Banques européennes le rallye change de moteur

David Benamou, Axiom Alternative Investments

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Après le rattrapage des valeurs décotées, le prochain cycle devrait favoriser les banques capables de bénéficier des fusions et de règles de capital plus simples.

©Keystone

 

Les banques européennes ont enregistré de solides performances ces dernières années, et cette dynamique s’est poursuivie depuis le début de 2026 malgré un environnement volatil sur les plans macroéconomique, monétaire et géopolitique.

Avec une progression d’environ 18% depuis le début de l’année, le secteur bancaire européen a surperformé la plupart des autres segments du marché, derrière seulement la technologie et l’énergie. Les valeurs financières ont notamment affiché des résultats supérieurs aux attentes et une croissance bénéficiaire plus forte que celle observée dans de nombreux autres secteurs.

Cette performance ne signifie pas nécessairement que tout le potentiel de revalorisation est désormais épuisé. Les banques européennes se négocient en moyenne autour de dix fois les bénéfices attendus pour 2027, pour un rendement des fonds propres anticipé de 13,8%.

Ces niveaux reflètent même une appréciation plus prudente qu’en décembre dernier. Le multiple avait alors atteint environ onze fois les bénéfices, malgré un rendement des fonds propres proche de 12%. Une rentabilité correspondant aux niveaux actuels pourrait justifier un multiple compris entre onze et douze fois les bénéfices.

La poursuite de la performance reste donc possible. Mais les moteurs du secteur évoluent. Après une phase durant laquelle la croissance des revenus et le rattrapage des banques les moins chères ont dominé, le prochain cycle devrait être plus sélectif.

Du rattrapage à la différenciation

Le précédent cycle de performance était principalement lié à la croissance des revenus, notamment chez les banques espagnoles, ainsi qu’au redressement de valeurs qui se négociaient à de très faibles multiples de bénéfices.

Cette phase a permis à une grande partie du secteur de progresser. Désormais, une simple exposition générale aux banques européennes ne suffira probablement plus pour générer les meilleures performances.

Les prochains gagnants devraient plutôt être les établissements capables de tirer parti de la consolidation ou de bénéficier d’une simplification des règles de capital. Ces deux facteurs peuvent améliorer la rentabilité, libérer des ressources pour financer la croissance ou permettre des distributions plus importantes aux actionnaires.

La croissance du crédit ne constitue pas non plus, à elle seule, un critère suffisant. Certaines banques ont vu leur valorisation augmenter rapidement à la suite de la récente progression de leurs volumes de prêts. Lorsque cette dynamique se traduit déjà par des multiples élevés, le potentiel supplémentaire devient plus limité.

Il convient donc d’éviter les titres dont la croissance récente est déjà largement reflétée dans les cours et qui se négocient avec une prime importante.

Les fusions comme source de création de valeur

Les fusions-acquisitions et la consolidation devraient constituer l’un des principaux moteurs du prochain cycle bancaire européen.

Les rapprochements peuvent produire des économies de coûts, améliorer l’efficacité opérationnelle et renforcer la position des banques sur leurs marchés. Les établissements présentant un potentiel concret de synergies devraient ainsi être mieux placés que ceux dont la croissance repose uniquement sur l’expansion des volumes.

UniCredit apparaît notamment bien positionnée pour poursuivre sa croissance transfrontalière et participer à de nouvelles opérations. Banca BPM et Intesa Sanpaolo sont directement concernées par la dynamique de consolidation du marché italien.

Dans les pays nordiques, SEB bénéficie d’une amélioration de la demande de crédit et de l’activité sur les marchés. DNB combine pour sa part une valorisation attractive et un potentiel de croissance.

Ces groupes se distinguent par leur capacité à profiter à la fois des évolutions réglementaires et des opportunités stratégiques liées aux rapprochements bancaires.

La consolidation comporte néanmoins des risques. Des retards ou des complications dans les opérations en cours pourraient peser sur la performance des établissements concernés. La création de valeur dépendra donc de la capacité des banques à mener ces rapprochements à bien.

Des règles de capital plus simples

Les évolutions réglementaires devraient également jouer un rôle déterminant dans la différenciation entre les banques.

Les récentes publications de l’Autorité bancaire européenne, notamment son rapport de juin 2026 consacré à la simplification de l’empilement des exigences prudentielles et de résolution, visent à rendre les règles plus claires, plus cohérentes et plus efficaces dans l’ensemble de l’Union européenne.

L’objectif est de réduire la complexité et le nombre de couches réglementaires qui se superposent, tout en préservant pleinement la résilience du système bancaire.

Ces mesures pourraient améliorer les ratios CET1 publiés, réduire les coûts de conformité et rendre les coussins de capital plus facilement utilisables en période de tension. Elles pourraient également soutenir davantage de prêts à l’économie réelle ou permettre une hausse des distributions aux actionnaires.

Une réglementation plus simple ne signifie donc pas nécessairement une réglementation moins exigeante. Elle pourrait surtout permettre aux banques de mieux utiliser leur capital et d’améliorer leur rentabilité sans supporter de nouvelles contraintes majeures.

Le principal risque serait que les changements réglementaires produisent moins de bénéfices qu’espéré. Une partie du potentiel de performance du secteur dépend désormais de la concrétisation de ces réformes.

Une consolidation plus européenne

Les initiatives réglementaires en cours s’inscrivent également dans les efforts visant à achever l’union bancaire et à faciliter les rapprochements transfrontaliers.

Un régime européen harmonisé d’autorisation des fusions est applicable depuis janvier 2026. Il vise notamment à favoriser une meilleure transférabilité du capital et des liquidités au sein des groupes bancaires, au moyen de dérogations potentielles.

Les réformes du cadre européen de gestion des crises bancaires et d’assurance des dépôts, connu sous l’acronyme CMDI, renforcent parallèlement l’harmonisation des mécanismes de garantie des dépôts et de gestion des crises.

En réduisant les barrières nationales et la fragmentation du marché, ces évolutions devraient faciliter de nouvelles opérations de consolidation.
À terme, la trajectoire européenne pourrait se rapprocher de celle du système bancaire australien: un marché prudent, concentré et valorisé sur la base de multiples pouvant atteindre quinze fois les bénéfices ou davantage.

L’IA, un facteur complémentaire

L’intelligence artificielle et l’innovation technologique devraient également accompagner la dynamique de consolidation.

Leur contribution devrait notamment prendre la forme de gains d’efficacité à plus long terme, dans des domaines tels que la détection de la fraude et l’automatisation des services. Ces technologies pourraient aussi ouvrir de nouvelles sources de revenus dans les paiements numériques ou la finance intégrée.

Leur impact reste toutefois en cours de développement. À court terme, les fusions-acquisitions et les évolutions réglementaires restent les principaux moteurs de valorisation du secteur.

La concurrence des fintechs constitue un défi supplémentaire, mais elle ne représente pas, à ce stade, le risque essentiel pour les banques européennes.

Privilégier les futurs champions

Les tensions géopolitiques ont accru la volatilité des marchés, sans devenir jusqu’ici le principal risque pour le secteur. Leurs conséquences sur l’inflation et les taux ont même créé des vents favorables, la perspective de taux plus élevés pendant plus longtemps soutenant les revenus nets d’intérêts.

Le scénario le plus pénalisant serait un changement complet du cycle macroéconomique, avec un retour des taux d’intérêt vers zéro. Une telle évolution aurait un impact majeur sur les valorisations bancaires, mais elle ne paraît pas réaliste dans le contexte actuel.

La stratégie consiste donc à privilégier les banques disposant d’un fort potentiel de création de valeur grâce aux fusions, ainsi que celles susceptibles de bénéficier de règles de capital plus simples.

La préférence va aux futurs champions de la consolidation et de la réforme réglementaire. Des investissements opportunistes peuvent également être envisagés dans les compagnies d’assurance, les courtiers et les opérateurs boursiers lorsque leurs valorisations et la dynamique de leurs bénéfices le justifient.

Grâce à son rendement, le secteur bancaire européen reste globalement une allocation attractive au sein des portefeuilles d’actions dans le contexte actuel. Mais après plusieurs années de rattrapage, le prochain cycle devrait moins récompenser le secteur dans son ensemble que les établissements capables de transformer les changements réglementaires et stratégiques en croissance et en rendement pour leurs actionnaires.

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