Faut-il profiter de la volatilité de l’or?

François Rimeu & Charlotte Peuron, Crédit Mutuel Asset Management

2 minutes de lecture

L’instabilité géopolitique est un facteur soutenant les cours de l’or mais l’actualité récente ne semble pas militer pour une baisse du risque.

Métaux précieux: entre spéculation et fondamentaux solides

L’or et plus généralement les métaux précieux sont au centre de l’attention depuis plusieurs jours en raison des mouvements exceptionnels constatés: +25% entre la fin d’année et le 28 janvier suivi d’une chute de plus de 13% pour l’or et c’est encore pire pour l’argent qui a perdu un tiers de sa valeur après avoir progressé de plus de 60%. Ces mouvements sont-ils symptomatiques d’une forte spéculation sur les métaux précieux

Absolument. Est-ce qu’ils indiquent une poursuite de la baisse à venir? C’est ce que nous allons voir maintenant.

La hausse de l’or (et de l’argent dans une moindre mesure) est liée, de notre point de vue, à différents facteurs plus ou moins importants:

Le facteur déterminant nous semble être la poursuite de politiques budgétaires expansionnistes depuis la crise du Covid et la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Ces politiques, couplées à des politiques monétaires accommodantes dans un premier temps, ont engendré une inflation qui n’est toujours pas totalement revenue à la cible des banquiers centraux et, en corolaire, une baisse de la valeur de leurs monnaies. Il est logique que l’or, qui constitue le «proxy» le plus propre d’une devise à offre non élastique, profite à plein de ces politiques. Ce n’est pas seulement l’or qui s’apprécie mais la valeur des principales devises (USD, EUR, etc.) qui se déprécie. Ce phénomène va-t-il s’arrêter à court terme? Au regard du déficit budgétaire français, du plan de relance allemand, des envies de relance au Japon et, évidemment, des politiques de l’administration Trump, cela nous semble peu probable.

L’instabilité géopolitique est un autre facteur soutenant les cours de l’or et là encore, l’actualité récente ne semble pas militer pour une baisse du risque: rien qu’en janvier, le gouvernement américain a émis des menaces plus ou moins réelles sur le Groenland, le Venezuela, le Canada ou encore l’Iran. Nul ne sait de quoi demain sera fait mais des risques existent autour de Taiwan, des élections de mi mandat ou encore évidemment de la Russie.

Ces différents éléments engendrent des flux de la part des grandes banques centrales qui diversifient leurs réserves de change. Il ne s’agit pas ici de parler de ventes massives de dollar mais, graduellement, d’achats qui se tournent vers d’autres actifs de réserve. Et l’or est le candidat le plus évident.

Dernier facteur à souligner et qui concerne cette fois les métaux industriels comme le cuivre: nous souffrons actuellement d’un déficit d’offre significatif sur certains métaux nécessaires à la transition écologique et numérique. Et ce déséquilibre devrait s’accentuer dans les années qui viennent étant donné les délais de mise en place des nouveaux gisements.

Dans cet environnement, il est logique de voir ces métaux eux aussi s’apprécier. La hausse des deux derniers mois était-elle tenable sur l’or et sur l’argent? La réponse est évidemment non. Mais il nous semble que les catalyseurs présents depuis trois ans sont toujours là et que la correction des derniers jours est finalement salvatrice pour éliminer les investissements les plus spéculatifs.

Les sociétés minières: premières bénéficiaires de la hausse de l’or

En 2025 l’or a progressé de plus de 65%, sur la même période le secteur des métaux précieux a progressé de +155% (en dollars) montrant ainsi la création de valeur des sociétés minières aurifères. La tendance haussière du sous-jacent, la bonne gestion des opérateurs, qui génèrent aujourd’hui de confortables «Free cash flow1» et font du retour à l’actionnaire expliquent le retour des investisseurs sur cette classe d’actif complémentaire à l’or.

Pour 2026, malgré la volatilité de ce segment de marché, notre scénario reste très constructif pour les sociétés. En effet, nous estimons un coût moyen de production (All In Sustaining Cost: AISC) de nos sociétés de 1'700-1'800 dollars par once, une hausse principalement dû à l’augmentation du versement des royalties (% prix de vente de l’or). Nos hypothèses de prix moyen de l’or pour 2026, restent inchangées: l’or devrait battre de nouveaux records en 2026 et nous anticipons un prix moyen de l’or autour 4'500 dollars l’once (à comparer à 3'441 dollars en 2025).

Sur la base de ces hypothèses les marges des sociétés aurifères sont toujours en expansions. Celles-ci vont donc pouvoir accroitre leurs dépenses d’investissement (explorations, développement de projets indispensable pour la production future) sans rogner sur le retour à l’actionnaire ni dégrader leur bilan. Une croissance vertueuse des résultats. Les valorisations actuelles restent raisonnables au vu de la croissance des résultats attendue cette année.

P/NAV2 des sociétés aurifères


Source: Crédit Mutuel Asset Management au 30/01/2026.

 

1flux de trésorerie.
2valorisation d’une société minière par rapport à la valeur actualisée de ses mines et projets.

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