Les subventions aux data centers ne sont que du gaspillage

Emmanuel Garessus

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Les soutiens étatiques aux data centers biaisent la concurrence. Dans la course à l’IA, l’Etat a d’autres moyens à disposition.

 

L’investissement dans l’intelligence artificielle est si fort que les gouvernements font tout leur possible pour les soutenir, par exemple pour attirer les data centers à travers des aides directes ou indirectes. Il est vrai que les montants impressionnent. Au plan global, les dépenses en centres de données devraient atteindre 800 milliards de dollars en 2026. Et pour les seuls Etats-Unis, les infrastructures en IA devraient dépasser 1'000 milliards par an ces prochaines années, selon la Brookings Institution. En Suisse, neuf grands projets sont en cours pour s’ajouter aux 75 actuels. Faut-il pour autant que les gouvernements biaisent la concurrence et subventionnent ces investissements?

Toutes les catégories d’aides entrent en considération. Aux Etats-Unis, «38 Etats se concurrencent désespérément pour attirer les centres de données avec l’argent de leurs citoyens», écrivent Alex et Kristin Tokarev, de l’université de Northwood sur le blog de l’Independent Institute.

En Suisse également, les pouvoirs publics soutiennent l’établissement de centres de données en général de manière ponctuelle ou avec un cadre fiscal plutôt que des subventions. Pour le consultant CBRE, la région de Zurich concentrera toutefois l’essentiel de l’expansion des centres de données en Suisse.

Des aides souvent opaques

L’opacité règne sur ces soutiens. Aux Etats-Unis, l’organisation Good Jobs First, tente d’y remédier. Sa dernière étude révèle que les exemptions fiscales accordées pour des data centers de 4 Etats (Georgie, Texas, Virginie, Ohio) réduisent les revenus de chacun de ces Etats d’au moins 1 milliard de dollars par an. De plus,14 Etats américains ne publient pas de données périodiques sur le coût de ces subventions.

Pour Alex et Kristin Tokarev, «plutôt que d'imaginer un monde post-apocalyptique ravagé par l'IA, nous devrions nous attacher à freiner les politiciens qui ont le don d'aggraver la situation. Nos responsables publics ne devraient ni entraver ni subventionner le développement de nouveaux centres de données. Le marché est tout à fait capable de gérer cela si on le laisse faire».

«Les centres de données devraient être traités comme n'importe quel autre secteur d'activité. La politique gouvernementale ne devrait ni pénaliser ni favoriser des secteurs ou des types d'investissement spécifiques», renchérit Adam Michel, de l’Institut Cato. Pour ce dernier, «comme c'est le cas plus généralement dans l'analyse des dépenses fiscales, le terme «subvention fiscale» désigne souvent deux réalités fondamentalement différentes.

Un besoin de définition

Le premier concerne le traitement neutre d’une activité économique qui, sans cela, serait pénalisée par des taxes mal conçues. Les taxes sur les ventes sont censées s’appliquer au prix de votre abonnement mensuel à un service de streaming, et non aux serveurs et à l’électricité qui permettent la diffusion de la vidéo. Exonérer les équipements des centres de données, les équipements de fabrication ou tout autre intrant commercial ne constitue pas une subvention. Cela empêche simplement l’Etat de taxer deux fois votre abonnement mensuel, une fois au stade de la production et une autre fois lors de la vente finale. Toute exemption spécifique à un secteur devrait être étendue à d’autres secteurs, et non supprimée.

Le second est un véritable privilège qui restreint indûment une assiette fiscale existante et correctement définie, et qui est souvent accordé de manière discrétionnaire à des entreprises ou à des activités spécifiques. Si un département réduit de moitié la taxe foncière d'un centre de données pendant dix ans, il subventionne implicitement cette entreprise par rapport à l'entrepôt situé un peu plus loin, qui paie l'intégralité de sa taxe.»  L’auteur se lance alors dans un exercice d’identification des aides pour les placer dans la première ou la seconde catégorie.

Dans leurs observations sur le marché américain, Alex et Kristin Tokarev notent qu’une consommation plus élevée d’électricité due aux data centers peut réduire le coût unitaire. «Entre 2015 et 2024, l’implantation de centres de données a été associée à une légère baisse des tarifs moyens de l’électricité au détail. Cela s’explique par les économies d’échelle réalisées au niveau de la production, du transport et de la distribution». Mais ils avertissent que «le contraire peut également se produire. Si un centre de données s'implante dans une région où le réseau est déjà sous pression».

Il est également vrai que les centres de données sont très intenses en capital et ne créent guère d’emplois.

En conclusion, «les centres de données ne constituent ni le désastre économique que redoutent leurs détracteurs, ni une manne automatique pour les collectivités qui les accueillent.» Par conséquent, «la libre entreprise signifie que les producteurs sont libres de se faire concurrence pour attirer les clients grâce à la valeur qu’ils créent, et non en fonction de la quantité d’argent «gratuit» qu’ils peuvent obtenir par le biais de la politique.» La meilleure politique face l’IA consiste avant tout à créer un éco-système qui encourage l’innovation sans fausser la concurrence.

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