La chronique des marchés de Vontobel au 10 octobre

Jean Frédéric Nussbaumer, Vontobel

3 minutes de lecture

Nasdaq +1,02%, SPX +0,91%, Dow +0,70%, Russell +0,47%, SOX +1,74%, Eurostoxx +0,85%, SMI +0,30%.

Wall Street rebondit comme prévu, dans de très faibles volumes d’échanges, les plus «intimistes» en trois mois. Le marché est pris en otage par le flux incessant de nouvelles / rumeurs contradictoires émanant de la guerre commerciale entre Pékin et Washington. Hier c’est l’idée que la Chine serait ouverte à un accord partiel, un «mini trade deal», qui ragaillardit les bulls (haussiers). Mais regardez ce qui se passe durant les 15 dernières minutes de la séance, l’indice S&P500 (SPX) tombe comme une pierre en quelques minutes, simplement sur la rumeur que la Chine ne serait pas vraiment optimiste quant à l’issue des négociations, qui reprennent aujourd’hui à Washington. Le future SPX ne sait plus à quel saint se vouer, il a évolué dans une fourchette de trading de plus de 40 points cette nuit, c’est énorme. Le marché bouge même en fonction de la durée que durera la négociation, un ou deux jours, c’est dire si tout cela ne repose sur rien de concret. Et en parallèle, les minutes de la dernière réunion de la Fed sont superbement ignorées, qui montrent combien les membres du FOMC sont inquiets de l’impact potentiel de la guerre commerciale sur la croissance mondiale. Le paysage géopolitique s’assombrit encore un peu plus avec l’entrée des troupes turques sur le territoire syrien, brillante décision de qui vous savez, ce même Donald Trump qui indique qu’il imposera de nouvelles sanctions à l’administration Erdogan si son armée n’est pas aussi humaine que possible pendant l’opération. «Je détruirai son économie si les Kurdes son anéantis» avertit Trump. La livre turque atteint son plus bas niveaux en deux mois et France Inter annonce déjà 15 morts.

Pour en revenir au marché, c’est le secteur de la tech qui mène la charge, à noter que l’indice NYFANG clôture pile sur sa moyenne mobile à 200 jours. Les spreads s’écartent à nouveau sur la partie crédit, inquiétant. Notons que la Grèce lance une obligation à taux négatifs. La volatilité recule, l’indice VIX en baisse de 8,1% à 18,64, le rendement de l’emprunt US à 10 ans remonte à 1,57%, l’or reste au-dessus des 1500 dollars par once et le pétrole revient à 52,42 dollars le baril de WTI Light Crude. Sur le front des monnaies, on note un recul du dollar index DXY à 98,98, la paire euro/dollar revenant à 1,10 ce matin. L’affaiblissement du billet vert est probablement à mettre sur le compte des minutes de la Fed car ce matin les Fed Funds s’attendent à deux baisses de 25 points de base cette année, avant c’était une seule. De nombreux analystes commencent à penser que le billet vert devrait s’affaiblir l’an prochain.

La situation ne s’améliore pas pour Boeing. Selon le Seattle Times, plus de 5% des Boeing 737 NG inspectés dans le monde entier devront être temporairement cloués au sol – Boeing a fourni des chiffres à jour dans un courriel envoyé en fin de journée hier indiquant que 36 des modèles de la prochaine génération présentaient des fissures dans une structure reliant les ailes au fuselage sur les 686 qui avaient été inspectés. L’action Boeing en hausse de 0,22% en séance régulière puis en recul de 0,65% dans le marché après-bourse.

Tentons de faire le point sur la guerre commerciale, sachant que ce dernier sera probablement obsolète quelques minutes après sa publication. La Chine serait désireuse de parvenir à un accord partiel, afin de stopper la dégradation de son économie, selon des informations de presse. Un accord, même à minima, serait de nature à rassurer les marchés financiers s'il mettait fin à l'escalade des droits de douane entre les deux pays. Ainsi, en cas d'échec de cette nouvelle série de pourparlers Washington a prévu de relever dès le 15 octobre les taxes sur l'importation de 250 milliards de dollars de marchandises chinoises, puis d'instaurer des droits de douane sur la totalité des biens chinois importés en décembre. Si Washington renonçait à ces nouvelles taxes, Pékin serait prêt à des concessions, notamment sous la forme d’achats de produits agricoles américains,  selon des sources citées par le Financial Times. La Chine ne serait cependant pas disposée à avancer sur des dossiers plus fondamentaux, pourtant chers à Washington, à commencer par une réforme de la politique industrielle chinoise, ainsi que la question des subventions d'Etat. A ce stade, il n'est pas certain que l'administration Trump se satisfera d'un accord partiel. La semaine dernière le président lui-même avait affirmé qu'il voulait un accord complet, ou pas d'accord du tout. Certaines sources estimaient cependant que Pékin pourrait obtenir gain de cause, le président Trump ayant besoin d'un accord, même partiel, pour redorer son blason au moment où il fait face à une procédure de destitution de la part des démocrates du Congrès. Mardi, Washington a néanmoins choisi d'accroître la pression sur la Chine, en plaçant sur sa liste noire 28 entités chinoises, dont 8 technologiques invoquant la répression menée par le régime chinois contre les Ouïghours, un peuple musulman turcophone vivant dans la province du Xinjiang. En complément, les Etats-Unis ont annoncé mardi des «restrictions» dans l'octroi de visas américains à des responsables du gouvernement et du Parti communiste chinois accusés d'être «responsables» d'une «campagne de répression» au Xinjiang.

L'actualité macroéconomique est dense aujourd'hui. Les commandes de machines japonaises ont largement déçu ce matin. Dans la suite de la journée, nous retiendrons notamment la production industrielle française, qui est ressortie nettement en-dessous des attentes, les données mensuelles sur l'économie britannique (10h30), l'indice des prix à la consommation aux Etats-Unis(14h30) et les inscriptions hebdomadaires au chômage aux Etats-Unis (14h30).

LafargeHolcim aurait renoncé à racheter les activités de chimie de la construction de BASF, car l'Allemand était trop gourmand sur le prix, qui avoisinerait 3 milliards d’euros. Apple a supprimé une application, HKmap.live, utilisée par les manifestants de Hong Kong pour suivre les mouvements policiers. Mark Zuckerberg (Facebook) sera auditionné par une commission de la chambre des représentants américaine sur la Libra dans le courant du mois. Philips émet un avertissement sur bénéfices futurs et plonge de 10% à l’ouverture. Goldman Sachs reprend la couverture de Volkswagen avec une recommandation d’achat, le titre VW en hausse de 1,5%.

Impressionnant ! LVMH fait totalement fi de la guerre commerciale en cours. La firme a réalisé un chiffre d’affaires de 38,4 milliards d’euros sur les neuf premiers mois (+16%). La croissance organique des ventes ressort à 11% par rapport à la même période de 2018. Les Etats-Unis et l'Europe connaissent de bonnes progressions sur le trimestre tout comme l'Asie, malgré un contexte difficile à Hong Kong. Louis Vuitton accomplirait une performance remarquable dans tous ses métiers et dans toutes les régions. L’action LVMH en progression de 4,7% ce matin.

Attention à Amazon, qui réalisera sa «death cross» aujourd’hui, un signal de vente pour les traders.

Personne n’en parle mais, selon Bloomberg, Hong Kong s'enfonce dans une récession sans reprise en vue - la première depuis la crise financière mondiale - et les perspectives d'une reprise immédiate sont minces alors que la ville fait face à ses manifestations les plus violentes depuis des décennies. Le PIB s'est contracté au deuxième trimestre, presque certainement au troisième trimestre et les données continuent de se détériorer. Les effets de la guerre commerciale américano-chinoise, conjugués à l'absence de pouvoir d'achat des touristes, laissent également entrevoir une contraction pour l'ensemble de l'année.