Royaume-Uni: les cours incluent déjà les mauvaises nouvelles

Yves Hulmann

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Pour Andrew Milligan d'Aberdeen Standard Investments les politiques de relance budgétaires joueront un rôle décisif ces prochains mois.

Le Royaume-Uni traverse une crise politique sans précédent suite au vote sur le Brexit. Pour autant, l’économie britannique dépend avant tout de l’évolution de l’économie mondiale – il est ainsi faux de se concentrer uniquement sur l’évolution de la situation politique à l’intérieure du pays, estime Andrew Milligan, responsable de la stratégie mondiale chez Aberdeen Standard Investments (ASI). Il s’exprimait jeudi dans le cadre d’une rencontre avec différents médias européens réunis à Edimbourg.

Le flux de nouvelles au sujet du Royaume-Uni a été passablement négatif ces dernières semaines: faillite du voyagiste Thomas Cook, tensions croissantes entre les partis politiques au sujet du Brexit. En termes d’investissements, doit-on partir du principe que les mauvaises nouvelles sont déjà incluses dans les cours - ou le pire est-il encore à venir concernant l’économie britannique? 

Je pense que l’essentiel des nouvelles négatives sur le plan politique ont maintenant déjà été prises en compte correctement par les marchés. Lors des derniers épisodes récents au sujet de l’évolution des négociations concernant une possible sortie du Royaume-Uni de l’UE, la livre sterling a varié à la hausse et la baisse de manière tout à fait logique. Cela montre que beaucoup des incertitudes actuelles concernant le Royaume-Uni sont déjà incluses dans les cours.
De plus, il ne faut pas perdre de vue le fait la situation au Royaume-Uni n’est qu’un facteur à prendre en compte parmi de nombreux autres. Si l’économie britannique est faible, l’économie allemande se trouve, elle, déjà probablement en récession. De même, les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis concernent deux pays qui représentent près de 40% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Le Royaume-Uni ne représente, lui, que 3% du PIB mondial.

«A ce stade, je pense que les marchés des actions peuvent rebondir.»
Les marchés ont connu plusieurs changements de direction au cours des douze derniers mois. Etes-vous plutôt en mode «risque» ou «non-risque» pour les actions européennes et américaines? 

Actuellement, nous préférons les actions américaines aux actions européennes. La croissance des bénéfices et les perspectives apparaissent plus favorables aux Etats-Unis qu’en Europe. 

Quels secteurs appréciez-vous? 

Actuellement, il y a des secteurs qui évoluent de manière très fragile alors que d’autres sont très solides. Si l’on prend à nouveau l’exemple de l’Allemagne, le secteur de l’industrie ralentit alors que l’immobilier continue de bénéficier d’une dynamique très forte dans ce pays – au point même qu’il est envisagé dans certaines villes de mettre sur pied des mécanismes de contrôle des prix.

De même, la consommation et les services continuent de bénéficier d’une croissance soutenue. Globalement, le chômage diminue, le secteur des technologies se porte bien. La question, qui se posera tôt ou tard, est de savoir si le ralentissement de la production industrielle finira par amener les entreprises à réduire leurs coûts, diminuer leurs effectifs, ce qui pourrait ensuite se répercuter au final sur la consommation. A ce stade, je pense que les marchés des actions peuvent rebondir. Toutefois, pour que ce soit le cas, il faudrait un flux de nouvelles économiques positives, des politiques monétaires plus accommodantes de la part des banques centrales et, surtout, des politiques budgétaires qui soutiennent davantage la croissance, en particulier dans la zone euro.

La balle est donc dans le camp des gouvernements qui doivent prendre le relais aux banques centrales. 

Oui. Les banques centrales ne peuvent aujourd’hui pas faire vraiment grand-chose de plus. Les gouvernements devront en faire davantage – et cela qu’il y ait une récession ou non. Dans l’ensemble, l’action des gouvernements – en matière d’impôts, de dépenses, de réglementation ou de changements dans le système fiscal – tous ces changements auront des implications pour les investisseurs dans différentes entreprises et différents secteurs. 

«Actuellement, je dirais que la situation globale
reste dangereuse à maints égards.»
Quels sont les principaux risques à présent? 

Actuellement, je dirais que la situation globale reste dangereuse à maints égards – il suffit de penser aux attaques survenues en Arabie saoudite à la mi-septembre ou à l’escalade des tensions à Hong Kong. De même, le fait qu’il y ait un accord ou non sur les droits de douane entre la Chine et les Etats-Unis ne changera rien à la rivalité croissante entre ces deux pays. Globalement, il est peu probable que l’économie mondiale entre en récession en 2019 et 2020 – mais nous ne nous attendons pas non plus à une très forte croissance. L’efficacité des mesures de relance budgétaires mises en place par les gouvernements devra encore être démontrée.

Une hausse des prix du pétrole constituerait-elle un risque important pour l’économie mondiale?

Les prix du pétrole sont aujourd’hui bien sûr moins importants pour l’économie mondiale qu’il y a trente ou quarante ans – malgré tout, le pétrole reste un facteur important. Le point positif pour l’économie mondiale est que les prix du pétrole ont évolué récemment dans un couloir relativement stable allant de 50 à 70 dollars le baril de brut. Je ne pense pas que le cours du pétrole redescendra à 30 dollars ou qu’il repassera le seuil des 100 dollars. Au-delà de 80 à 90 dollars, les Américains peuvent augmenter l’extraction de pétrole de schiste – il peuvent réactiver certains sites dans un délai de quelques mois seulement. A l’inverse, à moins de 50 dollars, les grands producteurs de pétrole réduiront leur production. 

Des cours plus élevés du pétrole sont-ils positifs pour l’économie britannique et écossaise en particulier? 

Le pétrole est désormais beaucoup moins important pour l’économie écossaise ou britannique que par le passé. En comparaison, les énergies renouvelables – l’énergie éolienne en particulier – sont devenues beaucoup plus importantes pour l’Ecosse. Le plus souvent, les projets liés à l’énergie éolienne n’ont plus besoin de subvention pour être rentables. L’Ecosse exporte du courant à l’étranger, en Norvège, au nord de l’Angleterre, etc.

Le faible niveau actuel de la livre peut-il permettre de relancer l’économie britannique?

Ici aussi, il faut replacer le facteur des devises dans un contexte plus global. Le niveau plus faible de la livre par rapport aux autres monnaies, comme l’euro et le dollar, a rendu les exportations britanniques plus compétitive – mais cela juste au moment où le commerce global ralentit et alors que son principal partenaire économique, l’UE, ne croît que très faiblement. Etre plus compétitif ne permet ainsi pas automatiquement d’exporter davantage.