La hausse des prix de l’énergie liée au conflit iranien a ravivé les pressions inflationnistes et conduit la Banque centrale européenne à adopter une position plus prudente. Plutôt qu’un retournement rapide, le scénario privilégié est désormais celui d’une stabilisation des taux.
Sous réserve d’une désescalade géopolitique et d’un plafonnement de l’inflation, les taux directeurs et les rendements à court et moyen terme devraient se situer entre 2,5% et 3% à la fin de 2026. En 2027, la réduction des primes de risque et le maintien du soutien budgétaire en Europe pourraient permettre une modération vers 2% à 2,5%.
Cette trajectoire resterait favorable aux banques européennes. Des taux compris entre 2% et 3% soutiendraient leurs marges d’intérêt, leurs volumes de crédit et la qualité de leurs actifs. Pour les investisseurs obligataires, elle plaide surtout en faveur du portage et d’une duration maîtrisée, plutôt que d’un pari sur une forte baisse des rendements.
Un crédit devenu plus résilient
En dehors des CoCos les plus risqués, le crédit bancaire européen peut aujourd’hui jouer un rôle défensif dans un portefeuille. En deux décennies, les banques sont passées d’institutions faiblement capitalisées et relativement peu supervisées à des établissements fortement réglementés, disposant d’importants coussins de capital.
Les créances douteuses restent faibles et les excédents de capital historiquement élevés. Cette transformation s’est traduite par de nombreux relèvements de notation au cours des cinq dernières années, portant la qualité moyenne de certains portefeuilles de dette subordonnée dans la catégorie «investment grade».
Une hausse modérée des taux ne remet pas nécessairement cette solidité en cause. Lorsque les actifs sont réévalués plus rapidement que les passifs et que la rémunération des dépôts reste contenue, les marges nettes d’intérêt progressent. La robustesse des fondamentaux peut également favoriser un resserrement des spreads, compensant une partie de la pression liée à la duration.
Une préférence pour les AT1 et les Tier 2
La sélection actuelle privilégie des instruments notés autour de BBB- et BB+, émis par des établissements sous-jacents majoritairement «investment grade», avec des notations comprises entre A et BBB.
Les obligations Additional Tier 1 représentent environ 40% de l’allocation, contre 26% pour les Tier 2. Elles sont complétées par une sélection de dette senior éligible aux exigences MREL et d’obligations subordonnées d’assureurs.
Les AT1 offrent un rendement courant élevé et un risque d’extension maîtrisable lorsqu’elles sont soigneusement sélectionnées. Les Tier 2 présentent généralement des flux plus prévisibles et de meilleures perspectives de recouvrement en cas de difficulté.
La majorité des positions ont une duration effective jusqu’à la date de call comprise entre deux et sept ans. Avec une duration globale proche de 4,1, cette structure permet de limiter la sensibilité aux taux tout en bénéficiant du portage et du roll-down.
Des opportunités au-delà des grandes banques
Parmi les émissions récentes les plus intéressantes figurent l’AT1 de Raiffeisen Bank International assortie d’un coupon de 6,2%, l’AT1 à 5,95% d’Unicaja, les dernières émissions AT1 de Deutsche Bank, ainsi que certaines obligations Restricted Tier 1 de Sogecap et Legal & General.
Ces titres associent des émetteurs solides à des spreads contre swap souvent compris entre 250 et plus de 300 points de base.
Les opportunités ne se limitent toutefois pas aux groupes systémiques. Certaines banques de taille intermédiaire restent valorisées avec des spreads élevés malgré l’amélioration de leurs ratios de capital et de leur profil de crédit.
L’obligation Tier 2 de Cassa di Risparmio di Asti, assortie d’un coupon de 7,375% et d’une échéance en 2035, illustre cette approche. D’autres positions comprennent les AT1 d’Abanca à 10,625% et d’Ibercaja à 9,125%, ainsi que des émetteurs comme Citadele, CCF Holding, Shawbrook ou Secure Trust Bank.
Les acquisitions comme catalyseur
Les fusions-acquisitions peuvent soutenir la qualité du crédit lorsqu’une banque de taille intermédiaire est reprise par un groupe plus solide. L’établissement acquis bénéficie alors généralement de meilleurs coussins de capital, d’un accès au financement renforcé et du soutien de sa nouvelle maison mère.
Oldenburgische Landesbank a ainsi vu sa notation relevée par Moody’s de Baa1 à A3 en janvier 2026 dans le cadre de son acquisition par Alliance Crédit Mutuel. La dette Tier 2 de Novo Banco est passée de Baa3 à Baa2 après son acquisition par BPCE. L’annonce du rachat de Luminor par OTP a également entraîné un fort resserrement des spreads de ses AT1.
Pour les investisseurs, ces situations associent rendement courant et potentiel d’appréciation lié à la compression des spreads.
La sélection comme principal moteur
Le portefeuille de référence affiche un spread moyen jusqu’à la date de call d’environ 200 points de base, avec une notation moyenne de BBB- et une duration modérée.
Dans l’environnement actuel, la performance devrait dépendre moins d’une baisse généralisée des taux que du portage, de la solidité des émetteurs, du choix des instruments et de la maîtrise de la duration.
Le crédit financier européen reste ainsi l’un des segments les plus attractifs de l’univers obligataire, sans qu’il soit nécessaire de miser sur un retour rapide à l’argent bon marché.