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Yves Hulmann

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Directrice de Capital Y, Nicole Curti préside aussi l'ASV/ASWM qui a organisé les «Bank Award 2026». Elle décrit les objectifs de l'événement.

©RND Photography

 

Le troisième dîner de gala des «Bank Awards 2026» s'est tenu à la mi-mars à Zurich. Dans le cadre de l'ASV/ASWM Custody Bank Awards 2026, différents prix ont été décernés aux banques qui ont fourni les meilleures prestations aux gérants indépendants dans différentes catégories de services (lire en encadré). Nicole Curti, présidente de l'Alliance of Swiss Wealth Managers (ASV/ASWM) depuis 2022, revient sur les objectifs de cet événement et explique pourquoi elle ne s'attend pas à un mouvement de consolidation parmi les gérants indépendants. Entretien.

Pouvez rappeler dans les grandes lignes quels sont les objectifs de l'Alliance des gérants indépendants suisses (ASV/ASWM), qui a organisé l'événement «Bank Awards 2026» qui s’est tenu la semaine dernière à Zurich?    

L'Alliance des gérants indépendants suisses est née lorsque 5 ou 6 gérants indépendants basés en Suisse alémanique se sont regroupés en 2016 pour échanger librement sur leurs problématiques communes, et ainsi bénéficier de l’expérience des uns des autres. Cette volonté d’échanges constructifs entre membres, mais aussi avec nos principaux partenaires, les banques, nous a amenés à mettre sur pied cet événement ambitieux: les Bank Awards, réunissant sous un même toit les principaux acteurs du wealth management en Suisse. L’événement du 17 mars était notre 3ème édition.

«Collectivement, nos membres représentent à peu près 150 milliards d'actifs sous gestion ainsi qu'environ 1900 employés.»

Quelles sont les activités principales de l'ASV/ASWM?

Notre objectif consiste à échanger entre «pairs» et promouvoir notre métier. Nous sommes tous certes concurrents mais il y a de nombreux sujets sur lesquels nous pouvons collaborer, apprendre les uns des autres. Il est possible de s'entraider, de partager des idées ou des conseils dans différents domaines; investissement, la réglementaire, rentabilité, etc. Cette philosophie nous a permis aujourd’hui de réunir 41 membres.

Quel est le profil de vos membres, comment se répartissent-ils en Suisse?

Un peu plus de la moitié, soit 54%, sont basés en Suisse alémanique, alors qu'un peu plus du tiers (34%) proviennent de Suisse romande et 12% du Tessin.

Nous avons réussi à intégrer des sociétés de toute la Suisse, avec leur culture spécifique, mais tout en défendant un intérêt commun. Collectivement, nos membres représentent à peu près 150 milliards d'actifs sous gestion ainsi qu'environ 1900 employés. C’est suffisamment important pour que les plus grandes banques de Suisse veuillent participer à notre événement! Mais nous ne cherchons pas à grossir à tout prix: tout d’abord parce qu’il n’y a pas beaucoup de gérants indépendants avec plus d’1 milliard sous gestion, et d’autre part pour garder cet esprit de club, où les membres se connaissent, échangent avec confiance, et intègrent 2 ou 3 nouveaux membres chaque année.

Entretenez-vous aussi des contacts réguliers avec les instances réglementaires?

Oui, nous avons des contacts réguliers avec la Finma. Lors de notre dernière réunion, ses représentants ont par exemple voulu avoir notre avis au sujet des premiers audits suite à la mise en place de la LSFin et la LEFin. Il s'agit d'échanges entre le régulateur et les praticiens, et non de lobbying; nous n’avons pas d’agenda lors de ces rencontres. Nous représentons les gérants indépendants les plus structurés, les plus grands en taille et nous pouvons apporter à la Finma un retour consolidé sur la nouvelle législation et sa mise en œuvre pratique.

«Je ne crois pas à une consolidation de grande ampleur, car nous faisons avant tout un métier de relations humaines, sur lesquelles on ne peut pas faire d’économies d'échelle.»

L'évolution technologique a-t-elle un impact important sur votre activité, par exemple en ce qui concerne les aspects de banque dépositaire ou les processus de règlement-livraison des titres?

En ce qui nous concerne, la fluidité technologique et en particulier l’échange de données avec les différentes banques est absolument crucial. Une des six catégories d’Awards attribués mardi dernier porte d'ailleurs sur la technologie. Nos membres ont ainsi récompensé les meilleures banques dans ce domaine-là.

En ce qui concerne la structure des membres de votre association, observez-vous une tendance à une plus grande concentration? Va-t-on vers une consolidation dans la branche?

Mon observation est que l'on ne s'oriente pas vers une consolidation. Il y a certes des sociétés qui disparaissent, d'autres qui n'ont pas renouvelé leur licence, des gérants qui sont partis à la retraite, des sociétés trop petites qui sont allées rejoindre d’autres structures. Et effectivement, parfois quelques fusion/acquisition. Mais ça ne fait pas un mouvement global de marché. Aujourd'hui, il y a à peu près 1600 sociétés qui ont obtenu une autorisation de gestionnaire de fortune de la Finma, ainsi que celles qui possèdent la licence de gestionnaires de fortune collective.

Mais ce que l’on note, c’est que la Finma autorise chaque année un nombre important de nouvelles sociétés, entre 60 à 70, et ce malgré une réglementation plus contraignante. Nous sommes donc sur un marché dynamique, en croissance.

Je ne crois pas à une consolidation de grande ampleur, car nous faisons avant tout un métier de relations humaines, sur lesquelles on ne peut pas faire d’économies d'échelle comme dans certains autres domaines d'activités.

L'idée selon laquelle il y aurait un mouvement de consolidation en cours ou qu'il serait imminent est probablement entretenue par les sociétés actives dans les M&A ou des sociétés conseils. La réalité est que cela ne s’est pas matérialisé depuis 20 ans qu’on en parle.

«Le fait de pouvoir annoncer la participation des Messieurs Sergio Ermotti, Stefan Bollinger et Sven Holstenson a certainement contribué à ce succès.»

Vous croyez donc plutôt au maintien d'une grande diversité d'acteurs qui interagissent entre eux plutôt qu'à un grand mouvement de consolidation?

Mon intuition est que l'on va continuer à aller vers un modèle où les banques  jouent un rôle extrêmement important pour le safe custody et l’offre de crédit, les gérants d'actifs se concentrent sur les produits de gestion, et les gestionnaires indépendants gèrent la relation personnelle avec leurs clients.

En fin de compte, le vrai sujet, c'est de faire ce qu'il y a de mieux pour le client.

Est-ce que vous constatez une réduction du nombre de relations bancaires pour les gérants?

Pour établir le palmarès des Bank Awards, nous demandons à tous nos membres de remplir un long questionnaire dans lequel ils indiquent avec quelles banques ils travaillent, le montant des actifs déposés dans chaque banque, et bien sûr d’évaluer les relations avec ces banques selon un certain nombre de critères. Nous avons constaté qu'au sein de l'Alliance, nos membres travaillent avec davantage de banques dépositaires que ce n'était le cas il y a six ans. Cela montre que les clients, notamment les plus fortunés, privilégient la multi-bancarisation et que les gérants s’adaptent aux besoins de leurs clients.

Quelles sont les qualités clés de ces banques dépositaires?

Nous avons départagé les 27 banques éligibles (celles qui ont le plus de relation de travail avec nos membres) selon des critères exhaustifs. Par exemple sur la technologie; on le voit dans les retours des questionnaires, les banques qui ont le plus investi dans l'infrastructure technologique ont été récompensées par les gérants indépendants. L'excellence opérationnelle est un autre point très important, car elle nous fait gagner un temps précieux. Autre qualité primordiale, c'est la partie équipe. La continuité du relationship manager est cruciale pour maintenir une collaboration efficace.

S'agissant des participants à l'événement de mardi, quelles étaient leurs attentes en général? Est-ce qui a changé par rapport aux années précédentes?

L’événement des Bank Awards de l’ASWM est devenu à ma connaissance le seul en Suisse qui réunit autant de «C-level», tant du côté de la trentaine de banques représentées que du côté des plus grands gérants indépendants. Nous avons également convié d’autres acteurs importants de cet écosystème, tels des auditeurs, journalistes, associations professionnelles, mais n’avons volontairement pas invité d’asset managers ni de fournisseurs de produits, afin de garder un état d’esprit non commercial à l’événement. Au total, ce sont 200 personnes qui se sont réunies mardi. Le fait de pouvoir annoncer la participation des Messieurs Sergio Ermotti, Stefan Bollinger et Sven Holstenson a certainement contribué à ce succès. Cet événement qui réunit autant de personnes, concurrentes mais prêtes à travailler ensemble, correspond bien à la philosophie de l'Alliance, le but étant de faire avancer le service que l’on peut offrir aux clients. 

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