Comment l’IA et les finfluencers changent l’investissement

Emmanuel Garessus

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Simon Klein, de DWS, l’un des acteurs les plus connus sur la scène des ETF en Europe, juge positif l’effet des réseaux sociaux.

 

DWS, l’un des plus grands gérants d’actifs, réorganise sa stratégie commerciale. Depuis juin dernier, la structure n'est plus axée sur les produits ni sur les régions, mais sur les segments de clientèle. Cette dernière est ainsi structurée autour des segments «Private Wealth» et «Institutional». Le changement vise à fournir des solutions à des clients dont les besoins sont changeants.

Le nouveau responsable mondial de la «Private Wealth» est Simon Klein (anciennement responsable mondial des ventes Xtrackers). Il est donc responsable de 60% des actifs sous gestion de DWS et de trois quarts des revenus.

Cet été, PostFinance lance, en collaboration avec DWS, le premier ETF multi-actifs Xtrackers à destiné aux investisseurs suisses, le PostFinance Global Portfolio Xtrackers UCITS ETF. L’ETF investit de manière largement diversifiée dans plusieurs classes d’actifs et met en œuvre l’allocation stratégique d’actifs de PostFinance. Il comprend des actions mondiales issues de pays industrialisés et émergents, mais se distingue nettement des solutions classiques purement indiciaires: la part des actions européennes, et en particulier suisses, est délibérément surpondérée. Le portefeuille, qui reflète la vue du CIO de Postfinance, est complété par des placements alternatifs tels que l’or et l’immobilier suisse. La composition est rééquilibrée tous les six mois. Simon Klein, le nouveau responsable de Private Wealth de DWS répond aux questions d’Allnews:

Quelles sont les formes d’ETF actifs les plus recherchées en ce moment?

Les ETF actifs visent à allier les avantages propres aux ETF, tels que la transparence, la liquidité et la rentabilité, à une valeur ajoutée active clairement identifiable. Il convient de distinguer les stratégies dans lesquelles les investisseurs cherchent à tirer profit soit d’une sélection discrétionnaire, soit d’une sélection quantitative des titres. Dans le domaine multi-actifs, les ETF actifs sont établis depuis longtemps, même s’ils ne portaient pas encore cette appellation à l’époque. Notre ETF «Portfolio» a désormais 18 ans. Nous adoptons également une approche multi-actifs dans le cadre de notre ETF de coopération récemment lancé avec PostFinance. Cet ETF repose sur les décisions d’allocation du directeur des investissements (CIO) de PostFinance et investit de manière largement diversifiée sur les marchés boursiers mondiaux, complétés par des placements alternatifs tels que l’or et l’immobilier suisse.

«La demande de solutions d'investissement liées à l'IA reste forte, tout en se diversifiant.»

Sinon en Europe, les ETF actifs actuels sont surtout achetés par les responsables de l’allocation d’actifs de banques privées et les gérants d’actifs qui visent une surperformance par rapport à l'indice de référence à travers une stratégie active, quantitative. La demande en Europe est moindre de la part des investisseurs privés (retail).

L’année dernière, nous avons enregistré un fort afflux dans notre gamme Enhanced Active, puisqu’ils ont entre-temps collecté plus d’un milliard d’euros. Ces produits relèvent de la première catégorie et s'adressent donc plutôt aux investisseurs professionnels.

D'une manière générale, on peut dire qu’en Private Wealth, en tant que DWS, nous avons de nombreuses solutions, des ETF aux mutual funds classiques, en passant par les portefeuilles modèles classiques. Notre tâche consiste à fournir les briques qui répondent aux différents acteurs du marché.

Quelle est la demande actuelle en solutions liées à l’IA?

La demande de solutions d'investissement liées à l'IA reste forte, tout en se diversifiant. Les investisseurs recherchent de plus en plus non seulement les valeurs technologiques évidentes, mais aussi des opportunités d'investissement tout au long de la chaîne de valeur de l'IA: des semi-conducteurs et des centres de données aux entreprises qui intègrent avec succès l'IA dans leurs modèles économiques.

Notre ETF sur l’IA et Big Data a été lancé bien avant que le thème ne devienne populaire en largeur. Sa structure avec analyse des brevets était très innovante. L’ETF s’est penché sur l’ensemble des licences déposées dans certains domaines afin de déterminer les sociétés disposant de la plus grande capacité d’innovation. Nous voulions ainsi investir dans les gagnants de demain dans le cadre d’une approche prospective. Dans ce domaine également, nous proposons des mutual funds actifs; nous avons donc des solutions adaptées à chaque stratégie et à chaque canal de distribution.

C’est avec ce même processus de sélection qu’avec notre ETF AI et big data, nous avons aussi lancé un ETF sur le thème de l’électrification. Il tient compte de l'électrification de l'économie et investit notamment dans l’automobile électrique, des data centers, de l’IA.

L’un des grands défis de l’investisseur consiste à éviter les risques de concentration (Etats-Unis, Technologie). Est-ce que la gestion passive est encore adaptée? Comment la remplacer?

La gestion passive constitue un élément important et rentable du portefeuille. Cependant, sur un marché de plus en plus concentré, les investisseurs doivent examiner de plus près les risques qu’ils prennent réellement avec un indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière et, le cas échéant, compléter leurs placements passifs de manière ciblée par des approches actives ou des indices alternatifs. Nous avons ainsi été les premiers à lancer un ETF MSCI World ex US. C’est à l’investisseur de décider s’il souhaite investir dans les technologies américaines et, le cas échéant, dans quelle proportion. C’est précisément cette possibilité que nous offrons avec un tel produit. Pour pallier les inconvénients d’un indice basé sur la capitalisation boursière, l’investisseur peut également envisager un ETF à pondération égale sur les actions américaines, ce qui se traduit par une pondération favorisant les petites et moyennes capitalisations.

Nous avons bien sur l’avantage d’être présents dans la gestion active depuis 70 ans. Notre expertise nous permet d’identifier très tôt des sujets comme les risques de concentration et d'y remédier.

Nous offrons d’une manière générale des solutions d’allocations d’actifs qui répondent aux différents groupes de clients. L’un de nos blockbusters est par exemple DWS Top Dividende, qui dépasse les 25 milliards d’euros d’actifs. Mais sur le plan thématique également, nous sommes bien positionnés en tant qu’acteurs du marché et proposons, par exemple, avec notre fonds «Critical Tech», un produit qui s’inscrit parfaitement dans l’actualité.

Comment l’investisseur a-t-il changé de stratégie avec l’émergence de l’IA?

Dans la pratique, l'IA est à l'origine d'un changement. Auparavant, l’investisseur utilisait Google pour ses recherches. Aujourd’hui, il s’appuie sur les LLMs comme ChatGPT, Claude ou autres. Pour nous, en tant que prestataire, il importe que ces agents trouvent les informations que nous fournissons. C’est ici qu’intervient notre présence sur les réseaux sociaux, aussi à l’aide des finfluencers. Nous devons offrir un contenu de qualité sur les réseaux sociaux même si nous savons qu’il n’est pas nécessairement un produit sur mesure pour chaque individu.

Est-ce que les réseaux sociaux jouent un rôle positif dans l’éducation financière?

Oui, en principe, même s’il n’existe pas de certifications prouvant leurs qualités. Pour nous, ces canaux offrent des opportunités: sur Instagram, par exemple, nous abordons des thèmes liés à l'investissement, comme ceux dont nous avons parlé ici, à savoir des explications sur la composition des ETF ou encore des dossiers consacrés à la gestion des risques de concentration. Ces développements vont de pair avec le fait que l’investisseur décide de plus en plus souvent lui-même les investissements qu’il désire et la composition du portefeuille. Un dépôt de prévoyance est un bon exemple.

Est-ce que les jeunes investissent différemment de leurs parents?

Absolument. Mes parents plaçaient leurs économies «sous le matelas». En Allemagne, les citoyens ont longtemps privilégié leur carnet d’épargne. La performance était quasi nulle après l’inflation. L’intérêt pour l’investissement et l’éducation financière ont longtemps fait défaut. Cet état d’esprit a changé notamment depuis le covid, avec la digitalisation accélérée de l’économie.

Aujourd’hui, les épargnants cherchent à s’informer sur internet, où ils trouvent les informations des groupes financiers comme des finfluencers. C’est une tendance positive. On y parle beaucoup des produits financiers, de leur performance et des coûts. Finalement c’est l’investisseur qui prend ses décisions, épargne et assume ses choix.

Quelqu’un qui investit encore 30 ans avant sa retraite doit naturellement privilégier les actions. Les décisions sont souvent mises en oeuvre avec les courtiers en ligne.

Il existe toutefois de nombreux autres investisseurs qui préfèrent visiter des conseillers dans une succursale. Une solution active a besoin d’être expliquée, sur le net ou ailleurs.

Aujourd'hui, les investisseurs utilisent les réseaux sociaux et entrent ainsi en contact avec des «finfluencers». Autrefois, tous les investisseurs, y compris certainement ici en Suisse, connaissaient encore les journalistes de télévision qui couvraient l'actualité de Wall Street. Cela se passe désormais aussi sur les réseaux sociaux.

Les marchés obligataires sont à la peine. Pour les jeunes, quelle classe d’actifs remplace les obligations dans le portefeuille?

Les investisseurs peuvent par exemple aussi investir dans les marchés monétaires et y obtenir de bons rendements, intéressants précisément dans le contexte d’une hausse des taux d’intérêt. Je pense par exemple à notre Euro-Overnight-ETF. L’or profite aussi de ses vertus de diversification et de protection contre l’inflation. La crypto en est encore à ses débuts, du moins en Allemagne alors qu’elle est plus avancée dans un pays comme la Suisse.

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