La dette émergente sous pression

Salima Barragan

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Les pays asiatiques bénéficient d’une première expérience dans la gestion des crises sanitaires.


© Keystone

La dette des marchés émergents s’est effondrée. Face à la demande mondiale au point mort, les entreprises asiatiques sont en difficulté. Cependant, ces régions qui ont déjà subi l’épidémie du SARS en 2003 démontrent de meilleures capacités de gestion de la crise Covid-19 que certains pays européens. Sans oublier, selon nos interlocuteurs, que les banques centrales asiatiques disposent de marges de manœuvre conséquentes pour soutenir le marché de la dette.

Primes élevées mais attrayantes

Au cours du mois de mars, les investisseurs ont retiré 39 milliards de dollars du marché de la dette émergente; un reflux que l’on n’avait pas observé depuis 2004. Mars correspond aussi à la correction la plus incisive depuis la grande crise financière de 2008. «Sur la dette souveraine émergente, les écarts sont montés de 373 à 721 points de base au sommet de la crise et aujourd’hui, sa performance est de - 13,2%. La dette en devise locale s’en sort mieux avec une performance de - 9,7%», commente Roubesh Adaya, spécialiste obligataire chez Aberdeen Standard Investments.

La Chine a jusqu'à présent évité de recourir
à un soutien gouvernemental à grande échelle.

Les banques commerciales n’intervenant plus sur les marchés, les conditions de liquidité se sont vite détériorées. Les écarts entre les achats et les ventes atteignent 2,5% sur le crédit d’entreprise et 2% sur la dette souveraine impliquant des coûts transactionnels nettement plus élevés. «La prime de liquidité est supérieure sur le crédit corporate mais celui-ci est également de meilleure qualité», note toutefois Roubesh Adaya qui estime que les banques centrales de ces pays devraient réussir à débloquer les marchés avec des stimulus monétaires et fiscaux sans précédents. «La situation est très différente de 2008 et 2011. Un retour à la normale d’ici 12 mois sera possible grâce aux banques centrales des marchés émergents qui ont encore de la marge de manœuvre» poursuit le spécialiste convaincu que la prime de risque réelle n’a jamais été aussi attrayante.  

Reprise économique chinoise en «V»

Après le verrouillage la région de Hubei de 78 jours (et 30 jours sur le reste du territoire), les entreprises chinoises ont repris le rythme de production d’avant crise. Un nombre inférieur de cas et de victimes du Covid-19 serait attribuable à la gestion efficace des mesures de sécurité qui résulte d’une première expérience avec le SARS.

La Banque populaire de Chine (BPdC) a injecté des liquidités par le biais de mesures fiscales et d'une réduction du taux du rendement réel. «La demande dans l'économie a été faible et l'argent a afflué sur le marché financier», affirme Haiyan Li-Labé, analyste and gestionnaire au sein de l’équipe des actions émergentes chez Carmignac. «La Chine a jusqu'à présent évité de recourir à un soutien gouvernemental à grande échelle. L'approche est plus ciblée, bien que la BPdC ait encouragé les banques à intensifier leurs activités de prêt, et que la croissance du crédit ait repris un peu récemment», précise Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac.

Enfin, la Chine a renoncé à la dévaluation compétitive de sa devise car la baisse du tourisme chinois a contribué à équilibrer ses comptes courants, tandis que son différend avec les États-Unis n’a pas encouragé les sorties de capitaux.