La Bourse américaine a initié une correction

Axel Botte, Ostrum AM

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Le décrochage est intervenu lors de la période de blackout des publications trimestrielles.

Le coup de semonce sur les marchés d’actions américains nous rappelle à la fois la fragilité des valorisations gonflées par les programmes de rachats d’actions et l’absence d’échappatoire en Europe et en Asie lorsque le S&P500 tangue. L’indice large de la Bourse américaine s’inscrit en baisse de 6% depuis le sommet du 3 octobre. Les stars de la cote en 2018 subissent logiquement les plus lourdes prises de profit. Les baisses sectorielles semblent s’échelonner selon leur sensibilité à l’indice de marché.

Cette correction boursière pourrait paraitre banale. Cependant, le décrochage est intervenu lors de la période de blackout des publications trimestrielles pendant laquelle les rachats d’actions sont suspendus. Ces transactions ont sans doute joué un grand rôle dans le prolongement du marché haussier aux Etats-Unis. La politique monétaire expansionniste, les rapatriements de trésorerie permis par la réforme fiscale de 2017 et le traitement fiscal des plus-values en font des programmes de rachats d’actions l’instrument privilégié du retour à l’actionnaire pour les entreprises cotées.

Les opérations de fusions et acquisitions contribuent aussi à la disparition de la base de capital: environ 3% du flottant est retiré de la cote chaque année. Sur le plan macroéconomique, les rachats nets des émissions d’actions atteignent 840 milliards de dollars en rythme annuel au deuxième trimestre 2018 dans le secteur non-financier, un niveau inédit depuis la fin de l’année 2017 (987 milliards de dollars). Ainsi le secteur des entreprises est devenu l’acheteur marginal d’actions aux Etats-Unis.

La performance des marchés US va être freinée
par le durcissement des règles d’investissements étrangers.

Le durcissement des règles d’investissements étrangers dans 27 secteurs industriels américains attendu pour novembre constituera un frein à la performance boursière américaine. Cet équilibre instable repose sur une hausse constante du levier financier des entreprises en absence d’injections de capital des épargnants (ménages, institutionnels). Le resserrement monétaire y mettra un terme. Pis, près de 80% des introductions en bourse depuis 6 ans concernent des sociétés affichant des pertes.

Les marchés asiatiques et européens ne peuvent s’affranchir de la dynamique américaine. Le risque protectionniste en Asie et l’imbroglio italien et le Brexit en Europe s’ajoutent à la pression vendeuse en provenance des Etats-Unis. Un accord entre l’UE et le Royaume-Uni reste hypothétique à ce stade, la question nord-irlandaise semblant sans issue.

La baisse du billet vert reprend avec la réouverture des déséquilibres commerciaux et la hausse irresponsable du déficit fédéral américain. L’appréciation du yen et de l’euro accentuent la baisse des cours boursiers japonais et européens. En Europe, seuls quelques secteurs échappent au courant vendeur. Les banques, les valeurs de télécommunications limitent la casse. Les secteurs cycliques sont lourdement sanctionnés (chimie, ressources de base).

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