Ce que les marchés pourraient ne pas comprendre à propos de Macron

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Graphique de la semaine de DWS. La situation politique en France est peut-être agitée, mais les coûts de production laissent penser que Macron laissera le pays plus compétitif qu'il ne l'a trouvé.

© Keystone

 

«Non, je ne regrette rien» est peut-être un chant du cygne un peu trop audacieux, même pour Emmanuel Macron. Le président français sortant s’attarde rarement sur ses erreurs. Mais alors que les marchés s’inquiètent de plus en plus à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, ce classique d’Édith Piaf nous rappelle une fois de plus qu’il est plus facile de chanter «repartir de zéro» que de le faire. Le futur successeur de Macron pourrait bien s’en rendre compte très bientôt.

Notre graphique de la semaine suit l’évolution des coûts salariaux unitaires dans l’industrie depuis 1999. Ceux-ci mesurent la rémunération des salariés par rapport à ce qu’ils produisent; un ralentissement de leur croissance indique donc une amélioration de la compétitivité en termes de coûts salariaux. En 2017, au début de la présidence de Macron, les coûts salariaux unitaires dans l’industrie étaient proches de leur niveau de 1999. Mis à part un rebond lié à la pandémie, ils sont restés remarquablement modérés malgré les récents chocs d’inflation. D’après les dernières données disponibles pour 2026, les coûts salariaux unitaires dans l’industrie manufacturière française n’étaient supérieurs qu’à environ 12% à leur moyenne de 1999, contre des hausses d’environ 26% pour l’Allemagne, 44% pour l’Espagne et 61% pour l’Italie1.

La réforme des retraites de 2023 proposée par Macron visait à maintenir les seniors en activité plus longtemps, bien que sa mise en œuvre ait depuis été suspendue jusqu’après les élections de 2027.

Macron ne peut pas s’attribuer tout le mérite. Pendant la majeure partie de la période précédant son élection en 2017, les rémunérations n’avaient augmenté que modérément par rapport à la productivité. Depuis, la position des industriels français en matière de coûts par rapport à de nombreux concurrents n’a cessé de se renforcer. Ce phénomène passe facilement inaperçu. En période d’inflation généralisée, la modération relative des coûts est moins visible qu’une baisse pure et simple.

Ce graphique ne reflète pas non plus l’ensemble de l’économie: les services représentent une part bien plus importante de la production française, tandis que les coûts salariaux unitaires ne disent rien directement sur la qualité des produits, les prix de l’énergie ou les marges. Malgré tout, la tendance à long terme est frappante. Les réformes du marché du travail ont simplifié les procédures d’embauche et de licenciement, tandis que la fiscalité des entreprises a été allégée. La réforme des retraites de 2023 proposée par Macron visait à maintenir les seniors en activité plus longtemps, bien que sa mise en œuvre ait depuis été suspendue jusqu’après les élections de 2027. En 2024, l’emploi et la création d’entreprises avaient considérablement augmenté, tandis que Paris avait renforcé sa position dans les secteurs de la technologie et de la finance2.

«Le secteur manufacturier français a préservé sa compétitivité en termes de coûts de main-d’œuvre bien mieux que ne le laisse entendre le discours politique», déclare Ulrike Kastens, économiste senior au sein du département Macro Research chez DWS. «Les investisseurs qui évaluent la prochaine étape politique de la France ne devraient pas négliger la base concurrentielle dont héritera le successeur éventuel de Macron.» Cet héritage comprend à la fois des acquis et des griefs. Les marchés peuvent s’attarder sur ces derniers, mais ils ne devraient pas ignorer les premiers.

Les coûts salariaux unitaires français se démarquent de ceux des autres pays de la zone euro


1 À proprement parler, les données relatives aux coûts salariaux unitaires entre pays ne sont pas parfaitement comparables, en particulier sur de courtes périodes, car les séries nationales diffèrent dans leurs ajustements saisonniers et en fonction du nombre de jours ouvrés. Nous indexons donc les séries sur la moyenne annuelle de 1999 de chaque pays plutôt que sur un seul trimestre. Les séries sous-jacentes relatives aux coûts salariaux unitaires dans l’industrie manufacturière proviennent du cadre de données des comptes nationaux de la Banque centrale européenne.

2 Voir, par exemple, The Economist, 27 juin 2024, «The centre cannot hold: Macron a bien réussi pour la France. Mais il risque de tout gâcher.»

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