François Pradervand: «La Suisse confirme son rôle de place financière refuge»

Nicolette de Joncaire

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Le groupe Edmond de Rothschild enregistre une hausse des actifs et confirme sa dynamique de développement, entre expansion géographique, innovation produit et vigilance accrue.

 

Le groupe Edmond de Rothschild publie ce 20 mars des résultats financiers plus que satisfaisants pour 2025, avec une progression des actifs sous gestion de près de 8%, de 184 à 198 milliards de francs et une collecte nette de 10 milliards, en ligne avec l’évolution observée les années précédentes. La croissance porte tant sur l’expansion géographique en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Italie et en Belgique, que sur les réseaux de distribution et sur la gamme de l’offre. Le groupe poursuit le développement de sa plateforme de marchés privés avec l’arrivée d’Anne-Laurence Roucher et a renforcé ses capacités en gestion quantitative actions avec une équipe de 5 experts. Les premières stratégies, intégrant le machine learning, seront lancées avant l’été, avec des ETF actifs attendus d’ici fin d’année ou 2027. Dans le contexte actuel de fortes tensions géopolitiques, la priorité reste la sécurité des collaborateurs et l’accompagnement des clients pour éviter les réactions excessives. Quelques questions à François Pradervand, responsable de la Banque Privée Suisse.

La majeure partie de la hausse de vos encours provient d’une collecte nette de 10 milliards. De quels marchés ou types de clients proviennent ces afflux nets?

La collecte nette de l’an dernier de 10 milliards de francs nous permet d’atteindre un nouveau record d’encours historique à 198 milliards de francs, une progression de 8% par rapport à 2024. Un chiffre qui consolide une tendance de fond puisque nous avons observé sur les trois dernières années, une collecte nette cumulée de 28 milliards de francs, ce qui confirme la capacité du Groupe à générer une croissance régulière. En effet nous sommes particulièrement fiers de cette croissance organique qui prouve la force de notre modèle.

La collecte 2025 est très équilibrée entre nos deux métiers cœur: l’Asset management et la Banque privée enregistrent chacun une collecte nette de 5 milliards de francs. En Banque Privée, toutes nos implantations ont contribué positivement à la collecte. En ce qui concerne nos métiers d’Asset Management, le business a enregistré 4,3 milliards de collecte en actifs liquides et 1,3 milliards en actifs illiquides avec une année record en immobilier et en dettes d’infrastructure l’an dernier.

Cette bonne tendance commerciale se confirme en ce début d’année 2026 puisque nous enregistrons déjà plus de 6,3 milliards de francs de collecte à fin février. Forts de cette dynamique, nous abordons la suite de l’année avec confiance.

Vous soulignez un ratio de solvabilité de 19,1% et un ratio de liquidité à court terme de 184%, tous deux nettement supérieurs à ce qu’exige la réglementation. Pourquoi est-il important de pouvoir disposer d’une structure financière qui va au-delà des contraintes réglementaires?

En effet, ces bons résultats s’accompagnent du maintien d’une structure financière extrêmement solide. Ainsi, les ratios clés sont significativement supérieurs aux exigences réglementaires, le ratio de solvabilité s’établit à 19,1%, soit un excédent de fonds propres de plus de 420 millions de francs. Le ratio de liquidité à court terme atteint 184%, correspondant à un excédent de liquidités de près de 3 milliards de francs. Ces niveaux reflètent un modèle de gestion conservateur et la capacité du groupe à accompagner durablement la croissance de ses activités.

Un élément à souligner est également la résilience de notre modèle d’affaire, qui ne dépendant pas des marchés financiers pour le financement de nos activités.

Qu’en est-il du ratio coût/revenu en Suisse que vous entendiez diminuer après d’importants investissements?

Notre cost income ratio en Suisse est en nette amélioration même s’il reste encore trop élevé. Nos revenus ont progressé sous l’effet de la collecte soutenue depuis 4 ans, nos efforts sur les ROA et une gestion disciplinée de nos coûts. Nous n’avons jamais renoncé à notre développement (et aux investissements nécessaires) ce qui nous a amené à gérer notre cost income ratio de façon progressive et maîtrisée.

Vous évoquez un renforcement des expertises en gestion d’actifs avec la création d’une équipe de gestion quantitative et la structuration des expertises sur les marchés privés. Pouvez-vous nous donner plus de détail?

Le premier axe de croissance de l’Asset Management porte sur l’expansion géographique: cela s’est traduit par un renforcement des équipes de vente en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Italie et en Belgique. Ensuite, nous voulons davantage développer les réseaux de distribution. Au niveau des produits, nous continuons de développer notre plateforme de marchés privés avec l’arrivée d’Anne-Laurence Roucher en tant que responsable mondiale des Private Markets. Et nous avons effectivement acquis, en novembre dernier, une équipe de gestion quantitative Actions de 5 experts, avec les premières stratégies de la gamme Quant qui seront lancées avant l’été. Cette équipe mettra à profit les techniques du machine-learning pour la gestion de portefeuille pour les institutionnels. L’objectif est de lancer des ETF actifs basés sur cette gestion quantitative à la fin de l’année ou en 2027.

Quels sont vos objectifs de croissance dans vos deux métiers (banque privée et gestion d’actifs) pour 2026?

En ce qui concerne la banque privée, notre ambition est de poursuivre notre croissance soutenue de ces dernières années dans l’entièreté de nos implantations. La conquête de nouveaux clients, l’enrichissement de notre offre de solutions et le renforcement durable de la qualité de service seront les éléments clefs de succès pour 2026.

Coté Asset Management, comme le disait Christophe Caspar le mois dernier dans vos pages, l’objectif est de faire de la gestion de qualité avec de bonnes performances et de croître plus vite que le marché, lequel croît à un rythme de 2 à 2,5%. Nous avons donc clairement gagné des parts de marché par rapport à notre concurrence. Edmond de Rothschild AM s’est profilé dans la gestion de conviction avec des stratégies spécialisées qui ont pour but de créer de la valeur au-delà des indices de référence.

Comment l’extension des conflits à laquelle nous assistons va-t-elle modifier le comportement de la clientèle et votre mode opératoire?

A court terme, notre priorité absolue demeure la sécurité de nos collaborateurs tant en Israël qu’à Dubaï. Cette période d’incertitudes géopolitiques se traduit par une volatilité accrue sur les marchés financiers. C’est un impératif d’accompagner davantage nos clients afin de décrypter les potentielles exubérances de marchés et de ne pas surréagir. De manière concomitante, la place financière suisse joue un rôle de «safe haven».

A court terme sur les marchés actions, la volatilité devrait continuer de prévaloir avec une surperformance des défensives pour laisser place à une reprise à moyen terme tirée par les valeurs cycliques. Nous maintenons notre surpondération des actions par rapport aux obligations qui gardent, selon nous, le potentiel de contribution positive le plus important dans un portefeuille diversifié à moyen terme.

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