Les Etats-Unis bientôt en récession?

Philippe G. Müller, UBS

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Les déclarations en provenance des deux camps suggèrent que ni les Etats-Unis, ni la Chine ne sont pressés de trouver un accord.


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Alors que les tensions commerciales entretiennent l'incertitude, un certain nombre de prévisionnistes ont récemment revu à la baisse leurs attentes concernant la croissance et les bénéfices. Idem pour leurs prévisions de fin d'année pour les rendements à long terme.

Les marchés obligataires tablent manifestement sur un ralentissement de la croissance. L'accentuation des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine a fait tomber le rendement des bons du Trésor américain à dix ans de 2% au début du mois d'août à 1,46% dans le courant de la semaine dernière.

Une trêve peu probable

Le risque de récession s'est accentué en raison de cette escalade. Après le récent relèvement des droits de douane américains, un taux de 25% ne peut plus être considéré comme un plafond. Les déclarations en provenance des deux camps suggèrent que ni les Etats-Unis, ni la Chine ne sont pressés de trouver un accord.

Une poursuite de l'escalade qui verrait de nouveaux droits de douane
être instaurés précipiterait probablement l'économie en récession.

Au deuxième trimestre, l'investissement des entreprises aux Etats-Unis a enregistré une contraction et les signes d'un gel des embauches et des investissements doivent être suivis de près. Par conséquent, la Recherche d’UBS table sur un ralentissement de la croissance économique à 1,3% l'an prochain, contre 2,3% cette année.

Récession ou ralentissement de l’économie

Si tous les droits de douane actuellement proposés sont mis en place, l'économie flirtera avec la récession au premier semestre 2020. Par conséquent, une poursuite de l'escalade qui verrait de nouveaux droits de douane être instaurés sur les biens de consommation, voire sur les automobiles, précipiterait probablement l'économie en récession.

Néanmoins, en dépit du ralentissement de la croissance, la Recherche d’UBS pense toujours que l'économie américaine échappera à la récession au sens technique du terme (deux trimestres consécutifs de contraction du PIB).

Lors de sa réunion du mois de septembre, la Réserve fédérale américaine devrait baisser ses taux de 25 points de base et récidiver à quatre reprises d'ici la fin 2020. Cette politique plus souple n'empêchera pas l'économie de ralentir et ne peut pas atténuer l'incertitude sur le front commercial, mais elle devrait empêcher l'économie de tomber en récession.

Abaissement des taux de la Fed

Quelles seront les répercussions de cette croissance molle et de ces taux plus faibles sur les bons du Trésor? A court terme, les rendements devraient rester sous pression, achevant l'année à 1,5%. A moyen terme, les perspectives pour les rendements dépendront de la croissance.

Il est déconseillé aux investisseurs de sous-pondérer nettement
les actions dans l'optique d'une récession «classique».

Il faudrait une poursuite de l'escalade des tensions commerciales et/ou des signes d'une contraction de la consommation des ménages américains pour que les rendements baissent encore significativement.

Si les Etats-Unis entraient en récession, la Fed pourrait baisser ses taux afin qu'il se rapprochent de 0% et les rendements du Trésor pourraient tomber à 1%, voire moins. Toutefois, si les indicateurs économiques amorcent un redressement et si le scénario de référence sur la croissance se vérifie, les rendements à dix ans devraient se stabiliser autour des niveaux actuels.

Réduire l’exposition des actions

Comment les investisseurs doivent-ils se positionner? Il convient certainement de parer au risque événementiel lié au différend commercial en attendant d'y voir plus clair. Par conséquent, la Recherche d’UBS a récemment mis un terme à sa surpondération des actions mondiales par rapport aux obligations de tout premier ordre dans son allocation d'actifs tactique. Désormais, elle sous-pondère légèrement les actifs risqués.

Il est toutefois déconseillé aux investisseurs de sous-pondérer nettement les actions dans l'optique d'une récession «classique». Après une performance absolue satisfaisante pour les obligations et les actions cette année, il convient plutôt de réduire son exposition pour gérer les risques.

Un environnement caractérisé par une croissance économique faible mais positive, des rendements obligataires stables, des banques centrales qui ont déployé un filet de sécurité pour les actions et des tensions commerciales qui limitent la hausse des actions sont propices à la mise en œuvre de stratégies de portage.

Dans l’allocation d'actifs tactique de la Recherche d’UBS, certaines devises émergentes, les obligations souveraines émergentes en devise forte et les obligations investment grade en euro sont surpondérées.