Enquête KOF auprès des économistes: large soutien aux instruments de politique climatique

Communiqué, KOF

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Le KOF Institut a interrogé des économistes universitaires concernant leurs évaluations de la politique énergétique, climatique et économique.

Les chercheurs en économie de Suisse sont largement favorables à une tarification cohérente du CO₂ en Suisse et à un développement plus rapide des énergies renouvelables en raison des récents développements géopolitiques. Ils se prononcent également en faveur d’une intégration de la Suisse au système européen de compensation carbone aux frontières (CBAM). Tels sont les résultats d’une enquête du KOF Institut, menée auprès de 131 économistes.

Les récentes évolutions sur les marchés mondiaux de l’énergie, les inquiétudes concernant les dépendances stratégiques ainsi que les débats sur le rôle de la Suisse dans les accords climatiques européens ont remis la politique énergétique et climatique au centre des préoccupations. Dans ce contexte, le KOF Institut a interrogé, en mai et juin 2026, des économistes universitaires concernant leurs évaluations de la politique énergétique, climatique et économique. 131 réponses ont été reçues, ce qui correspond à un taux de participation de 17%.

La tarification des émissions est efficace, mais insuffisante

Les participants à l’enquête ont été interrogés sur leur évaluation, d’une manière générale, de l’efficacité des instruments de tarification (tels que la tarification du CO₂). 82% des participants se sont dits tout à fait d’accord ou plutôt d’accord avec l’affirmation selon laquelle la tarification permet d’obtenir une réduction donnée des émissions de gaz à effet de serre à un coût économique moindre qu’avec des instruments réglementaires tels que les normes ou les interdictions. Environ 11% des participants ont rejeté cette affirmation «tout à fait» ou «plutôt». En parallèle, 64% des personnes interrogées ont indiqué que la tarification du CO₂, en tant qu’instrument à elle seule, ne serait (plutôt) pas suffisante pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de la Suisse. En revanche, 29% considèrent que ces signaux de prix basés sur le marché sont (plutôt) suffisants.

Pour une tarification du CO₂ dans plus de secteurs

La Suisse régule actuellement les prix du CO₂ à l’aide de deux instruments : une taxe de 120 CHF par tonne de CO₂ sur les combustibles fossiles de chauffage et un système d’échange de quotas d’émission (SEQE) contraignant pour la grande industrie et le transport aérien. Le SEQ suisse couvre environ un huitième des émissions nationales et est entièrement relié au système d’échange de quotas d’émission (SEQ) de l’Union européenne (UE). Cela signifie que les quotas d’émission des SEQ de l’UE et de la Suisse sont reconnus mutuellement et librement négociables, ce qui conduit à un marché du CO₂ unique et interconnecté, avec des prix quasi identiques.

Dans ce contexte, les participants ont été interrogés pour savoir si la Suisse devait relever de manière autonome le niveau de tarification du CO₂ ou étendre son champ d’application à d’autres secteurs. Alors qu’une majorité de 50% des participants s’est prononcée plutôt ou fortement en faveur d’une extension sectorielle de la tarification du CO₂, 31% se sont prononcés plutôt ou fortement en faveur d’un niveau de tarification plus élevé. Respectivement 20% et 47% se sont prononcés contre une extension du champ d’application et contre une augmentation du niveau de la tarification.

Trois personnes interrogées sur quatre sont favorables à un développement plus rapide des énergies renouvelables

Les récentes tensions géopolitiques ont des répercussions sur la disponibilité et les prix des combustibles fossiles en Europe. Les participants à l’enquête ont donc été interrogés sur la nécessité d’accélérer le développement des énergies renouvelables en Suisse. Environ trois participants sur quatre se sont dits (plutôt) d’accord avec cette affirmation, 38% s’y sont même déclarés tout à fait d’accord. Un peu moins de 10% ne voient (plutôt) pas la nécessité d’accélérer le développement des énergies renouvelables, tandis que 15% étaient indécis ou n’ont pas pris position.

Soutien à un système de compensation carbone aux frontières (CBAM) lié à l’UE 

Depuis début 2026, l’UE applique de manière contraignante son mécanisme de compensation carbone aux frontières (CBAM). Ce mécanisme prévoit une taxe sur le CO₂ applicable aux marchandises à forte intensité carbone importées de pays hors UE. Les participants à l’enquête ont donc été interrogés sur la question de savoir si la Suisse devrait également introduire un tel mécanisme – et, dans l’affirmative, dans quelle mesure celui-ci devrait s’aligner sur le modèle européen. 67% se sont prononcés en faveur d’un système suisse d’ajustement carbone aux frontières, 17% s’y sont opposés et 13% étaient indécis. Dans l’hypothèse où ce mécanisme serait mis en place en Suisse, 43% estiment qu’il devrait être entièrement aligné sur le cadre européen ; 37% supplémentaires considèrent qu’il devrait y être largement aligné. Respectivement 6% et 5% des personnes interrogées estiment qu’un mécanisme suisse ne devrait être aligné que de manière approximative, voire pas du tout, sur le système européen.

Des avis partagés sur la croissance verte

Dans la dernière édition de l’enquête du KOF auprès des économistes, les participants ont eu la possibilité de s’exprimer librement sur leur point de vue concernant la croissance verte. La croissance verte a pour objectif de parvenir à un découplage entre la performance économique et la pollution ou les dommages environnementaux, rendant ainsi la croissance économique et la protection de l’environnement compatibles.

80 économistes ont donné leur avis à ce sujet, ce qui donne une image contrastée. 13 participants considèrent que la croissance verte en Suisse est fondamentalement irréaliste ou indésirable. Les autres participants y voient un potentiel, mais mentionnent divers facteurs limitants. Certains participants perçoivent un manque de volonté politique et sociale pour mettre en œuvre la croissance verte. D’autres estiment que la croissance verte n’est possible que dans certains secteurs ou au prix d’investissements élevés. L’horizon temporel joue également un rôle important : à court et moyen terme, de nombreux participants jugent irréaliste un découplage entre la performance économique et les émissions de gaz à effet de serre. Enfin, certains participants soulignent le rôle particulier de la Suisse en tant qu’économie ouverte et axée sur les services. Pour parvenir à une croissance verte, il faudrait avant tout prendre en compte le volet de la consommation, y compris les émissions importées.

Profil démographique des participants à l’enquête

Les participants à l’enquête ont également été interrogés sur leur âge, leur sexe et leur orientation politique. Parmi les personnes interrogées, 7% ont moins de 36 ans, 32% ont entre 36 et 45 ans, 21% entre 46 et 55 ans et 34% ont plus de 56 ans. 78% des personnes interrogées sont des hommes et 13% des femmes. Répartie par tranche d’âge, la proportion de femmes est la plus élevée (20%) dans la tranche d’âge comprise entre 46 et 55 ans. Elle est la plus faible (0%) dans la tranche d’âge des moins de 36 ans.

33% des participants se sont déclarés (plutôt) de gauche, contre 19% qui se sont décrits comme (plutôt) de droite et 31% qui se situent politiquement au centre. Les 17% restants n'ont pas donné de réponse. Une analyse statistique montre que l’orientation politique a une influence significative sur les réponses à cinq des sept questions. Les majorités varient en fonction de l’orientation politique uniquement sur la question de savoir si la Suisse devrait relever unilatéralement le niveau de la tarification du CO₂. Dans les autres cas, les résultats sont plus marqués chez les participants ayant une orientation à gauche. L’âge et le sexe n’ont en revanche aucune influence statistiquement significative.

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