Durabilité souveraine et ODD: dix ans d’évolution de l’analyse des Etats

Julie Gossen, DPAM

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Une gouvernance solide favorisant une meilleure allocation des ressources et une plus grande résilience, elle constitue un pilier essentiel de toute analyse de durabilité souveraine.

 

L’analyse de durabilité et les ODD

Les objectifs de développement durable des Nations Unies (ODD) ont fêté leur dixième anniversaire en septembre 2025. Conçus comme un cadre universel visant à concilier développement économique, inclusion sociale et protection de l’environnement, ils se sont imposés comme une référence pour les investisseurs. Cet anniversaire offre l’occasion de revenir sur l’évolution de l’analyse de la durabilité des Etats au cours de la dernière décennie. Dès 2007, DPAM avait mis en place son propre modèle de durabilité des pays. L’introduction des ODD et l’amélioration des données disponibles ont permis d’affiner cette approche, aboutissant à une analyse plus exhaustive de la résilience et de la stabilité financières des Etats.

Evaluer la durabilité des Etats au regard des ODD

Pour évaluer l’intérêt d’investir dans un pays, il est nécessaire de disposer d’une analyse qui va bien au-delà de celle de ses finances et de sa croissance économique. Les pays font l’objet d’examens de plus en plus poussés sur leurs performances sur les plans environnementaux, sociétaux et de gouvernance (critères ESG), raison pour laquelle les agences de notation qui évaluent la solvabilité financière des Etats intègrent désormais le risque climatique dans leurs analyses.

En outre, la transparence, la qualité de la gouvernance démocratique, l’accès aux soins de santé et à l’éducation sont des éléments essentiels pour anticiper la trajectoire d’un pays et, par conséquent, son attractivité pour les investisseurs. Tous ces éléments sont intégrés au modèle d’évaluation développé par DPAM.

Les Principes pour l’investissement responsable (PRI), qui consistent en un engagement volontaire du secteur financier à intégrer les problématiques ESG dans la gestion des portefeuilles, soulignent que le devoir fiduciaire des investisseurs est d’inclure tous les facteurs qui ont un impact financier significatif à court et long terme. Les ODD reflétant les enjeux ESG les plus urgents, leur prise en compte est devenue indispensable dans une gestion durable.

D’ailleurs, le non-respect des ODD peut créer des risques systémiques tels que le ralentissement de la croissance à long terme, l’augmentation des inégalités ou de l’instabilité géopolitique. Or, tous ces risques affectent en fin de compte la valorisation des actifs et la solvabilité des Etats.

Le rôle central de la gouvernance

La gouvernance joue un rôle central dans le développement. Pour mesurer la qualité des pays, la Banque mondiale a développé des «indicateurs mondiaux de la gouvernance». Portant notamment sur l’Etat de droit, la maîtrise de la corruption et l’efficacité des pouvoirs publics, ils reflètent la capacité d’un pays à mettre en œuvre les politiques nécessaires à la réalisation des ODD.

Une gouvernance solide favorisant une meilleure allocation des ressources et une plus grande résilience, elle constitue un pilier essentiel de toute analyse de durabilité souveraine.

Tensions accrues à l’international et conséquences du changement climatique

L’évolution de la situation géopolitique a encore accru l’importance de prendre en compte le développement durable et les ODD lorsqu’on investit dans des actifs souverains. Par exemple, le conflit avec l’Iran a montré comment l’instabilité géopolitique pouvait se traduire par l’incertitude économique et affecter le marché de l’énergie ainsi que les équilibres budgétaires et la stabilité régionale. Ce phénomène a été particulièrement marqué dans les pays disposant d’un environnement institutionnel fragile ou de réserves budgétaires limitées, ce type de choc étant davantage susceptible d’entraîner des déséquilibres macroéconomiques.

Les événements de cette année ont également renforcé l’importance de la résilience climatique. Les phénomènes météorologiques extrêmes ont engendré des coûts considérables, notamment dans les pays dont les capacités d’adaptation sont limitées. Ils ont ainsi montré l’impact budgétaire croissant des risques environnementaux.

Ces éléments mettent en évidence le caractère asymétrique de la vulnérabilité climatique: les pays les plus exposés subissent des chocs récurrents qui compromettent à la fois les acquis du développement et leur stabilité budgétaire.

Cependant, la dynamique climatique présente une dualité croissante sur le plan des risques comme sur celui des opportunités. Si d’un côté les risques climatiques accentuent les vulnérabilités, de l’autre la transition vers des économies à faible intensité carbone remodèle les flux d’investissement, la compétitivité et les politiques industrielles. Les pays capables de se positionner dans les chaînes de valeur vertes émergentes ou de tirer parti de leurs ressources naturelles dans le cadre de la transition énergétique pourraient connaître une croissance économique plus élevée à moyen terme.

Il est donc important de distinguer la vulnérabilité climatique du positionnement dans la transition, car ces deux facteurs sont potentiellement moteurs de divergence des performances des Etats en matière de durabilité.

Pour saisir ces risques et opportunités, il convient d’utiliser un indicateur qui mesure à la fois la capacité d’un pays à s’adapter au dérèglement climatique ainsi que sa dépendance au charbon et son approvisionnement en énergies renouvelables.

L’analyse pays

La durabilité des pays repose sur quatre piliers: la transparence et les valeurs démocratiques; l’environnement; l’éducation et l’innovation; ainsi que la population, la santé et la répartition des richesses. Les pays sous un régime autoritaire sont exclus de l’univers d’investissement. La qualité des institutions, l’Etat de droit, la transparence et la responsabilité des pouvoirs publics sont des déterminants essentiels de la résilience des Etats et de leur capacité à générer des résultats sur les plans économique, social et environnemental. La méthodologie diffère entre les pays de l’OCDE et émergents, afin de tenir compte de leurs défis spécifiques. Le modèle destiné aux marchés émergents inclut l’indice mondial de la faim et les transferts d’argent transfrontaliers, tandis que celui appliqué aux pays de l’OCDE intègre les résultats des études PISA (évaluation des compétences des élèves) et l’indicateur d’accessibilité au logement.

Le classement des pays qui en résulte oriente nos décisions d’investissement et nourrit le dialogue engagé par DPAM avec les Etats afin d’encourager des progrès en matière de gouvernance, de résilience et de développement durable.


Pour plus d’information sur le modèle de durabilité des pays, consulter:

dpaminvestments.com/documents/country-report-enCH
dpaminvestments.com/documents/country-report-oecd-enCH