Chronique des taux de la banque Eric Sturdza

Eric Vanraes, Banque Eric Sturdza

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Les courbes s’aplatissent en attendant la Fed.

Les taux longs ne veulent décidément pas monter

La semaine qui vient de s’écouler a été plutôt calme. Les statistiques CPI et PPI d’inflation aux Etats-Unis ont été conformes aux attentes et les adjudications de bons du Trésor US se sont finalement bien déroulées. Ainsi, la courbe des US Treasuries est repartie en «flattening» avec un taux à deux ans en légère hausse, un 5 ans stable et des rendements à 10 et 30 ans en légère baisse. Par conséquent, le spread 2-30 ans s’est détendu d’une dizaine de points de base pour atteindre 80 bp!

En Europe, les taux allemands se sont détendus sur toutes les maturités avec, en fin de semaine dernière, un retour du 5 ans en territoire négatif et un Bund 10 ans clairement au-dessous de 0,60%. Dans la périphérie, le 10 ans italien s’est stabilisé, son homologue espagnol s’est détendu d’une dizaine de points de base en parfaite harmonie avec le Bund alors que le taux portugais s’est encore distingué avec une détente plus marquée propulsant le 10 ans à 1,72%, soit 26 points de base au-dessous du taux italien.

«En taxant l’acier chinois, les américains prennent le risque
que Pékin n’achète plus autant de Treasuries que par le passé.»

Cela fait quelques semaines que nous nous demandons si nous n’avons pas déjà atteint les plus hauts sur les taux longs US. Plus le temps passe et plus le 10 ans US à 3,25% semble difficile voire impossible à atteindre. Notre conviction est inchangée: il n’y a qu’une chance sur deux désormais de voir les taux 10 et 30 ans corriger et si cela devait se produire, ce ne serait pas dû à la macroéconomie mais aux flux, notamment lors d’adjudications. En taxant l’acier chinois, les américains prennent le risque que Pékin n’achète plus autant de Treasuries que par le passé!

Mercredi, jour de Fed

Les investisseurs vont focaliser toute leur attention sur le FOMC de demain. En ce qui concerne les taux, il n’y aura sans doute pas de grande surprise, tant la première hausse de l’année est attendue. Elle serait sans doute intervenue plus tôt sans le passage de témoin de Janet Yellen à Jerome Powell. D’ailleurs, le Libor 3 mois en dollars s’affiche déjà au-dessus de 2,20%.

L’essentiel sera dans la publication des «dot plots» qui nous donnera de précieux enseignements sur le nombre de hausses à attendre cette année. A priori ces fameuses projections devraient être inchangées mais la moindre parcelle d’information suggérant une politique plus restrictive sera scrutée à la loupe.

Pour l’instant, nous continuons à penser que la Fed va rester très prudente. Les membres les plus «hawkish», après avoir été rassurés sur les craintes inflationnistes, risquent en effet de voir leur position infléchie par les velléités protectionnistes de Donald Trump. Dans ce contexte, nos convictions sont également renforcées: nous préconisons de favoriser des stratégies de barbell en panachant taux flottants indexés sur le Libor 3 mois (rendement autour de 2,7%), emprunts corporates de grande qualité à 2 ans et Treasuries à maturité très longue (rendements de 3% pour ces deux stratégies).

Marge de manœuvre réduite pour Yi Gang

La banque centrale chinoise, PBoC, a un nouveau gouverneur en la personne de Yi Gang (PhD de l’Université de l’Illinois) qui occupait jusqu’à présent le poste de vice-gouverneur. Cette nomination qui était attendue rassure les marchés car c’est un signe évident de continuité dans la politique monétaire chinoise.

En effet, ce nouveau gouverneur appliquera la même politique que son prédécesseur mais il sera en outre surveillé de près par Xi Jinping. Pour ce faire, ce dernier a nommé comme vice-gouverneur son principal conseiller économique, Liu He, diplômé de Harvard, qui sera sans doute le véritable metteur en scène de la politique monétaire chinoise.

«Une arme supplémentaire dans son arsenal n’est pas inutile
lorsque l’adversaire décide de vous déclarer la guerre.»

Il faut surtout voir dans la nomination de Liu He au poste de numéro deux la volonté de Pékin de donner à sa politique monétaire des accents géopolitiques plus prononcés. Une arme supplémentaire dans son arsenal n’est pas inutile lorsque l’adversaire décide de vous déclarer la guerre.

A suivre cette semaine

L’activité des banques centrales ne se résume pas à la Fed et à la PBoC. Jeudi aura lieu à Londres un comité de politique monétaire de la BoE très intéressant. Si à très court terme l’optimisme est de rigueur après l’accord de transition trouvé hier sur le Brexit, la situation macroéconomique du Royaume-Uni est un véritable casse-tête pour banquier central. Si les craintes inflationnistes sont partiellement infondées dans les grands pays développés, elles sont bien réelles outre-Manche.

En janvier, le CPI s’élevait à 3%, soit l’objectif de la BoE et le chiffre de février sera connu ce matin à 10h30. En revanche, la croissance économique est clairement à risque et au fur et à mesure que le Brexit se rapproche, le risque de fort ralentissement voire de récession augmente. La BoE va se retrouver dans une situation inextricable, l’inflation l’obligeant à devoir monter ses taux et les perspectives macroéconomiques l’incitant à les baisser.