Nous anticipons une hausse de 25 points de base des taux directeurs lors de la réunion de la BCE jeudi, portant le taux de la facilité de dépôt à 2,25%, conformément aux attentes du marché. Cette décision devrait être présentée comme une réponse à des perspectives d’inflation persistantes, alimentées par des prix de l’énergie plus élevés que ceux retenus dans les projections de mars. Bien que la croissance ait ralenti, le Conseil des gouverneurs devrait souligner la nécessité d’éviter un dérapage des anticipations d’inflation. La communication devrait rester officiellement dépendante des données économiques et fondée sur une approche réunion par réunion, avec peu d’indications sur la trajectoire future.
Points clés
Le choc énergétique s’est prolongé
Si les prix de l’énergie se sont stabilisés depuis la réunion d’avril, ils demeurent nettement supérieurs aux niveaux intégrés dans les projections de mars et les courbes à terme ont continué de progresser. Cela suggère que le choc énergétique sera plus long qu’initialement anticipé, maintenant une pression haussière sur l’inflation à court terme. L’évolution des prix de l’énergie demeure donc un élément central dans la réévaluation des perspectives économiques par la BCE.
Les pressions inflationnistes se renforcent
L’inflation globale a atteint 3,2% en mai et devrait rester élevée à court terme, soutenue par la hausse des prix de l’énergie et ses effets indirects. L’inflation sous-jacente a également accéléré, surprenant à la hausse. L’inflation dans les services continue de progresser et les enquêtes de conjoncture signalent des pressions accrues sur les prix. Même si les effets de second tour restent jusqu’à présent limités, les anticipations d’inflation à court terme ont légèrement augmenté, renforçant les risques haussiers sur les perspectives d’inflation.
L’activité ralentit à mesure que le choc se diffuse
Parallèlement, les perspectives de croissance se sont dégradées. Les dernières enquêtes indiquent un ralentissement de l’activité dans plusieurs secteurs et les indicateurs avancés suggèrent une dynamique modérée pour les mois d’été. Le PIB du premier trimestre a par ailleurs été révisé à la baisse à -0,2%, confirmant la perte de momentum. La hausse des prix de l’énergie et le durcissement des conditions financières pèsent sur la demande, confrontant désormais la BCE à une combinaison plus complexe de croissance affaiblie et d’inflation renforcée.
Les perspectives s’éloignent du scénario central de mars
Par rapport aux projections de mars, les données publiées depuis suggèrent une inflation plus élevée et une croissance plus faible, rapprochant les perspectives du scénario défavorable envisagé par la BCE. Les nouvelles projections devraient donc intégrer une inflation plus forte sur les années 2026 et 2027, avec un profil plus persistant, tandis que les prévisions de croissance devraient être revues à la baisse.
Message de politique monétaire: un resserrement prudent
Nous nous attendons à ce que le Conseil des gouverneurs présente cette hausse de taux comme un ajustement mesuré face à une inflation plus persistante, plutôt que comme le début d’un cycle agressif de resserrement monétaire. Le communiqué devrait insister sur le niveau élevé d’incertitude, la nécessité de rester vigilant face aux risques inflationnistes et l’importance d’éviter un dérapage des anticipations d’inflation. Dans le même temps, la BCE devrait conserver une certaine flexibilité et rappeler que ses décisions resteront guidées par les données économiques.
Une conférence de presse axée sur la flexibilité
La présidente Christine Lagarde devrait présenter cette décision comme appropriée au regard de la réévaluation des perspectives d’inflation. Nous ne nous attendons toutefois pas à ce qu’elle fournisse des indications fermes sur les prochaines étapes. Elle devrait plutôt souligner la nécessité de disposer de davantage de données, notamment sur la persistance de l’inflation et les effets de second tour, avant de décider d’éventuelles nouvelles mesures.
Notre scénario
Nous prévoyons une hausse de 25 points de base cette semaine, suivie d’une hausse supplémentaire de même ampleur plus tard dans l’année, soit un resserrement total de 50 points de base en 2026. Selon nous, ces relèvements doivent être interprétés comme des hausses de «précaution» destinées à limiter le risque d’effets de second tour et de dérapage des anticipations d’inflation consécutifs au choc énergétique. Même si la zone euro aborde cette période dans une situation plus favorable qu’en 2022, l’évolution récente de la communication de la BCE suggère que le Conseil des gouverneurs n’est plus dans une posture d’attente et se tient prêt à agir face à la remontée des risques inflationnistes. Nous pensons que ce cycle de resserrement restera limité et pourra être inversé par la suite, avec un retour à un assouplissement monétaire en 2027 à mesure que les effets du choc énergétique s’estomperont.