Devinette pour banques centrales

Mark Holman, TwentyFour Asset Management

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L’année 2020 aurait dû être paisible, mais un virus est venu perturber les prévisions de taux. Quelle banque centrale sera la première à dégainer?


© Keystone

En 2019, les banques centrales ont procédé à plus d’une centaine de baisses de taux à travers le monde. Par conséquent, on pouvait s’attendre à ce qu’elles passent à un mode attentiste cette année. Lors de la recherche des éventuelles valeurs refuges en matière de taux, nous avons principalement centré notre attention sur les courbes de rendement de pays à devises fortes tels que les États-Unis, l’Europe, le Royaume-Uni et l’Australie. Tous ces marchés de taux offrent en effet une bonne liquidité et ils affichent en général des corrélations négatives avec les actifs à risque.

Cela signifie que la majorité des investisseurs taux fixes y recourent lors de la construction de leurs positions en actifs sans risque. De plus, compte tenu de l’attitude non interventionniste des banques centrales ainsi que de l’absence de véritables signaux de reprise de l’inflation, il était récemment assez facile pour les investisseurs de réallouer leurs actifs dans ce sens.

Un virus dans les prévisions

Du point de vue macroéconomique et selon nos prévisions pour 2020, le ralentissement mondial de l’économie aurait dû atteindre son point bas au 1er trimestre et la croissance devait connaître une légère reprise durant l’année. La Fed réussirait l’exercice périlleux de permettre à l’économie américaine d’atterrir en douceur. Par ailleurs, étant donné que les conditions d’un relèvement des taux semblaient difficiles à envisager, toute intervention de la banque centrale américaine irait probablement dans le sens d’un assouplissement que de nouvelles difficultés d’ordre géopolitiques auraient pu exiger. Toutefois, ces prévisions n’anticipaient pas l’apparition du coronavirus.

Ce premier trimestre 2020 s’est avéré plus compliqué que prévu,
ce qui a conduit un rallye marqué des actifs sans risque.
Qui prendra l’initiative de modifier les taux?

Ce premier trimestre 2020 s’est avéré plus compliqué que prévu, ce qui a conduit un rallye marqué des actifs sans risque. Faut-il en déduire que les banques centrales vont sortir de leur attentisme à brève échéance? La réponse est clairement affirmative. Reste à déterminer laquelle d’entre elles prendra l’initiative d’une intervention.

Nous pouvons exclure d’emblée la Banque d’Angleterre (elle pourrait certes être la première à relever ses taux, mais cette décision n’interviendra probablement pas cette année). Il est également certain que la Banque centrale européenne ne bougera pas. Si, sous la conduite de Mario Draghi, il aurait pu être envisageable qu’elle assouplisse encore sa politique monétaire et qu’elle procède à nouvelle réduction de taux de l’ordre de 10 points de base (pb) pour compenser les mesures introduites en octobre dernier, cette hypothèse devient nettement moins vraisemblable sous la direction de Christine Lagarde. La Fed n’est pas non plus susceptible d’intervenir à brève échéance, même s’il est probable qu’elle le fera un peu plus tard cette année. Le marché table en effet sur une baisse des taux de 25 pb lors de la réunion de la Fed du mois de septembre.

L’Australie en pole position

L’institut d’émission qui pourrait agir le premier dans le sens d’une réduction de ses taux directeurs est la banque centrale d’Australie (RBA). Elle s’est jusqu’à présent abstenue d’intervenir, car son gouverneur, Philip Lowe, garde une vision raisonnablement positive de l’économie. De plus, le niveau de l’emploi a encore progressé au trimestre dernier. Selon les projections de la RBA, la croissance économique du pays devrait s’établir à 2,7% en 2020 puis progresser pour atteindre 3% en 2021. Le chômage devrait reculer pour revenir à 4,75% d’ici la fin 2021 et l’inflation devrait remonter pour atteindre la limite inférieure de sa fourchette cible de 2 à 3% d’ici la mi-2022.

Cette vision paraît optimiste, au vu des sérieuses perturbations qui ont découlé des incendies de forêt qui ont ravagé le pays ainsi que de la proximité de l’épidémie déclenchée par le coronavirus. Cette dernière pourrait d’ailleurs avoir une incidence notable sur la demande chinoise de minerai de fer australien. Partant de là, il est probable que les résultats économiques s’avéreront inférieurs aux attentes et que la RBA se voie contrainte d’agir. Mais sa marge de manœuvre est étroite, de l’ordre de 75 pb, et l’Australie, à l’instar de nombreux autres pays, paraît avoir grand besoin de mesures de relance.

En quoi tous ces constats influencent-ils notre vision des marchés de taux? Le plus simple pour les investisseurs est certainement d’investir dans les obligations d’État australiennes, dont la courbe des rendements ne s’est pas (encore) inversée sur sa partie courte, contrairement à celle des États-Unis. Les bons du Trésor ont effet fortement réagi pour tenir compte des conséquences économiques potentielles de l’épidémie déclenchée par le coronavirus. Le fait que les taux australiens doivent, pour les raisons citées précédemment, être revus à la baisse à brève échéance maintient une certaine pression sur les rendements obligataires australiens même si, comme tout le monde l’espère, les inquiétudes liées à l’épidémie virale s’estompent progressivement.