La guerre au Moyen-Orient ramène la croissance mondiale au plus bas depuis la pandémie

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La Banque mondiale s’attend désormais à une progression du PIB ralentie à 2,5% pour cette année. Et prévient que la situation pourrait s’aggraver, notamment sur les marchés financiers.

Les effets de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie mondiale devraient entraîner un ralentissement de la croissance cette année, a alerté jeudi la Banque mondiale (BM), qui s’attend désormais à une progression de 2,5%, au plus bas depuis la pandémie de Covid-19.

Selon son rapport sur les perspectives de l’économie mondiale, l’institution basée à Washington a abaissé ses prévisions pour plus des deux-tiers des pays, par rapport à son estimation précédente en janvier.

Et l’institution prévient que la situation pourrait même être encore pire: elle prévoit ainsi deux scenarii prenant en compte une nouvelle hausse des prix de l’énergie et même, dans le pire des cas, la possibilité de tensions sur les marchés financiers.

Si les deux phénomènes venaient à se concrétiser, la croissance mondiale ne serait alors plus que de 1,3% cette année, ce qui serait la pire croissance, hors pandémie, depuis 2009, année marquée par la crise financière.

Dans le même temps, l’inflation reste élevée, autour de 4% attendu cette année, portée par les prix de l’énergie et des engrais, tous deux largement perturbés par la fermeture du détroit d’Ormuz, conséquence du déclenchement de la guerre contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël.

«Dans l’immédiat, l’Asie est la région la plus touchée, l’ouest du continent est malmené du fait de la guerre mais l’Asie du sud est touchée par les prix élevés des hydrocarbures et des engrais, un effet qui s’étend à l’Asie du sud-est et du nord», a détaillé le chef économiste de la BM, Indermit Gill, lors d’une conférence de presse téléphonique.

«Si le conflit perdure, les prix de l’alimentation seront les suivants à en souffrir, et cela va causer des problèmes en Afrique du nord et subsaharienne», a-t-il averti.

Afin d’éviter une aggravation de la situation dans les pays les plus fragiles, la Banque mondiale a assuré être en capacité d’augmenter ses financements de 80 à 100 milliards de dollars dans les quinze prochains mois, notamment en accélérant les projets déjà en cours d’étude par l’institution.

«C’est précisément pour faire face à ce type d’événement que la Banque a été créée», a rappelé Indermit Gill.

«Décennie perdue»

L’économie mondiale ne montre pas des signes uniformes de solidité. Certes, les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde résistent dans l’immédiat mais leur situation cache les effets du conflit sur les autres pays développés ou émergents.

«La croissance des économies avancées cette année devrait être de 1,5%, mais hors Etats-Unis ce sera moins de 1%. De même, pour les marchés émergents, la croissance est attendue autour de 3,5%, mais si l’on élimine la Chine et l’Inde, elle tombe à 2,5%», a pointé M. Gill.

«Ce que je veux souligner, c’est que l’économie mondiale est nettement moins solide qu’en 2008 et même moins solide qu’en 2018», a ajouté le chef économiste.

Ce nouveau choc vient en effet s’ajouter à ceux ayant déjà secoué l’économie depuis la pandémie en 2020, entre l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et l’introduction de droits de douane par les Etats-Unis en 2025.

Avec pour conséquence de ralentir la croissance mondiale sur la décennie: de 3,9% dans les années 2000, elle devrait être en dessous des 3% pour la décennie 2020, de quoi pousser la Banque à parler de «décennie perdue».

Outre les crises à répétition, ce ralentissement reflète également celui d’autres données essentielles pour l’économie mondiale: la population mondiale croît moins rapidement par rapport au milieu des années 2000, et l’investissement privé a chuté sur la même période.

Enfin, la Banque mondiale pointe le poids de la dette publique, tant dans les économies avancées que les pays émergents, qui limite les capacités des pays à réagir et mener des politiques contracycliques en période de crise.

«Croissance démographique plus faible, moins d’investissement privé, chute des investissements publics à cause de dette en hausse, recul du commerce mondial, tout cela nous amène à une croissance potentielle plus faible», a conclu M. Gill.

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