Après le premier recul des nuitées au cours d’une saison estivale depuis la pandémie de Covid-19, BAK Economics prévoit un retour à une croissance modérée pour l’hiver prochain. Selon les prévisions touristiques réalisées sur mandat du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), les nuitées devraient progresser de 0,9% pour atteindre 18,9 millions durant l’hiver 2026/27. La guerre en Iran a nettement renchéri les voyages en avion et continue de peser sur les marchés lointains. Parallèlement, le changement climatique modifie les comportements de voyage: les destinations situées en altitude gagnent en attractivité comme lieux de vacances plus frais, tandis que la multiplication des vagues de chaleur pose de nouveaux défis au tourisme urbain.
La guerre en Iran pèse sur l’été touristique 2026
Après plusieurs années record, le tourisme suisse a enregistré, durant l’été 2026, un premier recul des nuitées. Avec près de 25 millions de nuitées, le résultat s’est situé 0,8% en dessous de l’année précédente. Ce recul s’explique principalement par les conséquences de la guerre en Iran, qui a fortement perturbé le trafic aérien international. La réduction des capacités aériennes, l’allongement des itinéraires et la hausse des prix du kérosène ont renchéri les voyages long-courriers et entraîné un net recul de la demande sur les marchés de provenance asiatiques. L’Inde a été particulièrement touchée, avec une baisse de 19,1%. La demande en provenance de Suisse et d’Europe a en revanche exercé un effet stabilisateur. Les visiteurs suisses ont apporté la plus forte contribution à la croissance. Malgré ce recul, il s’agit dans l’ensemble de la deuxième meilleure saison estivale de l’histoire.
Hiver 2026/27: croissance modérée malgré une incertitude persistante
Pour l’hiver prochain, BAK Economics prévoit une hausse des nuitées de 0,9% aussi bien pour les visiteurs suisses que pour les visiteurs étrangers. La demande intérieure reste un pilier du tourisme suisse, la consommation privée continuant d’évoluer de manière robuste. Le premier versement de la 13e rente AVS en décembre et les Championnats du monde de ski alpin à Crans-Montana devraient stimuler davantage la demande.
La demande européenne fait elle aussi preuve de résilience, avec une croissance attendue de 0,8%. Pour une fois, l’évolution des taux de change joue un rôle favorable. L’inflation étant plus élevée dans la zone euro qu’en Suisse, le franc suisse se déprécie en termes réels, ce qui améliore la compétitivité-prix du tourisme suisse. Parallèlement, l’inflation plus élevée réduit le pouvoir d’achat des ménages européens et limite la croissance de la demande. Pour les marchés lointains, en revanche, seule une lente reprise s’amorce, avec une croissance attendue de 1.0%. L’incertitude entourant les prévisions reste exceptionnellement élevée.
Perspectives: les conséquences de la guerre en Iran ne s’estompent que lentement
Pour l’été 2027, BAK Economics prévoit une croissance des nuitées de 1,3%. La demande en provenance des marchés lointains se redresse avec une hausse de 3,3%, mais celle en provenance d’Asie reste inférieure au niveau d’avant-guerre. Les conséquences de la guerre en Iran se font ainsi sentir bien au-delà de 2026. Le prix durablement élevé du pétrole et du kérosène empêche les tarifs aériens de baisser, tandis que le manque de capacités dans le trafic aérien international et l’incertitude géopolitique pèsent sur la demande. Les voyages long-courriers étant souvent réservés longtemps à l’avance, la reprise n’interviendra qu’avec un certain décalage, même en cas de normalisation des conditions-cadres.
Avec la poursuite de la normalisation du trafic aérien, la demande touristique regagnera quelque peu en dynamisme en 2028. Pour l’année touristique 2028, BAK Economics prévoit une croissance des nuitées de 1,3%, pour s’établir à 44,8 millions. Le principal moteur sera la reprise progressive des marchés lointains, en particulier de l’Asie. La demande en provenance d’Europe et de Suisse continuera elle aussi d’évoluer positivement.
Les vagues de chaleur modifient les comportements de voyage
L’été 2026, exceptionnellement chaud, montre comment la multiplication des vagues de chaleur influence la demande touristique. Alors que les nuitées des visiteurs suisses ont reculé dans les villes en juillet, elles ont progressé de 8.8% dans les régions alpines. Par rapport au même mois de l’année précédente, environ 100’000 nuitées supplémentaires y ont été enregistrées. Les destinations situées en altitude dans les Grisons et en Valais en ont particulièrement profité. À plus long terme également, des changements dans les comportements de voyage sont à prévoir. Les voyageurs peuvent réagir à la hausse des températures en passant leurs vacances dans des régions plus fraîches, en partant en voyage hors des mois d’été les plus chauds ou en adaptant leurs activités sur place.
Il en résulte pour le tourisme suisse des opportunités et des défis qui varient selon les régions. En été, les destinations alpines peuvent profiter davantage de la demande pour des lieux de vacances plus frais et réduire ainsi leur dépendance au tourisme hivernal. Cet avantage est d’autant plus important que la destination est située en altitude. Parallèlement, les périodes de chaleur prolongées nuisent à l’attractivité des villes et accroissent les exigences en matière d’infrastructures touristiques, notamment pour la climatisation des chambres d’hôtel. Face à la concurrence internationale, la Suisse pourrait en outre attirer des visiteurs à la recherche d’alternatives aux destinations méditerranéennes classiques. Elle doit toutefois compter avec la concurrence des destinations d’Europe du Nord. La multiplication des vagues de chaleur montre ainsi comment le changement climatique modifie les perspectives de croissance du tourisme suisse selon les régions.
