La fascination de l’ogre

Présélection prix Turgot 2018

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Laurence Scialom, Editions Fayard.

Laurence Scialom est notamment professeure à l’Université de Paris Nanterre, membre du conseil scientifique de l’Autorité de contrôle prudentiel et résolution (ACPR) et de la commission consultative épargnants de l’AMF. Elle est aussi membre qualifiée de l’ONG Finance Watch.
Elle est auteur du livre «Economie Bancaire» aux éditions la Découverte en 2013.

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Loïc Le Menn

L’auteur part du constat d’une société capturée par la finance avec parfois ses aspects instables et producteurs de crises à répétitions dont la dernière grande crise financière de 2007-2008. Sans en remettre en cause son fondement et sa vitalité pour l’économie, sa prospérité et son dynamisme, elle constate que la finance peut aussi s’éloigner de son rôle de serviteur de la société pour en devenir le prédateur.

Plus de 10 années après, et après un répit lié à une re-règlementation, l’auteur a conduit une analyse et une réflexion sur le fait que «nous sommes restés au milieu du gué et face à un déni de réalité du risque d’une nouvelle crise». 

Elle pose tout d’abord un constat sur les dérives qui nuisent à l’intérêt collectif s’appuyant sur des contre-vérités de type «cette fois, c’est différent», «les marchés compensent toujours», «la moralité des marchés». Elle démontre alors le mécanisme endogène de l’instabilité d’une finance insuffisamment régulée et sur l’illusion de la liquidité. Elle ajoute le volet des effets négatifs de l’hyperfinanciarisation. Elle poursuit son constat sur les fragilités structurelles des banques systémiques, les risques liés aux conflits d’intérêts et aux défauts de loyautés vis-à-vis de l’intérêt général.

Après son constat, l’auteur décrypte les canaux par lequel la finance opère la capture de la société tels que la légitimation de la déréglementation pour celle de l’autorégulation par exemple, le système des portes tournante ou la difficulté du renouvellement des compétences.

L’auteur propose alors trois axes de réforme: décomplexifier la finance, renouveler l’enseignement et la recherche et concrètement, desserrer l’étau de la finance sur des points précis tels la transparence, la supervision, la traçabilité des décisions…
Ces réformes sont de nature à se renforcer mutuellement. Sans prétendre à elles seules de résoudre les objectifs de retour vers le financement de l’économie réelle, de répartition des risques et de transfert des ressources, elles sont plutôt le préalable, en amont, à une évolution du secteur de la banque et de la finance.

Elles sont une nécessité pour lutter contre la défiance populaire vis-à-vis des institutions ici financières.