Santé européenne: le défi de l’autonomie

Ken Van Weyenberg, Candriam

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L’Europe doit préserver la résilience et l’autonomie de son modèle de santé dans un monde fragmenté.

 

Un système attaqué

Longtemps, l’Europe a tiré parti de chaînes d’approvisionnement mondialisées. Mais ce modèle a aussi conduit le continent, leader mondial de la production pharmaceutique jusqu’aux années 1950, à externaliser massivement des produits de santé essentiels: antibiotiques, anesthésiques ou équipements de protection de base. La pandémie en a révélé les risques. Les pénuries de médicaments essentiels ont montré que l’accès aux médicaments de base relève autant de la sécurité stratégique que de la santé publique.

À ces fragilités s’ajoutent des pressions géopolitiques, notamment liées aux récentes initiatives de l’administration américaine. La tarification selon le principe de la nation la plus favorisée vise à aligner les prix des médicaments américains sur les prix les plus bas pratiqués sur des marchés développés comparables, sans tenir compte des différences entre systèmes de santé américains et européens.

Des attaques de l’intérieur

Les Etats membres de l’UE fournissent des services de santé sous une forme ou une autre à plus de 90% de leur population1. Mais les faiblesses structurelles internes pourraient représenter une plus grande menace pour la souveraineté européenne en matière de santé:

  • Les déficits budgétaires et la montée du populisme à travers l’Europe ont récemment contraint le secteur de la santé à réduire, reporter ou rationner les soins.
  • Le règlement de l’UE sur les dispositifs médicaux et le règlement sur les dispositifs médicaux de diagnostic in vitro ont entraîné des difficultés d’adaptation pour le secteur, des retards dans les certifications et une baisse du nombre de lancements de produits2.
  • La fragmentation persistante entre les Etats membres continue de nuire à la compétitivité.

Une approche européenne ambitieuse

De la fin 2025 à la mi-2026, l’Europe a connu sa période la plus active depuis une génération en matière de politique de santé. En environ six mois, l’UE a agi sur la réforme du secteur pharmaceutique, la sécurité des chaînes d’approvisionnement, la réglementation des dispositifs médicaux, les biotechnologies et les données de santé3.

La dernière étape importante a été la conclusion, en mai 20264, d’accords politiques provisoires entre le Parlement européen et le Conseil de l’UE concernant le règlement sur les médicaments critiques. Cet accord vise à prévenir les pénuries de médicaments essentiels, réduire la dépendance vis-à-vis des pays tiers et renforcer la compétitivité du secteur pharmaceutique européen. Ce secteur emploie directement plus de 900'000 personnes5 et génère plus de 400 milliards d’euros6 de production annuelle mais, sa part dans la production pharmaceutique mondiale et les investissements en R&D a diminué par rapport aux Etats-Unis et à certaines régions d’Asie.

Comment nous en tirons parti chez Candriam

L’objectif de l’UE de renforcer sa souveraineté en matière de santé offre de nombreuses opportunités d’investissement dans des entreprises susceptibles de contribuer à cette ambition et de bénéficier de diverses formes de soutien financier.

Les secteurs pharmaceutique et biotechnologique font partie des branches les plus évidentes, compte tenu de leur rôle central en matière de R&D et d’innovation pour développer de nouvelles thérapies. Ils jouent également un rôle clé dans la mise en place et le maintien de capacités de production sur le continent.

Les médicaments génériques et les biosimilaires constituent les fondements de la souveraineté sanitaire européenne. Ils jouent un rôle central pour réduire la dépendance aux médicaments innovants américains et garantir des systèmes de santé abordables et bien approvisionnés.

Les organismes de développement et de fabrication sous contrat et les bioprocédés constituent le pilier de l’industrie pharmaceutique européenne en permettant aux gouvernements de rapatrier la production de principes pharmaceutiques actifs et de diversifier leurs sources d’approvisionnement en s’affranchissant des pays asiatiques.

Conclusion

Le chemin vers l’autonomie du système de santé européen est encore long, mais cette ambition commence à prendre forme. Pour la première fois, l’UE affiche un engagement clair à réduire ses dépendances les plus critiques et à repenser ses processus réglementaires et ses mécanismes d’incitation à la lumière d’une situation internationale en pleine évolution. Chez Candriam, nous soutenons cette nouvelle ambition et sommes convaincus qu’elle offre des opportunités d’investissement intéressantes.

 

1Couverture de la population en matière de soins de santé : Health at a Glance: Europe 2024 | OECD
2Source: MedTech Europe – Un système réglementaire à la croisée des chemins
3Source: Commission européenne, décembre 2025
4Acte législatif sur les médicaments critiques: accord provisoire entre le Conseil et le Parlement - Consilium
5Source: L’industrie pharmaceutique en chiffres 2025
6ibid

 

 

 

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