra des données économiques publiées dans les prochains mois, ce qui laisse peu de place à de mauvaises surprises. Un contexte que les marchés d'actions peuvent accueillir favorablement, dans la mesure où la visibilité sur le coût du crédit s'améliore.

Pendant des décennies, Berlin a fait de la rigueur budgétaire un marqueur politique. Le fait d'accepter davantage d'endettement pour financer infrastructures, défense et transition énergétique constitue effectivement un changement majeur susceptible de soutenir la croissance européenne. De leur côté, l'autre, les pays nordiques – avec des disparités néanmoins - tirent parti de leurs bilans solides et de leur discipline budgétaire.

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