Comparer les performances de fonds actifs versus celles d’ETF couvrant la même zone ne devrait pas être l’unique angle de vue quand il s’agit de justifier le recours à la gestion active. Au-delà des seuls résultats, c’est surtout l’utilité des produits gérés activement dans le contexte d’une allocation dynamique qu’il faut avoir à l’esprit.
Combien de fois avons-nous entendu qu’une grande majorité de gérants actifs ne battaient pas leur benchmark régulièrement? Depuis une vingtaine d’années, les chiffres sont sans appel, en tout cas dès lors qu’il s’agit de faire mieux que les grands indices actions, S&P 500 en tête.
Les études sont nombreuses et même s’il est souvent difficile de connaitre le détail des gérants actifs pris en compte, on peut raisonnablement affirmer qu’effectivement, sur des périodes prolongées, seule une petite fraction d’entre eux, de l’ordre de 10 à 15%, fait mieux que leur équivalent passif. Rien de bien nouveau jusqu’ici.
Dès lors, le bon réflexe n’est probablement pas de toute faire pour accréditer la gestion active uniquement en termes de résultats, mais plutôt de mieux comprendre (ou faire comprendre!) son utilité dans un cadre plus large.
Sélectionner un gérant actif ou essayer par soi-même de choisir des titres individuels américains avec l’objectif de battre le S&P 500 chaque année est relativement illusoire, il faut appeler un chat un chat. En revanche, ajouter un fonds thématique actif en complément d’une exposition passive «CORE» aux actions américaines, sélectionner un spécialiste des actions émergentes dont le terrain de jeu offre toujours beaucoup d’inefficiences de marché ou encore privilégier des stratégies obligataires actives en évitant le piège de grands indices agrégés aux performances souvent très moyennes (pour ne pas dire pire!) fait beaucoup de sens.
La gestion active est un outil à regarder dans le cadre d’une allocation d’actifs globale. Elle peut permettre d’ajouter une touche d’agressivité à la part action d’un portefeuille ou à l’inverse d’atténuer les effets des corrections de marché.
Un argument actuel en faveur de la gestion active vient paradoxalement d’un biais de la gestion passive. La concentration importante de certains grands indices d’actions dont le S&P 500 ou le MSCI Emerging Markets vont à l’encontre de l’image rassurante des ETF. L’illusion de profiter d’une large diversification en étant exposé de manière passive à certains indices est donc bien réelle et potentiellement dangereuse pour l’investisseur non averti.
Nous oublions trop souvent de mentionner que les résultats de gestion ne se regardent pas uniquement sous l’angle de la performance mais que c’est bien le couple risque rendement qui compte dans la durée.
Un client prêt à supporter tout accès de volatilité et qui aurait pour unique objectif d’être exposé aux actions américaines à long terme n’a guère de raison de faire autre chose que du buy & hold sur un produit passif. Tout le monde est d’accord là-dessus.
Cependant une vaste majorité d’investisseurs n’a pas cette philosophie là en tout temps. C’est surtout dans les périodes plus difficiles que le prisme de lecture «risque/rendement» revient sur le devant de la scène. Ces phases offrent alors l’opportunité de mettre en avant les bienfaits de la gestion active.
Que cette dernière ait servi à amortir le choc induit par une phase baissière des actions ou qu’au contraire elle permette d’accentuer un rebond en allant chercher des valeurs moins pondérées dans des ETF, la gestion active démontre ses vertus.
Par ailleurs, proposer de la gestion active demeure le cœur de ce que beaucoup attendent d’un conseiller en investissement, particulièrement pour des profils 100% actions où le rôle de l’allocation d’actifs est logiquement moindre. La démocratisation des ETF et leur accès ultra facilité poussent mécaniquement les professionnels de la finance à ne se pas se contenter de proposer des portefeuilles totalement passifs au risque d’être réduit à un unique rôle d’intermédiaire.
L’expertise de gestion et la valeur ajoutée proposée aux clients se basent souvent sur une allocation d’actifs dynamique (quand elle est requise par le profil de risque choisi) mais aussi par une capacité à proposer de la gestion active, souvent en complément d’un cœur de portefeuille à dominance passive sur les actions.
Ne sacrifions pas la gestion active sur l’argument (trop) simpliste que les chiffres démontrent qu’il n’est guère possible de faire mieux que le S&P 500 à long terme. Cela revient à considérer nos métiers sous l’angle unique de la performance de long terme et à croire que nos clients ne sont pas friands d’opportunités d’investissement que seul un gérant actif peut identifier tout au long de la vie d’un portefeuille.