Les investisseurs institutionnels continuent d'acheter de l'or

Yves Hulmann

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En comparaison, les privés sont plus prudents, observe Louise Street du World Gold Council. Des incertitudes géopolitiques persistantes sont un facteur de soutien.

 

Après avoir grimpé à près de 5400 dollars l'once fin janvier, le cours de l'or a peu à peu perdu ses gains en cours d'année pour s'échanger mardi soir à 3936 dollars l'once. Quels sont les principaux facteurs qui expliquent les fortes variations des cours du métal précieux? Le point avec Louise Street, analyste principale des marchés au World Gold Council a publié mardi son rapport concernant les tendances de la demande pour l'or au troisième trimestre.

Quels ont été les principaux facteurs qui ont influencé l'évolution du cours de l'or au troisième trimestre et quel devrait être leur influence sur les prix au cours des prochains mois?

Le cours de l'or est toujours influencé par une combinaison de différents facteurs qui déterminent l'offre et la demande pour le métal précieux. En termes de flux tout d'abord, le troisième trimestre a été caractérisé par des afflux élevés pour les ETF couverts par de l'or physique, qui ont atteint un niveau record en termes de valeur. En termes de volumes, les quelque 211 tonnes enregistrées ont été proches - soit juste 6% en-dessous - des niveaux observés lors de la période record du troisième trimestre 2025.

«Les banques centrales de la Pologne et de la Chine ont été d'importants acheteurs au troisième trimestre.»

Quant aux facteurs qui ont influencé cette reprise, on peut mentionner, du côté des investisseurs institutionnels, les questions qui se posent au sujet de la durabilité des politiques budgétaires, une inflation qui reste élevée dans de nombreux pays et, plus généralement, un degré d'incertitude persistant sur le plan géopolitique.

Du côté des investisseurs de détail, ceux-ci ont davantage suivi le momentum de l'évolution des prix. Lorsque les prix continuaient de grimper, beaucoup d'entre ont continué de suivre le momentum, puis, lorsque les prix ont reculé, les investisseurs privés ont été plus prudents.

Certains investisseurs institutionnels continuent donc d'acheter de l'or, alors que les privés sont plus réservés?

Effectivement, les institutionnels continuent d'acheter, alors que les privés sont plus prudents. Cela s'explique aussi par le fait que beaucoup d'investisseurs de la clientèle de détail sont encore en train de digérer les achats d'or qu'ils avaient effectués lors des années précédentes à des niveaux de prix relativement élevés. Ils ne vont donc pas encore continuer d'augmenter leurs positions en or.  

Quel est le rôle des achats effectués par les banques centrales qui ont augmenté leurs réserves à hauteur de 42% au troisième trimestre comparé à la même période de l'an précédant? S'agit-il d'achats effectués par des banques centrales spécifiques?

L'activité des banques centrales, qui inclut aussi les achats et les ventes effectuées par les fonds souverains, est souvent publiée avec un décalage. Et certains achats ne sont pas même rendus publics, pour différentes raisons. Au troisième trimestre, l'activité qui a été publiée n'a ainsi représenté qu'un peu moins de 40% de l'ensemble des achats nets d'or.

Par pays, on a pu observer que les banques centrales de la Pologne et de la Chine ont été d'importants acheteurs au troisième trimestre.

«Nous ne voyons donc pas l'or et les cryptomonnaies comme des actifs concurrents.»

L'évolution des cours d'autres métaux précieux, comme l'argent, a-t-elle aussi une influence sur celle des prix de l'or?

Mêmes ces deux métaux précieux peuvent évoluer en tandem, l'argent et l'or sont des marchés très différents. Plus de 50% de la demande pour l'argent est déterminée par des usages industriels. Pour l'or, la demande industrielle est beaucoup plus marginale, même si elle a un peu augmenté au troisième trimestre notamment sous l'effet de la demande provenant du secteur technologique.

Qu'en est-il de la corrélation entre l'or et les cryptomonnaies, parfois décrites par certains experts comme étant appelées à devenir le nouvel «or numérique»?

Nous avons effectué des recherches à ce sujet pour évaluer dans quelle mesure l'or pouvait être corrélé ou non avec les cryptomonnaies. Il en ressort que l'or est acheté le plus souvent avec un objectif de conservation de la valeur ou de protection contre les risques au sein de l'allocation d'actifs des investisseurs. Les investissements dans les cryptomonnaies répondent, eux, à d'autres motivations, plus orientées en fonction d'attentes de rendement à plus ou moins court terme.

Nous ne voyons donc pas l'or et les cryptomonnaies comme des actifs concurrents mais plutôt comme des placements complémentaires répondant à des objectifs d'investissement assez différents.

«Vendre de l'or est un moyen facile pour avoir accès à des liquidités pour les investisseurs qui en ont besoin. Plus d'incertitudes sur les marchés des actions ne se traduit ainsi pas toujours par un rebond du prix de l'or.»

Qu'en est-il de l'influence des attentes concernant la politique monétaire sur le cours de l'or? Récemment, les cours du pétrole ont nettement reflué, ce qui devrait réduire les pressions inflationnistes. Cela a-t-il un effet sur le cours de l'or?

Deux facteurs s'opposent ici. D'un côté, l'or a historiquement un rôle de protection contre l'inflation ou les craintes quant à l'accélération de celle-ci. D'un autre côté, quand l'inflation s'accélère, cela induit des taux d'intérêt plus élevés. Et quand les taux d'intérêt sont plus élevés, il y a un coût d'opportunité à détenir de l'or - sachant que l'or ne verse pas d'intérêt. Actuellement, les investisseurs sont partagés entre ces deux logiques.

A l'inverse, les incertitudes politiques persistantes, notamment eu égard à la situation au Moyen-Orient, constituent plutôt un facteur de soutien pour l'or.

Quelles sont vos attentes concernant le cours de l'or au quatrième trimestre?

Le World Gold Council ne publie pas d'objectifs ou d'attentes concernant le cours de l'or. Dans l'ensemble, on s'attend à ce que les facteurs de soutien et ceux qui pèsent sur le cours de l'or se maintiennent à l'équilibre jusqu'à la fin de l'année.

A court terme, il peut en aller différemment. Par exemple, quand les cours des actions technologiques ont corrigé en fin de semaine dernière, cela s'est aussi traduit par un recul du cours de l'or. Vendre de l'or est en effet un moyen facile pour avoir accès à des liquidités pour les investisseurs qui en ont besoin. Plus d'incertitudes sur les marchés des actions ne se traduit ainsi pas toujours par un rebond du prix de l'or dans un mouvement dit de fuite vers la qualité. A plus long terme, si une période de turbulences sur les marchés se prolonge, l'or est en général un actif qui redevient à nouveau recherché. 

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