Guerre commerciale: l’économie mondiale en état d’alerte

AWP

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Les menaces et les représailles de ces derniers jours entre les Etats-Unis et la Chine ont renforcé les craintes des économistes.

Les économistes mettaient en garde depuis des mois contre les risques d’une escalade de la guerre commerciale pour l’économie mondiale, qui montre déjà des signes d’essoufflement. Les menaces et les représailles de ces derniers jours entre les Etats-Unis et la Chine ont renforcé ces craintes.

Le président américain a menacé d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les importations chinoises, la Chine a répliqué en laissant chuter sa devise vis-à-vis du dollar et Washington a aussitôt dénoncé une manipulation du yuan, faisant craindre une guerre des monnaies.

Un regain de tension qui a provoqué une tempête sur les marchés et intervient au moment où l’économie mondiale donne des signes de faiblesse, avec une croissance chinoise qui a signé au deuxième trimestre sa plus faible performance depuis au moins 27 ans, celle de la zone euro qui a subi un coup de frein, pénalisé par l’Allemagne, sans oublier les incertitudes liées au Brexit.

Cette recrudescence des tensions a pris les marchés «par surprise après la trêve accordée entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping lors du sommet du G20 d’Osaka (Japon) à fin juin et après la décision des deux parties de reprendre les négociations», a estimé la banque suisse Lombard Odier.

Pourtant, «ni les annonces de droits de douane supplémentaires par M. Trump la semaine dernière, ni la dévaluation du yuan ne sont objectivement un gros problème», a constaté le prix Nobel d’économie Paul Krugman dans sa chronique du New York Times.

«Pourquoi ces petits chiffres ont-ils de pareilles conséquences? Principalement parce que nous avons appris, sur les principaux protagonistes de ce conflit commercial, des choses qui rendent plus probable une guerre commerciale plus longue et plus importante que ce qui était prévu quelques jours plus tôt», a-t-il écrit.

«C’est une nouvelle escalade dans une relation bilatérale qui se détériore et qui peut encore s’aggraver», a redouté le cabinet d’analyse Capital Economics, n’écartant plus que les pires scénarios prévus ne se concrétisent.

Pas encore «tous aux abris»

Les institutions internationales comme le FMI et l’OCDE redoutent depuis plusieurs mois une escalade qui déboucherait sur une guerre commerciale ouverte et emporterait avec elle la fragile croissance mondiale.

Fin juillet, le FMI avait d’ailleurs revu à la baisse sa prévision de croissance mondiale pour 2019 à 3,2%.

«Il faut absolument réduire les tensions commerciales et technologiques dont l’escalade pourrait perturber de façon significative les chaînes d’approvisionnement», a alors prévenu Gita Gopinath, la cheffe économiste du Fonds monétaire international.

Deux semaines plus tard, c’est exactement le contraire qui s’est produit.

«Les mesures Trump accentuent le risque de dégradation ou de rupture, mais nous ne sommes pas encore entrés dans la phase +tous aux abris+», a nuancé pour l’AFP Philippe Waechter, directeur de la recherche à Ostrum Asset Management. «L’économie mondiale ralentit, mais nous n’avons pas encore atteint le point de rupture.»

«Nous sommes dans un environnement très dangereux pour le commerce mondial», a affirmé à l’AFP Rajiv Biswas, analyste du cabinet IHS Markit, qui craint les conséquences d’une guerre des monnaies: si les échanges commerciaux chutent et que les taxes et les dévaluations font fléchir la consommation, les Etats-Unis risquent au bout du compte d’être eux-mêmes touchés.

«Notre perception est que les mesures douanières que prend M. Trump sont pénalisantes pour le consommateur américain qui voit le prix des importations augmenter», a prévenu M. Waechter. «L’économie américaine est probablement dans une phase plus fragile qu’on ne l’imagine».

L’économie des Etats-Unis, qui traverse une période de croissance d’une durée exceptionnelle, commence à montrer des signes d’essoufflement avec des créations d’emplois moins nombreuses et des exportations en baisse.

La Réserve fédérale a d’ailleurs baissé ses taux d’intérêts mercredi, pour la première fois en 11 ans, en guise d’»assurance» face aux incertitudes liées aux tensions commerciales, à la médiocre croissance mondiale et à la faiblesse de l’inflation.

Si la guerre commerciale devait s’aggraver, les Banques centrales pourraient se trouver à court de munition. «Elles n’ont plus beaucoup de marge de manoeuvre et les gouvernements n’ont pas très envie de recourir à l’arme budgétaire», a prévenu M. Waechter.