Le Canada a décidé de tenir tête à l’administration Trump en rompant les négociations commerciales avec la Maison Blanche et en rendant coup pour coup.
Mais la puissance économique des deux pays n’est pas comparable et le Canada est celui qui a le plus à perdre, jugent des analystes, même s’il a aussi des cartes à jouer.
Les deux économies en chiffres
Les Etats-Unis sont la première puissance économique mondiale avec un Produit intérieur brut (PIB) de 32’500 milliards de dollars (27’850 milliards d’euros) contre 2500 milliards pour le Canada.
«Ce n’est pas un combat à armes égales», juge Christian Lawrence, analyste chez Rabobank, «les exportations vers les Etats-Unis représentant 25% du PIB canadien».
Les Etats-Unis sont en effet, de très loin, le premier partenaire commercial du Canada.
Près de 60% des importations canadiennes proviennent des Etats-Unis et environ 70% de ses exportations s’y destinent, des chiffres qui soulignent la grande dépendance du pays à l’égard du marché américain.
En comparaison, les importations par les Etats-Unis de biens canadiens ne représentaient au premier semestre que 11,5% du total, un chiffre qui reste toutefois supérieur à celles provenant de Chine.
Qui a le plus à perdre?
Le Canada sans aucun doute. L’économie «canadienne ne peut pas se dissocier des Etats-Unis» tant son intégration avec la première puissance mondiale est poussée, juge Christian Lawrence.
Déjà affectée par l’offensive douanière de Donald Trump, l’économie canadienne était en train de remonter la pente après s’être contractée depuis la fin 2025. Mais «le risque d’un nouveau retournement est élevé» et une nouvelle escalade «augmenterait certainement les risques de récession», juge James Knightley d’ING.
En cas d’escalade, l’industrie automobile, l’un des piliers de l’économie canadienne, est tout particulièrement visée par Donald Trump qui l’a menacée lundi d’une hausse des droits de douane de 25 à 50% au 1er janvier.
Economiste à l’université de Calgary, Trevor Tombe a chiffré à près de 90’000 le nombre de postes risquant d’être détruits par les surtaxes américaines entrées en vigueur samedi, ce qui ferait progresser le taux de chômage de 0,4 point à 6,8%.
De quels leviers dispose le Canada?
Il a à son actif des ressources naturelles primordiales pour l’économie américaine, qui importe 60% de son pétrole brut du Canada. Et des voix appellent à s’en servir comme d’un moyen de pression.
«J’aimerais beaucoup voir» Donald Trump «faire rouler des voitures sans pétrole», «essayer de cultiver des légumes et des fruits sans potasse» et se passer de certains «minéraux critiques», a ironisé lundi Doug Ford, dirigeant de l’Ontario, la province la plus riche et la plus peuplée du Canada.
Le premier ministre canadien, Mark Carney, affirme que les ressources du sous-sol canadien sont «ce dont le monde a besoin» et parcourt la planète depuis un an pour négocier des partenariats économiques pouvant réduire la dépendance de son pays à l’égard des Etats-Unis.
«Mais se passer, de manière réellement significative, du plus grand consommateur au monde se trouvant littéralement sur le pas de votre porte est impossible», souligne Christian Lawrence.
Ottawa affirme par ailleurs que sa «discipline budgétaire» et ses bonnes notes auprès des agences de crédit lui permettent d’être dans une «position de force» et de soutenir l’économie «aussi longtemps qu’il le faudra», selon le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
A quel niveau les Etats-Unis sont-ils touchés?
Les entreprises américaines importatrices situées près de la frontière sont logiquement les plus impactées, estime James Knightley, car elles importent du Canada nombre de biens intermédiaires (bois, hydrocarbures, acier...) entrant dans la fabrication de leurs produits.
Le boycott par le Canada des alcools américains a aussi un lourd impact, les exportations de spiritueux américains vers le Canada s’étant effondrés de plus de 70%. Tout comme la chute de plus de 25% du nombre de visiteurs canadiens aux Etats-Unis entre 2024 et 2025, qui pèse sur l’emploi dans le secteur du tourisme.
A quelques semaines des élections de mi-mandat, les prix du carburant sont dans tous les esprits aux Etats-Unis. Et toute action à ce niveau-là du Canada, qui l’a exclu jusqu’ici, toucherait les électeurs américains au portefeuille.