Forte du soutien de son actionnaire de long terme LBP AM, LFDE accélère son développement européen, tout particulièrement en Suisse, selon un communiqué paru aujourd’hui. En effet, La Financière de l’Échiquier (LFDE) annonce la nomination de Samira Sadik en qualité de Country Head Switzerland. Cette dernière, dotée de 20 ans d’expérience, a travaillé pour le groupe Syz (Oyster Funds) dès 2004 avant de rejoindre Lombard Odier Investment Managers en 2017, en tant que Head of Sales Switzerland.
Anne-Sophie Girault, Head of International Development de LFDE et basée à Genève depuis 9 ans, répond aux questions d’Allnews sur l’innovation et les développements de LFDE et du groupe LBP AM:
Quels développements allez-vous entreprendre en Suisse?
Nous avons de grandes ambitions à l’horizon de 2030 et voulons répliquer à l’international le succès rencontré en France au niveau du groupe, à la fois pour LFDE et LBP AM. Nous nous donnons les moyens de nos ambitions. Les leviers sont notamment financiers et humains, en particulier à travers des recrutements.
A Genève, je suis à présent rejointe par une responsable Suisse, Samira Sadik. Samira bénéficie de plus de 20 ans d’expérience, tant de sophistication, de gestion et que de connaissance des besoins des investisseurs, en particulier du marché suisse.
A Francfort, nous annonçons en parallèle l’arrivée d’un nouveau responsable pour l’Allemagne et l’Autriche et recrutons dans d’autres marchés. Depuis un an, nous avons également engagé trois personnes, en Espagne et en Italie entre 2025 et 2026, deux autres nous rejoindront prochainement et je suis en train de recruter une autre personne pour le marché italien.
Nous nous dotons de ressources ainsi que de compétences clés pour consolider notre ancrage local et notre proximité avec les investisseurs.
Quelle est la place de la Suisse en termes de collecte?
En termes d’actifs sous gestion, la Suisse se place au 3e rang du groupe, ex-aequo avec l’Italie et un peu derrière l’Allemagne. Il s’agit selon nous d’une anomalie. La Suisse devrait occuper la 2e place compte tenu de son vivier et du développement de nos services.
Quels sont vos objectifs pour 2030?
Nous visons 10 à 15 milliards d’euros d’actifs sous gestion en 2030 pour nos investisseurs internationaux hors de France. Cela signifie que l’International représenterait le premier pilier de développement du groupe LBP AM ces 4 prochaines années.
«Nous visons 10 à 15 milliards d’euros d’actifs sous gestion en 2030 pour nos investisseurs internationaux hors de France».
Quel est le lien entre LFDE et LBP AM?
LFDE, lancé en 1991, est détenu depuis 2023 par LBP AM, la société de gestion du groupe La Banque Postale. LBP AM est elle-même détenue à 75% par La Banque Postale et 25% par Aegon AM, gestionnaire d’actifs de premier plan. Aujourd’hui, le groupe LBP AM gère environ 70 milliards d’euros d’actifs, dont 24 milliards pour LFDE1.
Sous l’angle du Business Development, cette appartenance est une véritable opportunité. Mes équipes peuvent mettre à disposition des investisseurs deux gammes de stratégies d’investissement, celle de LFDE, avec son approche fondamentale et à forte conviction particulièrement adaptée à une gestion «Satellite», et la gamme de LBP AM, avec des solutions «Cœur» innovantes, de type quantitatif ou encore Absolute Return. Il s’agit de l’essentiel de notre travail depuis un an en Europe et à travers une présence forte auprès des investisseurs suisses, que nous visons à accélérer. Chaque mois, nous invitons à Genève un gérant pour faire un point sur les marchés et nos stratégies et donner de la visibilité aux investisseurs.
Pourquoi le développement international du groupe est-il basé à Genève?
La Suisse est une place financière européenne de premier plan et un marché important pour LFDE, en vertu du tissu d’investisseurs présents. Nous y sommes présents depuis 2010. Nous avons eu l’avantage de répondre aux attentes d’investisseurs particulièrement sophistiqués, du fait de la concurrence suisse et internationale. Ces investisseurs sont friands d’une gestion d’actifs de qualité.
Nous avons ouvert un bureau à Genève dès 2016. En ce qui me concerne, je suis Genevoise depuis près de neuf ans et j’ai pris la responsabilité du développement international il y a un an. La proximité est essentielle. Nous ne pouvons bien servir les investisseurs qu’à condition d’être proches d’eux, de partager le même écosystème, faire face à la même actualité, aux mêmes défis et à la même régulation.
Quel est votre ADN de gestion?
Notre ADN de gestion vient d’une conviction sur les prises de positions, une gestion active et fondamentale. S’il a fait le succès de LFDE en France, il correspond fortement aux attentes des investisseurs sophistiqués suisses.
Le savoir-faire de LFDE notamment dans les actions européennes, en termes d’innovation autour des thématiques d’investissement et dans la technologie d’investissement est très reconnu.
Quels sont vos principaux types de clients en Suisse?
Nous avons historiquement rencontré des succès avec les gérants de fortune indépendants. A l’origine de LFDE, Didier Le Menestrel gérait les investissements d’un petit club d’investisseurs, les GFI faisaient pour ainsi dire partie de la famille. Ils ont très vite apprécié l’expertise de notre gestion et la proximité de notre approche. Ils sont nos partenaires historiques.
Où se situe votre potentiel?
Le potentiel se situe auprès de la clientèle Wholesale, laquelle est formée d’investisseurs très rigoureux avec des processus de sélection institutionnels, ainsi que des purs investisseurs institutionnels, dont les problématiques sont très différentes. Ils s’inscrivent dans l’ADN de LFDE: Les institutionnels sont très focalisés sur l’investissement ESG, malgré l’actuel repli de cette approche, qui toutefois se réinvente.
Combien de vos fonds surperforment-ils?
La surperformance est le nerf de la guerre. Il est réconfortant de constater que, dans un contexte de marchés très difficile, certaines de nos stratégies phares parviennent à surperformer cette année.
Notre stratégie dédiée à l’écosystème spatial lancé en 2021, thématique qui commence à prendre son essor et où nous sommes précurseurs en Europe, par exemple surperforme de près de 10 points depuis le début de l’année. En Europe, nous assistons à un retour de l’approche Value où nous surperformons depuis une longue période. Les investisseurs devraient, selon nous, encore augmenter la voilure sur ce type de gestion. Enfin, notre stratégie à impact surperforme également.
Sur un an, nous retrouvons une surperformance de près de 25 points pour le fonds Echiquier Space2. Sur la thématique de l’intelligence artificielle, gérée par la même équipe que le fonds dédié au spatial, nous affichons également une solide surperformance sur un an. LFDE a forgé une expertise pour déceler des mégatendances, nous avons ainsi l’avantage de pouvoir parfois nous positionner sur une thématique avant même qu’elle ne soit perçue par le reste de l’industrie. Notre stratégie IA, la deuxième en Europe, a été lancée en 2018.
Notre stratégie Echiquier Robots and Humanoids est également en surperformance de plus de 8 points sur un an, et elle n’en est qu’à ses débuts3.
Quels sont vos plus grands fonds?
Certaines stratégies européennes arrivent en tête. Dans un contexte difficile pour la gestion Value, notre équipe de gestion Value gère à ce jour plus de 3 milliards d’encours, dont 1,7 milliard pour Tocqueville Euro Equity Value SRI et 750 millions pour Echiquier Value Europe4. La taille et la performance vont de pair. Le fonds Tocqueville Euro Equity Value SRI présente une performance cumulée de plus de 70% sur 5 ans, contre environ 50% pour l’indice5.
Quelles sont vos prochaines innovations?
Notre CIO, Michel Saugné, considère aujourd’hui deux grandes tendances: les robots et notamment humanoïdes ainsi que la souveraineté. Son savoir-faire réside non seulement dans le pilotage des équipes de gestion mais aussi dans la capacité à lancer les fonds du futur. Nous avons un continuum de classe d’actifs sur la thématique de la souveraineté.
Lors de mon récent séjour en Suède, j’ai constaté que les thématiques Space et Technologies Stratégiques Européennes occupaient une place centrale, tant sur le plan financier qu’en termes d’engagement émotionnel.
Les investisseurs, dans la nouvelle donne géopolitique, ont à cœur de contribuer à la compétitivité européenne.
Qu’en est-il des innovations chez LBP AM?
Citons le lancement fin 2024 en France d’une stratégie ELTIF 2.0, qui dépasse déjà les 300 millions d’euros d’actifs sous gestion6, elle contribue à démocratiser l’accès des investisseurs particuliers aux marchés privés, infrastructures, dette privée et private equity. L’immobilier n’en fait pas partie parce que l’investisseur privé est habituellement déjà exposé à cette classe d’actifs à titre privé. Nous envisageons de lancer la version luxembourgeoise de cette stratégie et aimerions qu’elle soit disponible en Suisse.
Innovante, la stratégie Absolute Return de LBP AM rencontre un succès dans un contexte de marché où de nombreux fonds n’ont pas atteint les objectifs.
Comment entendez-vous entrer dans les listes de fonds des banques, où les architectures sont moins ouvertes qu’on ne le dit?
Le principe de l’architecture ouverte a débuté il y a 20 ans selon le principe du Best-in-Class dans chaque classe d’actifs. La rationalisation des gammes a commencé il y a plus de dix ans avec l’émergence d’une «Guided Architecture». Des partenariats sont noués avec certains partenaires stratégiques, dont on sélectionne la meilleure offre pour chaque classe d’actifs. Les investisseurs sous-jacents de ces grands établissements sont sophistiqués, exigeants et l’information est de plus en plus disponible. Si ces groupes veulent conserver l’hégémonie dont ils bénéficient, ils doivent s’assurer d’apporter de la valeur ajoutée à ces investisseurs plus exigeants.
Selon moi, LFDE et LBP AM ont un rôle majeur à jouer, ces établissements nous reconnaissent un vrai savoir-faire. La stratégie Absolute Return de LBP AM dépasse le milliard d’euros et vise à délivrer de la performance tel un coucou suisse. Et les banques Wholesale nous obligent à être constamment innovants et à proposer les thématiques les plus porteuses de l’avenir.
Est-ce que la tendance, dans les grands établissements, consiste à s’éloigner de l’indice avec des convictions fortes ou à réduire les risques et l’écart avec l’indice?
Les deux, à la suite d’une tendance à la polarisation. Dans les classes d’actifs classiques, ils veulent des valeurs sûres et se rapprocher de l’indice avec des frais de gestion modestes. La valeur ajoutée vient ici du choix de l’allocation d’actifs.
Dans la partie satellite, le «booster» est la performance, où l’on trouve la légitimité d’une gestion à forte conviction, qui génère de l’alpha. C’est le terrain de jeu de LFDE.
Quelles sont les dernières tendances depuis la guerre en Iran?
Les marchés sont très difficiles à naviguer avec un risque très élevé de l’effet «portes de saloon». J’ai beaucoup de sympathie pour le travail des investisseurs dans ces périodes-là particulièrement. En matière obligataire, lorsque nous annonçons aux investisseurs qu’ils peuvent espérer des rendements du marché monétaire ajoutés de 250 points de base, l’effet de séduction est réel pour un cœur de portefeuille. Par ailleurs, ils apprécient les stratégies d’investissement qui surnagent dans cette volatilité élevée, comme la stratégie spatiale. SpaceX peut être l’équivalent du moment ChatGPT pour l’IA, sachant que LFDE ne considère pas le spatial comme une thématique technologique mais industrielle. Elle offre une réelle diversification.
Quel sera l’avenir de l’ESG, aujourd’hui en repli?
L’expérience et les besoins des investisseurs sont les facteurs primordiaux. Lors de la phase d’engouement pour l’ESG, nous avons compris la nécessité d’une approche diversifiée. Les investisseurs institutionnels continuent à présenter des besoins très spécifiques en matière de durabilité. L’un de nos principaux investisseurs internationaux figure parmi les contributeurs majeurs de notre fonds Article 9 à impact positif.
Les clients Wholesale expriment toujours des besoins en matière d’ESG, bien que leur demande soit plus modérée. Par ailleurs, l’intégration des critères ESG constitue une hypothèse de travail. Il est essentiel de se conformer à l’Article 8 pour renforcer notre crédibilité et limiter les risques de controverses. Nous estimons aussi que l’ESG est en phase de réinvention et sommes en mesure de couvrir toute la palette des besoins des investisseurs.
1 Données au 31.03.2026
2 ECHIQUIER SPACE K au 31.03.2026 en performances annualisées, YTD +10,7% vs -1,3% pour son indice le MSCI ACWI NET RETURN EUR, 1 an +43,9% vs +12,5%, sur 3 ans +40,5% vs +14,3% et depuis création +15,4% vs +9,9%.
3 ECHIQUIER ROBOTS AND HUMANOIDS K au 31.03.2026 en performances annualisées, YTD -2,1% vs -1,7% pour son indice le MSCI WORLD NET TOTAL RETURN, sur 1 an +20,5% vs 11,5%, sur 3 ans +15,7% vs 14,5%, sur 5 ans +6,9% vs 10,7%, sur 10 ans +14,2% vs 11,7% et depuis création +12% vs +10,3%
4 Données au 29.04.2026
5 TOCQUEVILLE EURO EQUITY VALUE SRI I au 31.03.2026 en performances cumulées, sur 1 an 13,77% vs 12,26% pour son indice le MSCI EMU NET RETURN EUR, sur 3 ans 57,83% vs 39,90%, sur 5 ans +72,23% vs +54,06% et depuis création +68,90% vs +85,30%.
6 Données au 24.04.2026