Gestion active et patrimoniale

Nicolette de Joncaire

3 minutes de lecture

Un portefeuille qui se veut à l’épreuve du feu. Entretien avec Marc Craquelin et Constantin Sturdza.


Marc Craquelin et Constantin Sturdza

C’est une stratégie sur la durée qu’a adoptée Eric Sturdza Investments dans la gestion du Sturdza Family Fund inauguré il y a un peu plus d’un an. Son objectif? Refléter les valeurs familiales du groupe en livrant une appréciation à long terme du capital par le biais d’une gestion active des actions et des obligations. Le portefeuille ne cherche pas à battre les indices mais se veut à l’épreuve du feu en cas de scénarios extrêmes, pour créer de la valeur sur des décennies. La gestion du fonds s’appuie sur des expériences diversifiées. Pour les actions, Éric Sturdza, Constantin Sturdza et David Haynal ; pour les obligations, Eric Vanraes et Pascal Perrone.  Enfin, au cœur du dispositif, Eric et Constantin Sturdza décident de l’allocation d’actifs avec Marc Craquelin. Entretien avec Constantin Sturdza et Marc Craquelin.

La stratégie du fonds repose principalement sur la gestion d’un portefeuille d’actions internationales. Pensez-vous que cette poche va générer l’essentiel de la performance?

Notre objectif est d’offrir une croissance du capital à travers une gestion active d’un portefeuille d’actions internationales (de 51 à 80% du capital investi) et d’instruments de taux (de 20 à 49%).

Nous sommes convaincus que le moteur de performance sur le long terme viendra des marchés action, et plus particulièrement du marché US. Selon nos observations, la croissance sur 50 ans d’un portefeuille d’actions américaines affiche un multiple supérieur à 20 alors que les autres instruments offrent des rendements considérablement inférieurs. A nos yeux, les ingrédients principaux à la création de valeur et au dynamisme américain restent fermement en place aujourd’hui.

Au-delà des critères de sélection quantitatifs, nous cherchons également
à tirer profit de tendances liées à l’évolution de la société.
Quelles sont les sociétés ciblées?

Nous les sélectionnons sur trois critères: une croissance moyenne supérieure à celle du marché (à l’heure actuelle au-dessus de 6,5% par an), une capacité à maintenir cette croissance supérieure sur la durée, et un niveau de valorisation attrayant. Ces filtres nous permettent de réduire notre univers d’investissement à une liste comprenant 120 à 150 titres.

Pouvez-vous nous citer quelques thèmes porteurs et des entreprises qui y répondent?

Au-delà des critères de sélection quantitatifs, nous cherchons également à tirer profit de tendances liées à l’évolution de la société tel que par exemple certains secteurs de la technologie ou l’évolution de la démographie. D’une manière générale, nous nous intéressons tout particulièrement aux sociétés bien gérées qui affichent des niveaux de croissance durablement supérieurs à celui du PIB. Quelques exemples? VMware, société américaine, acteur incontournable d’infrastructure Cloud, à la croissance et au potentiel avérés. Dans une thématique très différente, UnitedHealth, leader américain dans l’assurance maladie. Ou encore, dans le monde industriel, à long terme, Canadian Pacific et Union Pacific au vu de la compétitivité tant économique qu’écologique du transport ferroviaire de marchandises. Ces sociétés, leaders dans une industrie rationalisée, bénéficient de gigantesques barrières à l’entrée.

Vous avez un fort biais en faveur des entreprises américaines. Pourquoi?

C’est exact. A l’heure actuelle, sur 57 titres en portefeuille, 44 sont cotés aux Etats-Unis ce qui, notez-le bien, ne signifie pas que leur activité y est confinée – bien au contraire. Sur le marché américain, nous apprécions tout particulièrement sa liquidité, sa profondeur de marché ainsi que l’accès à une information fiable, mais en tant qu’investisseurs, c’est avant tout la qualité des entreprises qui y sont cotées qui nous attire. En effet, il offre un choix plus riche sur certains secteurs que nous affectionnons, tel que la technologie par exemple. Enfin, si le marché US paraît plus coûteux, il nous offre de plus nombreuses opportunités d’investissement compatibles avec notre biais «croissance».

La vente de puts peut être intéressante,
notamment lorsque la volatilité est élevée.
Quel est le rôle de la poche obligataire?

La poche obligataire vise principalement à réduire la volatilité totale du portefeuille et à servir de relais de performance pendant les phases de correction des marchés actions. En effet, si les marchés actions devaient baisser significativement, notre comité d’allocation augmenterait la poche actions au détriment des taux. Ainsi notre équipe obligataire devrait revendre des titres, si possible en forte plus-value et surtout dans un marché liquide. Par conséquent, la poche taux est aujourd’hui investie exclusivement en titres du Trésor américain, à la fois sur les taux nominaux mais également sur les taux réels (TIPS à 30 ans) pour une fraction non négligeable du portefeuille. Avec les TIPS, nous retrouvons la philosophie patrimoniale de la famille - se protéger contre l’inflation - et la gestion tactique de notre équipe obligataire - profiter des exagérations de marché concernant les anticipations d’inflation à long terme. Depuis le lancement du fonds et « year-to-date », la poche obligataire a contribué positivement à la performance du portefeuille.

Utilisez-vous d’autres instruments de couverture?

Au sein de la poche action, nous utilisons marginalement quelques dérivés mais sans effet de levier. La vente de puts peut être intéressante, notamment lorsque la volatilité est élevée. Cette stratégie nous permet de saisir des opportunités tactiques et d’ajuster la pondération de certains titres, de manière optimisée et en accord avec certains de nos scénarios. La phase de marché actuelle se prête tout particulièrement à ce type de stratégie.

Les marchés subissent à l’heure actuelle un choc brutal. En avez-vous profité pour passer à l’achat de titres qui auraient injustement souffert?

En décembre, la poche action était proche de 53% des capitaux investis. Elle est aujourd’hui passée au-dessus de 57% mais nous restons très prudents car le pire n’est pas nécessairement derrière nous. Au-delà du coronavirus, l’année promet encore de belles surprises notamment avec les élections américaines – en témoignent les résultats du Super Tuesday. Reste également que certains signaux sont contradictoires. Il est encore impossible de savoir précisément quels impacts les décisions sanitaires prises par les gouvernements auront sur les chaînes de valeur. La réserve est de mise ; toutefois notre conviction la plus forte a été d’augmenter la duration de la partie Fixed Income dans un environnement marqué par des politiques plus accommodantes des grandes banques centrales.

Dans ce contexte de marché, le niveau des valorisations nous permettra de renforcer les positions sur certains de nos titres et de saisir des opportunités d’investissement à des niveaux plus attractifs. Nous sommes confiants en notre capacité à tirer profit des corrections du marché, au bénéfice des investisseurs.